Les dérives des paris sportifs dans le monde du tennis

Ancienne joueuse de tennis, Mathilde Johansson est désormais directrice du tournoi de Nantes. [Crédit : Mathilde Johansson]

Ancienne joueuse de tennis, Mathilde Johansson est désormais directrice du tournoi de Nantes. [Crédit : Mathilde Johansson]

Quand on parle pari sportif, on a tous l'image de la personne qui va parier dans le bar-tabac du coin où encore celui qui est derrière son ordinateur, en utilisant les grands sites que l'on connaît. On est donc dans un cadre tout à fait normal et moral et certains peuvent même gagner beaucoup d'argent. 

Mais il existe des individu à la vertu bien moindre, qui n'hésitent pas à braver les interdits et allant jusqu'à menacer des personnes, en cas de mauvais résultats. Nombre de joueurs et joueuses de haut niveau ont récemment révélé avoir été confrontés à des menaces de mort. Mais cela ne s'arrête pas là. Comment font les tournois pour lutter contre ce fléau? C'est à découvrir ici.

Un fléau qui touche aussi des joueurs moins réputés.

Quand on pense aux personnes menacées, on a tous en tête le témoignage de Caroline Wozniacki. Certaines joueuses dans le top 200 mondial, ont aussi révélé avoir été menacées. Mais ce phénomène va bien plus loin et touche aussi des joueurs et joueuses non classées mondiale. Comme la jeune Angevine Sandy Callos. Classée -2/6, elle dispute les tournois ITF. Sur l'un deux, après une défaite elle reçoit des menaces. "J'étais vraiment surprise la première fois, je ne pensais pas que les gens pouvaient miser à ce niveau pour moi". Au-delà de la surprise, c'est la violence des messages reçus qui laisse la jeune tenniswoman interdite : "On m'a envoyé surtout des insultes, et des messages haineux, en anglais surtout". Des parieurs cachés, que l'on ne voit pas sur les tournois, mais qui peuvent parier à distance sur les matchs. Car le phénomène s'est amplifié et s'est diversifié depuis une dizaine d'années. Désormais, on peut parier sur le prochain point gagné ou encore sur une faute directe. Paris multiples et divers facteurs de frustration pour les parieurs "déçus". "Je ne les ai jamais rencontré".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sandy Callos a reçu nombre de messages menaçants.

Pour Sandy Callos, il ne s'agit pas de céder à la peur. "Mais beaucoup d'énervement, car recevoir ce genre de messages, à chaud, après une défaite, cela ne fait pas plaisir" confie-t-elle. Si, il ne s'agit pas ici de menaces de mort : "Ce qui pourrait me faire vraiment peur en revanche". Elle relativise : "Je me dis que sont des messages haineux de gens qui ragent derrière leur écran". Alors simple fait de société, avec ces personnes qui n'hésitent plus à déverser leur bile sur les réseaux sociaux ? Ou alors phénomène beaucoup plus grave ? Le problème est la récurrence de ces messages : "Je connais d'autres joueuses à qui c'est arrivé. Dès que tu passes un tour ou deux dans un tournoi et que tu perds, tu peux être sur de recevoir un message. Mais au final, cela ne changera rien à ma vie".

Les tournois, autres victimes.

Les tournois souffrent également de cette multiplication des parieurs. En fait c'est simple. Comme on le disait, il est possible de parier en live. Sauf qu'entre le moment ou le point est joué réellement et celui où il est comptabilisé sur les sites proposant cela, il y a un décalage d'une vingtaine de secondes. Une aubaine. Il suffit alors d'attendre que le point soit joué et de miser dans la foulée. Une aubaine et de l'argent facile, bien entendu illégal. Il y a encore peu, on pouvait fréquemment voir des individus collés à leur smartphone, en fond de tribunes. L'ITF, ainsi que l'ATP et la WTA ont vraiment commencé à lutter contre ce phénomène. Les tournois eux-mêmes aussi.

Directrice de l'Engie Open de Nantes (25 000$), l'ancienne tenniswomen Mathilde Johansson (77e mondiale en 2011) qui se confie sur ce sujet. En tant que joueuse, elle a connu des soucis avec les parieurs. Son changement de fonction ne l'a pas éloigné de ces parieurs. "On est très vigilants. L'an passé, on en a viré un. Ils sont là, parfois, ils donnent le score à d'autres personnes qui parient. Vu qu'il y a de l'avance par rapport au site internet". Une véritable problématique pour des tournois qui veulent éviter toute suspicion. "On veut aussi que les joueurs se sentent en sécurité. On est là pour qu'il n'y ait personne pour les approcher. Si c'est le cas, on se doit de dénoncer les personnes qui ont fauté. Les arbitres et juges arbitres nous aident également dans ce sens. Ils ont l'oeil et ils restent vigilants. C'est plus facile à détecter pour eux que pour nous". ajoute Mathilde Johansson.

Il s'agit là de garder toute crédibilité pour eux. Ces tournois plus modestes mais indispensables dans le circuit professionnel.

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