[Retro] 1997 : Ullrich, un dauphin Couronné

Jan Ullrich prêt à écraser la concurrence à Saint-Etienne. [Crédit : Ville de Saint-Etienne]

Jan Ullrich prêt à écraser la concurrence à Saint-Etienne. [Crédit : Ville de Saint-Etienne]

1997… Une date charnière dans l'histoire du tour de France. Un an après la fin du règne de Miguel Indurain et l'intermède réalisé par Bjarne Riis, la Grande Boucle se cherche un nouveau visage. Bien sûr le Danois triomphateur de l'étape d'Hautacam lors de l'édition précédente est candidat à sa propre succession mais les regards se portent sur son jeune dauphin et coéquipier Allemand... un certain Jan Ullrich. Ce tour de France 1997 qui s'élance de Rouen en hommage à Jacques Anquetil va s'avérer être un mano à mano.

Le tout nouveau champion d'Allemagne, le fleuron de la Team Telekom va se confronter à tout un pays entier. Car oui, en cette fin de décennie 90, la France n'a d'yeux que pour Richard Virenque. Déjà trois fois du Grand Prix de la Montagne, le Varois est monté sur le podium du tour 96. Avec une belle armada de grimpeur à son service, Virenque se voit comme le successeur de Bernard Hinault. Les 198 coureurs sont sur le podium de départ, les chevaux sont lâchés. Comme un clin d’œil d'une ère moderne, le Tour de France 1997 prend un accent Britannique. Un an avant un départ historique du côté de Dublin et deux décennies avant les exploits des Wiggins, Froome où Thomas, c'est un autre Chris qui fait parler de lui. Deuxième du prologue l'année précédente, Chris Boardman était à l'heure cette fois-ci. Le coureur de l'équipe GAN est le premier maillot jaune et précède déjà un certain Ullrich de deux secondes. Dans la hiérarchie Télékom, Riis est relégué à 15 secondes. Le début d'une passation de pouvoir.

De Rouen à Vire, les Français sont à l'attaque. Tour à tour, Thierry Gouvenou (Big Mat Auber), François Simon (GAN) sont autant de baroudeurs qui rêvent de gloire. Les Lauriers justement sont pour le Jules César des temps modernes. Grâce à un train rouge de la Saeco surpuissant, Mario Cippolini empoche les trois premières étapes au sprint avec en prime le maillot Jaune. Alors qu'elles connaissent un dénouement similaires, ces étapes sont meurtrières. Tandis que l'abandon de Gilles Talmant (Big Mat Auber) passe presque inaperçu, celui de Tony Rominger (Cofidis) fait sensation. Protagoniste majeur de la dernière décennie, le Suisse tire sa révérence sur une route Normande. Cipollini ne pourra en revanche rien du côté de Plumelec et son arrivée sur la côte de Cadoudal. Alors que les Jalabert (ONCE) où autres Vandebrouke (Mapei) sont prêts à bondir, c'est Erik Zabel qui l'emporte. Maillot vert en 1996, l'Allemand est prêt à remettre ça dès l'année suivante. Le lendemain sur la route du Puy-du-Fou, c'est le sprinteur Italien Nicolas Minali (Batik) qui l'emporte suivant ainsi les traces du roi Mario.

Ce Tour 1997, c'est aussi une belle histoire de famille. Celle de Cédric Vasseur… Alain son père fût également pro avec en prime un succès d'étape en 1970. Le fiston naîtra un mois plus tard pour lui succéder 27 ans plus tard. Au terme d'une longue échappée, Cédric Vasseur rallie en grand vainqueur puisqu'il endosse le maillot Jaune. Parti en contre, le jeune Australien Stuart O'Grady offre même le doublé à l'équipe GAN. Un français maillot jaune, cela donne forcément des idées au public nombreux à encourager les forçats de la route. Lors de l'arrivée de la sixième étape jugée à Marennes, Erik Zabel s'offre un doublé… de courte durée. Le sprinteur Allemand est en effet déclassé et laisse la victoire au Hollandais Jeroen Blijlevens (TVM). Ça n'est que partie remise pour l'Allemand de la Telekom qui remet les pendules à l'heure en s'adjugeant les deux sprint suivant à Bordeaux et à Pau. Des étapes qui font de nouveaux dégâts chez les favoris. Alors que Berzin (Batik) et Gotti (Saeco) abandonnent, Virenque, Leblanc (Polti) et Pantani (Mercatone Uno) perdent près d'une minute.

14 Juillet 1997, les choses sérieuses commencent avec la première étape de Montagne qui mène les coureurs à Loudenvielle. Une étape qui fera rapidement de gros dégâts. Si Luc Leblanc est le premier attaquant de la journée, il sera pourtant l'un des gros perdants comme Jalabert. Les cimes pointent le bout de leur nez et l'équipe Festina peut démarrer son récital. C'est Pascal Hervé qui prend la poudre d’escampette en compagnie de Pascual Rodriguez (Kelme). Les deux hommes franchissent ensemble le Tourmalet mais voient le peloton fondre sur eux. C'est le moment choisi par le champion de Suisse Camenzind (Mapei) accompagné des Festina Rous et Brochard pour attaquer. A l'amorce du dernier col de la journée, le Suisse fait la course en tête avec Laurent Brochard. Porteur du maillot à Pois, « La Broche » s'envole vers une première victoire d'étape. Derrière, Virenque attaque à plusieurs reprises. Autant de pétards révélateurs des forces en présence. Si Ullrich suit sans soucis, Riis est plus entamé. Vers le sommet du col de Val Louron-Azet, Virenque attaque à nouveau. Ullrich suit tout comme Pantani alors que Riis est en difficulté. Le groupe des favoris rattrapent Brochard juste avant le sommet. Trop marqué, Virenque laisse Laurent Brochard attaquer. Le futur champion du monde s'offre le plus beau succès de sa carrière tandis que Cédric Vasseur conserve son maillot jaune pour 13 secondes…

Le lendemain en direction d'Andorre-Arcalis les coureurs arpentent les toits du tour. Ordino, Envalira… autant de noms qui donnent des cauchemars aux non grimpeurs. Les Festina font le forcing et naturellement les favoris se dégagent. Jalabert est encore en difficulté tout comme Olano (Banesto) et Vasseur. Alors que le courageux Dojwa (Mutuelle de Seine-et-Marne) s'est échappé avant la dernière difficulté, c'est le moment que choisi Ullrich pour porter l'estocade. Virenque et Pantani font illusion mais l'Allemand est trop fort. Puissant et au dessus du lot, Ullrich s'offre un succès retentissant et devient un très solide maillot Jaune.

Avant que les choses sérieuses ne reprennent du côté de Saint-Étienne, direction Perpignan pour une étape de transition. Trois hommes s'échappent pour y jouer la gagne. C'est finalement un sprint entre Laurent Desbiens (Cofidis) et Serguei Outschakov (Polti) qui décide du sort de l'étape. L'Ukrainien pense l'emporter mais il est finalement déclassé au profit du Français.

Au pays des verts, les favoris s'expliquent à nouveau. Au programme… un CLM corsé par le col de la Croix de Chaubouret. Les grimpeurs s'illustrent à l'image d'un Pantani qui revit quelques mois après une grave chute. Deuxième du classement Général, Richard Virenque va perdre une autre bataille. Parti trois minutes devant Ullrich, le grimpeur de Festina voit l'Allemand fondre sur lui. L’idole nationale termine tout de même second d'un chrono qu'Ullrich aura de nouveau écrasé. Au soir de la 13eme étape, le tour semble joué. Le lendemain, les coureurs ont rendez-vous avec l'un des mythes du tour de France… l'Alpe d'Huez. Alors que le regretté Lauri Aus (Casino) s'est échappé, le peloton aborde la dernière ascension groupé. Vainqueur sur cette même arrivée en 1995, Marco Pantani récite à nouveau sa partition. Alors que Riis dit adieu à ses derniers espoirs de second bouquet final, Virenque et Ullrich s’accrochent au « Pirate ». En milieu d'ascension, Pantani s'envole vers une nouvelle victoire d'étape qui marque son retour après une année blanche.

Du Bourg-d'Oisans à Courchevel, le tour de France s'apprête à écrire l'une des pages de sa riche histoire. Car sur les 148km de la seconde étape Alpestre, les Festina font tout exploser. Au sommet du Glandon, ils ne sont plus que 6 en tête. Virenque est accompagné de ses fidèles grégaris Brochard, Hervé et Dufaux tandis qu'Ullrich et Casagrande (Saeco) font presque tâche. L'Allemand est même décroché dans la descente. Pendant qu'Hervé et Brochard mènent grand train, le maillot jaune attend ses coéquipiers. Dans le col de la Madeleine, c'est un mano à mano entre deux groupes. Alors que Virenque est lancé sur orbite par Dufaux, derrière c'est Riis qui se donne corps et âme pour Ullrich. Témoin privilégiés de ce travail, Escartin (Kelme) et Jimenez (Banesto) se contentent de suivre. Aux abords de la montée de Courchevel, Virenque est repris. Le maillot à Pois ne se démoralise pas et repart à l'attaque seulement suivi par Ullrich. Les deux hommes se livrent à un âpre duel sans pouvoir se départager. Au final, Virenque l'emporte tandis que l'Allemand consolide son maillot Jaune. Le lendemain, les coureurs disputent la dernière étape de montagne de ce tour 97. Malgré le baroud d'Honneur de Jalabert qui franchi les premières difficultés en tête, les Favoris s'expliquent dans la montée du col de Joux-Plane. Une nouvelle fois, c'est l'Italien Pantani qui s'illustre. A Morzine, « Elefantino » remporte sa seconde étape et surtout grimpe sur la troisième marche du podium.

Les dernières étapes de transition sont favorables aux Festina. Alors que Christophe Mengin remporte le sprint à Fribourg, Stephens s'impose à Colmar devant Pascal Hervé. Le lendemain, la bande à Virenque remet cela puisque Didier Rous l'emporte à Montbéliard. Disneyland est le théatre du dernier CLM de ce tour 97. C'est l'Espagnol Abraham Olano qui s'impose au royaume de Mickey. Un succès important qui lui offre la place de premier espagnol sur ce tour au dépend de Fernando Escartin. Sur les champs Élysées, les jeux sont faits. Minali s'offre un second succès au sprint lors d'un tour dominé par Jan Ullrich. L'allemand de 23 ans ne le sait pas encore mais c'est son seul et unique succès sur la grande boucle. Cinq fois second, le dauphin est pourtant couronné en 1997…

Christian Herlin

Classement général 1. Jan Ullrich (Telekom) 2. Richard Virenque (Festina) 3. Marco Pantani (Mercatone Uno) 4. Abraham Olano (Banesto) 5. Fernando Escartin (Kelme) 6. Francesco Casagrande (Saeco) 7. Bjarne Riis (Tekekom) 8. José Maria Jimenez (Banesto) 9. Laurent Dufaux (Festina) 10. Roberto Conti (Mercatone Uno)

Classement par points 1. Erik Zabel (Telekom)

Classement du meilleur Grimpeur 1. Richard Virenque (Festina)

Classement par équipe 1. Team Deutsche Telekom

Prix de la Combativité 1. Richard Virenque (Festina)

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