Comment la nutrition est devenue indispensable à la performance

Pour Zied Azizi, la nutrition fait partie intégrante de la performance. [Crédit : G2A]

Pour Zied Azizi, la nutrition fait partie intégrante de la performance. [Crédit : G2A]

Quand tout se joue à un détail. Le sport de haut niveau peut apporter de grandes joies comme de grandes peines. Et tout peut basculer en un détail, un centième de seconde qui apporte la médaille tant convoitée. Dès lors, tout compte pour un sportif qui veut se donner les moyens de réussir. Est alors apparue la nutrition. On a tous cet ami qui surveille ce qu'il mange. Quand vous, vous ne vous privez pas d'un "bon" fast-food, lui va continuer à s'alimenter en fonction de ses propres besoins. Et oui, le simple entraînement ne suffit pas (plus) et il faut aller chercher au-delà pour repousser sans cesse ses limites. C'est à découvrir dans cet article. 

En quoi cela optimise la performance ?

On a longtemps cru (à tort) que le simple entraînement suffisait pour optimiser ses performances. Or, la réussite sportive tient à bien plus que cela, et beaucoup de sportifs commencent à en prendre conscience. Pierre Gautriaud, conseiller en nutrition et expert en micro-nutrition à une explication à cela. "La nutrition joue un rôle majeur dans la performance sportive. Les nutriments et les micronutriments que l'on apporte à nos cellules via la digestion vont avoir un impact considérable sur nos performances à court, moyen et long terme". Il n'hésite pas à comparer le sportif à une voiture. Quand on fait le plein, on a le choix entre des carburants de divers qualité. L'alimentation c'est pareil, un mauvais choix niveau nourriture peut avoir des conséquences désastreuses chez le sportif, y compris en cas de pratique intensive. Pourtant, on entend encore trop souvent des phrases du type : "Ne t'inquiètes pas, avec tout le sport que tu fais tu vas éliminer facilement". C'est faux, le gras et le sucre sont bels et bien stockés par le corps, d'autant que ce dernier augmente de façon considérable l'envie de manger.

Pierre Gautriaud a beaucoup travaillé sur la nutrition dans le sport

Dès lors, s'installent kilos superflus, autant de poids qui se révèlent vite des véritables boulets. "S'il est important d'avoir une bonne alimentation pour être en bonne santé, cela est encore plus vrai pour le sportif. En effet le sportif dit "intensif" soumet son organisme à rude épreuve : appareil respiratoire et appareil cardiovasculaire tournent à plein régime" analyse Pierre Gautriaud. Mais en réalité cela va encore plus loin que de "simples" kilos en trop. Une bonne alimentation, c'est aussi réduire le risque de blessure. " La nutrition a un rôle tout à fait majeur dans la prévention des blessures (au même titre que la récupération et la qualité de l'entraînement). Lors d'une pratique sportive intense, notre corps crée une inflammation naturelle et fabrique des déchets. Cette inflammation doit être atténuée non seulement par la récupération totale mais aussi et surtout grâce à une alimentation riche en produit alcalinisants (tels les légumes et les fruits) au risque de voir cette inflammation devenir chronique au-delà même d'un arrêt total d'activité physique. Cet état inflammatoire chronique est un terrain favorable de nombreuses maladies tant physiques que psychiques" poursuit Pierre Gautriaud. Et quand on interroge les personnes au quotidien, celles qui ont fait l'effort de changer leurs habitudes sont ravies. Exit les douleurs articulaires, les courbatures sont également réduites.

Bien manger sans se priver

Balayons alors l'idée qu'être attentif à sa nutrition, c'est se priver. Il est vrai qu'on a souvent l'image du Judoka qui doit entamer des régimes drastiques pour respecter sa catégorie de poids. Si, effectivement, il ne faut pas se remplir, le sportif ne se prive en rien. Il rééquilibre juste son régime alimentaire. Le sucre, trop souvent présent dans l'alimentation est alors diminué sensiblement. Mais pas totalement non plus. "Pour optimiser les performances, certains aliments sont à privilégier à un certain moment et d'autres sont à éviter. Ainsi, il n'est pas utile de consommer des sucres rapides de nombreuses heures avant une épreuve physique et il n'est pas non plus nécessaire de consommer des sucres lents une heure avant un effort court et intense" complète Pierre Gautriaud. Surtout, il faut savoir manger à sa faim, sans se créer de frustrations. Sinon, c'est la porte ouverte au "craquage" et tout s'envole. Mais souvent, le déclic se fait suite à un pépin dans la vie du sportif comme le déplore Pierre Gautriaud : "Ce sont malheureusement souvent les personnes qui se blessent à répétition ou qui voient leurs performances diminuer malgré un entraînement intensif et régulier qui envisagent de se pencher sur la question de la nutrition, car ils se sentent dans une impasse. Et ce n'est même pas la majorité d'entre eux. On enseigne trop souvent aux sportifs que la blessure et la douleur font partie de l'entraînement et de la performance alors que c'est totale hérésie"

Zied Azizi, un exemple de réussite

Lui se tient à sa ligne de conduite. Il faut dire que le Tunisien Zied Azizi a connu une grande année 2018. Transfuge au Grand Angoulême Athlétisme, ce spécialiste du 400m haies a abaissé son record de près d'une seconde, passant de 50''05 à 49"13. Une réussite qu'il doit en partie à tout ce qui est annexe à l'entraînement, dont en partie la nutrition. "A partir du moment ou j'ai voulu faire des perfs, j'ai commencé à m'intéresser à tout cela. Cela a vite porté ses fruits, mon corps est sculpté et je suis allé beaucoup plus vite" confie celui qui s'est aussi distingué par deux médailles de bronze, l'une aux Jeux Méditerranéens et l'autre aux Championnats d'Afrique. Il va même plus loin : "J'ai pu maigrir naturellement, sans avoir recours à des produits comme d'autres personnes". Attention, il évoque ici l'utilisation de produits licites, rien à voir avec le dopage. C'est un autre débat. 

Ce qu'on oublie parfois, c'est qu'un athlète comme lui peut enchaîner plusieurs courses en peu de temps. Or, la récupération est primordiale. On constate que les trois chronos de Zied Azizi sous les 50'' ont été réalisé sur sa deuxième course, la première la veille, servant de mise en route. Que ce soit Grenoble, au lendemain du meeting du G2A, aux Jeux Méditerranéens où lors de sa finale ou des Championnats d'Afrique. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il possède une grande faculté de récupération qu'il explique : "Ce sont des détails qui font la différence. Je suis parfois amené à enchaîner deux ou trois courses en une semaine. Si je ne mange pas bien, je ne récupère pas bien et je ne pourrais pas enchaîner les courses à haut niveau. Avec le temps, je sais quoi faire pour tout optimiser, c'est mon petit secret". 

Maintenant, c'est une véritable prise de conscience que doivent avoir sportifs, staff et encadrants de clubs. Ce sera long, cela passe par une remise en question de méthodes parfois obsolètes. Mais c'est une des clés de réussite.

 

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