[Retro Tour] : Laurent Fignon, la dernière héroïque

[Retro Tour] : Laurent Fignon, la dernière héroïque

Sa voix enrouée aura accompagné les téléspectateurs du Tour de France 2010. Il se voulait rassurant : "Ce n'est pas grave" s’entêtait à répéter Laurent Fignon. Pourtant, le Parisien se savait condamné. Vaincu par le cancer. Pour une fois, il n'allait pas gagner cette bataille face à ce terrible adversaire. On sentait encore pourtant, cette farouche volonté de se battre, pour continuer à commenter le cyclisme à l'antenne. Juste pour vivre sa passion en somme. Le public n'était pas dupe. Laurent Fignon n'était plus au sommet. Mais jour après jour, toujours présent à l'antenne, sans baisse de régime. On se prenait à croire qu'il allait vaincre ce fichu cancer. Jour après jour, il allait gagner le cœur de Français. 

Car Laurent Fignon aura vécu une grande partie dans l'ombre du Blaireau Bernard Hinault. Leader sans partage avant de devenir farouche adversaire, la France du vélo n'avait d'yeux que pour le quintuple vainqueur du Tour de France. Son panache, ses attaques de folies sont rentrées dans la légende. Et pourtant, Laurent Fignon est l'un des plus jeunes vainqueurs du Tour, il n'avait même pas 23 ans, on était en 1983. Sa confirmation sera éclatante l'année suivante. Il écrasa un tour comme rarement un coureur l'a fait. Se plaçant en héritier de Merckx, on lui promettait de gagner cinq/six Tour. Une blessure au tendon d'Achille en décidera autrement. Il ne retrouvera jamais 100% de ses capacités. Surtout, il allait entrer dans la lumière par la pire des manières. Il devint le perdant, l'homme aux huit secondes, écart ridicule pour une défaite majuscule sur le Tour 1989. Une blessure à la selle (et un Greg Lemond flirtant avec l'illégalité). Laurent Fignon entrait dans la légende de la pire des manière. Peu importe ce qu'il ait pu gagner auparavant (2 Milan-San Remo, 1 Giro, 1 Flèche-Wallonne) dans les yeux du grand public, sa carrière restera à jamais liée à ce terrible dénouement.

Devenu commentateur, il gardait la science de la course. Souvent capable d'anticiper ce qu'allaient faire les coureurs, comme lors de la victoire d'Alejandro Valverde à Plumelec en 2008 : "Vous allez voir quand Valverde va sortir" prophétisait Laurent Fignon. Souvent critique de l'attentisme des coureurs du peloton moderne, il aurait aimé le raid irréel d'Andy Schleck l'année suivante. Comme si le Luxembourgeois, dans une tentative incroyable de renverser le Tour, avait voulu rendre hommage à Laurent Fignon. Pour cette dernière, il ne manqua pas d'émotions, avec le duel entre Contador et ce même Schleck, dont Laurent Fignon n'aura de cesse de critiquer sa gestion tactique d'un tour qu'il aurait pu remporter (il le remportera mais sur tapis vert). Le lendemain de l'arrivée à Paris, sa santé se dégradait et il allait mourir un mois plus tard. Comme un chant du cygne, comme une volonté de montrer une dernière fois à quel point il était un immense champion.

Etienne GOURSAUD

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