[Débrief] : Il faudra aller chercher Primoz Roglic

Primoz Roglic a t'il déjà écrasé le Giro ? [Photo : L'Equipe]

Primoz Roglic a t'il déjà écrasé le Giro ? [Photo : L'Equipe]

Après neuf étapes, le classement général du Giro commence à être façonné. Si Valério Conti, maillot rose depuis sa deuxième place, lors de l'étape six a résisté hier sur le chrono, certains favoris ont sombré et vont devoir faire preuve d'inventivité pour se remettre dans le jeu. Car en réalité, on a encore rien vu de ce 102e Giro. Et la haute montagne s'annonce presque indigeste en troisième semaine. Certains risquent d'y laisser bien plus que des illusions. Des choses peuvent encore se passer ! 

Primoz Roglic tient la corde

Premier des favoris, deuxième du général à 1'50 de Conti, le Slovène Primoz Roglic possède une confortable avance sur ses concurrents. Seul Vincenzo Nibali résiste à 1'44. Pour les autres, c'est déjà la débandade ! Simon Yates est à 3'46 et Miguel Angel Lopez est à 4'29. De quoi offrir un statut de favori à Roglic ? Des arguments pour et des arguments contre peuvent être mis en avant. 

-Tout d'abord il restera un dernier contre-la-montre, où Roglic, vainqueur des deux premiers de ce Giro, sera le favori. Sur 15,6km, avec là aussi une belle difficulté, il peut reprendre entre 40 secondes et une minute sur tous ses concurrents. Cela oblige tous ses concurrents à reprendre en réalité plus d'une minute de plus que leur retard initial. Simon Yates va devoir lui reprendre cinq minutes, pour s'assurer la victoire finale. C'est beaucoup ! Il possède un véritable matelas de sécurité, qui lui autorise même une journée de moins bien. Un véritable luxe. 

-Primoz Roglic a encore franchi un cap depuis l'année dernière et sa quatrième place sur le Tour de France. Un cap surtout en haute montagne, où personne n'a semblé pourvoir le déstabiliser cette année. Ses adversaires vont devoir proposer des coups de Trafalgar, pour renverser la situation. Car, à la simple pédale, dans une dernière ascension, ses adversaires n'auront que de très faibles chance.

-Le précédant Tom Dumoulin : Pour sa première à viser réellement le classement général, le Néerlandais Tom Dumoulin avait su résister à tout pour s'emparer du rose, lors du dernier contre-la-montre, lors de l'édition 2017. Le parcours cette année-là ressemblait furieusement à celui de cette année, avec une troisième semaine dantesque et une belle part au contre-la-montre.

Comment déstabiliser le Slovène ?

Le point faible de Roglic, c'est son équipe. De plus, avec l'abandon de Laurens De Plus, il a perdu son principal lieutenant en montagne. Or, la troisième semaine de ce Tour d'Italie s'avère très piégeuse. Pour renverser le Slovène, il va falloir faire preuve d'inventivité et prendre des initiative de loin, pour tenter de l'isoler. La Michelton Scott et surtout l'équipe Astana et ses deux têtes (Lopez et Bilbao) ont le profil pour réaliser ce genre de coup de force. Cela dit, Simon Yates et Miguel Angel Lopez ne se sont que rarement illustrés en se montrant à l’initiative de mouvement de grande envergure. Les deux vont devoir forcer leur nature. Mais, respectivement à 3'46 et 4'29, n'ont t'il déjà plus rien à perdre ? C'est peut être là qu'ils peuvent devenir les plus dangereux, à l'image l'an passé d'un Christopher Froome qui n'a pas hésité à tout perdre pour pouvoir tout gagner, lors de l'étape du Jafferau.

S'il y en a bien un qui a le profil pour mettre un peu de bazar dans la hierarchie c'est Vincenzo Nibali. Et ce n'est pas parce qu'il est le plus proche de Roglic (1'44). Il aurait été à quatre minutes, l'analyse serait la même. Car "Le Requin de Messine" peut renverser des scénarios qui semblaient tout écrits. Comme lors de sa victoire en 2016. Largué à plus de quatre minutes de Kruijswick (tiens tiens déjà un Lotto-Jumbo), il semblait avoir course perdu. En ce lançant dans une descente vertigineuse du col d'Agnel, il a poussé le Néerlandais à la faute. Avec Nibali, c'est la vigilance de tous les instants. Mais, au jeu des cascadeurs, Primoz Roglic évolue dans la même catégorie des virtuoses que l'Italien. Et ce sera bien plus dur de le piéger.

On peut aussi avancer que Primoz Roglic n'a jamais couru pour gagner un grand tour. Ok, l'an passé il a flirté avec le podium sur le Tour de France, mais il n'a jamais vraiment été en mesure de le gagner. La lumière était sur le duel fratricide Froome/Thomas. On se rapelle aussi que, quand il a couru pour défendre son podium, il s'est un peu écroulé. C'était pourtant sur un contre-la-montre. Il faut dire que le plateau de rouleurs était un peu plus élevé qu'ici sur le Giro. Et Tom Dumoulin, en 2017, avait prouvé que même sans expérience, on pouvait gérer les trois semaines.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que tous les protagonistes vont devoir se découvrir pour tenter de reprendre du temps à Primoz Roglic. Cela peut annoncer du vrai grand spectacle dans les jours à venir. Quand les coureurs en auront fini avec les deux longues étapes de plaine. 

Etienne GOURSAUD

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