[Interclubs] : Le CA Montreuil, un demi-siècle au sommet (dernière partie).

Le CA Montreuil 93 fête son titre Interclubs 2018. [Crédit photo : CA Montreuil]

Le CA Montreuil 93 fête son titre Interclubs 2018. [Crédit photo : CA Montreuil]

Au-delà de la réussite sportive (lire article précédant ici), le CA Montreuil 93 est devenu une référence dans sa propre ville, le sport auquel chacun peut s'identifier.

Un club emblématique dans la ville de Montreuil.

Ces titres ont apporté de la notoriété, mais à l'instar de Talence, cela n'attire pas les sponsors et encore moins la presse écrite sportive, qui ne couvre pas du tout le club : "En province, on pourrait avoir des pages dans le journal, mais à Paris il se passe tellement de choses dans la capitale, tant sportivement que sur le plan culturel, qu'on est un peu noyé" confie Loïc Giowachini. Il a fallu passer par autre chose pour attirer les partenaires. Et Montreuil s'est choisi comme vitrine un meeting : le meeting de Montreuil. Devenu le troisième meeting outdoor en France, derrière les mastodontes meetings Diamond League de Paris et Monaco, c'est une valeur sûre dans les compétitions en France, avec près de 4000 spectateurs en moyenne et des athlètes de renom, Français et internationaux. "Il fallait trouver d'autres moyens de financement via l’événementiel qui marche bien". Car si le CA Montreuil dispose d'un budget conséquent, que le club souhaite garder pour lui, il doit faire face à beaucoup de dépenses : "Nous n'avons pas de véhicules, on doit louer pour les déplacements. On doit aussi payer des créneaux d'entraînements sur les différents stades parisiens" confie le directeur sportif de Montreuil. 

Pour renforcer sa notoriété, mais aussi l'esprit club, ils ne sont pas avares d'idées comme cette gamme de vêtements, portables dans la vie de tous les jours. Pour ce faire, ils ont choisi de s'adresser à des commerçants et artisans locaux. "On pensait essuyer des vagues de refus, mais on s'est aperçu que tout le monde connaissait le club, car un membre de leur famille y était passé. Les gens sont motivés à être en partenariat avec nous" se réjouit Loïc Giowachini. C'est par le bouche à oreille que Montreuil tisse ses relations avec ses partenaires. Cela est un travail de long terme, mais qui peut aboutir sur une structure bien plus solide. "La visibilité de notre sport est très faible désormais". Mais Loïc Giowachini ne pense pas que le salut passe par une retransmission télé des Interclubs : "C'est un format qui aura du mal à trouver des diffuseurs. Déjà, c'est une compétition qui s'étale de 10h à 17h puis dans le même concours le niveau est trop hétérogène, y compris en finale Elite. Renaud Lavillenie peut sauter avec un perchiste qui franchira 2,40m". Cependant, il regrette que la FFA occulte les clubs : "C'est un peu le maillon oublié, alors qu'il y a des personnes qui consacrent du temps et de l'argent pour les clubs. Il faudrait arriver à faire des clubs de véritables institutions, sans arriver pour autant aux dérives d'autres sports. Mais au moins que le public sache à quel club appartient un athlète de haut niveau". 

Aucun d'élitisme et avenir selon Loïc Giowachini.

Du haut niveau certes, mais pour entrer au CA Montreuil, il ne faut pas forcément tutoyer les sommets : "Nous n'avons pas de tests d'entrée, tout le monde est accueilli" confie Loïc Giowachini, qui s'explique : "Peut être que quelqu'un est moyen, mais il va connaître un copain avec plus de capacités. Et parfois, un athlète moyen peut surprendre quand il grandit, ils peuvent se révéler". D'où l'importance de ne pas se priver d'opportunités sur l'avenir. 

Le directeur sportif se confie sur sa vision de l'athlétisme actuel. Et il n'y va pas par quatre chemins : "Je vais sans doute apparaître comme un vieux con" rigole-t-il, avant d'enchaîner : "Les réseaux sociaux ont fait du mal. Les gens deviennent individualistes et communiquent beaucoup moins. Les jeunes ont leur téléphone et on a l'impression qu'on pourrait le téléporter sans qu'ils ne s'en rendent compte". Il regrette également un changement de mœurs : "Les gens ne prennent plus de douche sau stade, alors qu'avant on pouvait créer du lien. On déconnait. Maintenant les jeunes viennent et repartent" regrette-t-il. Pour revenir sur la médiatisation des Interclubs, il avance également un autre argument : "Lors des championnats de France Elite, le public peut s'identifier à l'athlète de sa ville ou de son département. Lors des interclubs, il n'y a que huit équipes, cela parle moins aux gens". Il se montre également assez dur quant au niveau de l'athlétisme français. "Nous ne sommes pas dans le haut de la vague. Les résultats à Rio sont bons, mais ce sont des arbres qui cachent la forêt. Si le haut niveau reste correct, on manque de plus en plus d'athlètes intermédiaires". 

L'athlétisme est en train d'essayer d'engager des réformes pour changer son image et se rendre plus attractif. On a vu cette été une course façon "américaine" avec un système d’élimination à chaque tour sur 3000m steeple. Si Loïc Giowachini pense que l'athlétisme doit changer, il ne veut pas que son sport tombe dans une dérive : "Il ne faut pas que cela se transforme en jeux du cirque. Tant qu'à faire autant mettre un fil électrique à la perche et à la hauteur et le gars prend une décharge s'il touche". En revanche il aimerait que des efforts soient faits pour matérialiser les performances : "On pourrait mettre un laser à la perche qui représenterait le nombre d'étages d'un immeuble. Renaud Lavillenie, il rentre chez toi au 2e étape, sans passer ni par l'escalier ni par l'ascenseur" propose Loïc Giowachini.

Dans tous les cas, le CA Montreuil est appelé à rester pendant encore longtemps un sérieux candidat au titre de champion de France Interclubs. Une domination incroyable ! 

Etienne Goursaud

 

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