[OBJECTIF TOKYO 2020] : Avec Steven Da Costa, karatéka en quête d'or !

Champion du monde 2018, Steven Da Costa est candidat au titre olympique [Crédit : Denis Boulanger]

Champion du monde 2018, Steven Da Costa est candidat au titre olympique [Crédit : Denis Boulanger]

Je suis déçu et écœuré, mais je crains qu'un retour en arrière ne soit possible.

Steven Da Costa (à propos de la non conservation du karaté en discipline olympique)

Si les exploits de Teddy Riner n'ont plus de secrets pour personne, ceux de leurs "cousins" karatékas sont malheureusement bien plus anonymes. Et pourtant, la France brille dans cette discipline, au point d'être une nation phare. Il y avait eu un petit coup de projecteur en 2012, lorsque Paris avait accueilli les 21e championnats du monde de karaté. On y avait un Bercy plein à craquer tout au long de ces cinq jours de compétition. Les Français y avait brillé avec 13 médailles dont 7 titres (Nadège Ait-Ibrahim, Lolita Dona, Lucie Ignace, Alexandra Recchia, Kenji Grillon, Kumité masculin et féminin). La France finissant première au tableau des médailles. 

Le soufflet médiatique est malheureusement tombé, mais les Français continue de briller en karaté. Parmi eux, un jeune champion du monde. Steven Da Costa (22 ans), sacré en 2018 dans la catégorie des -67kg. Il est en quête de son rêve olympique en terre japonaise. Car pour la première fois de son histoire, le karaté est inscrit au programme des J.O en 2020, en épreuve additionnelle. Malheureusement, elle y sera retirée après cette Olympiade.

A 22 ans, il incarne le présent mais aussi l'avenir de la discipline. Une maturité très précoce : "Je m'entraîne pour être le meilleur, mais beaucoup s'entraînent comme moi. Je ne saurais pas expliquer pourquoi je suis arrivé aussi haut aussi vite. Il y a des choses qu'on ne peut pas toujours expliquer" relate le jeune champion. Qui a commencé en espérant égaler ses idoles de jeunesse : "Rafaël Aghayev [ndlr : Azéri de 34 ans, quadruple champion du monde et octuple champion d'Europe] qui pour beaucoup de monde est le meilleur karatéka de tous les temps". De la télé au terrain, Steven Da Costa a eu l'occasion de combattre contre son idole. C'était lors des mondiaux 2016, en combat par équipes. Une défaite 3-2 : "J'avais 19 ans et j'étais encore un jeune senior". Son jeune parcours a également été façonné par son grand frère Logan (3e des championnats d'Europe 2016 en -75kg) : "Il a été un modèle pour moi quand j'étais tout jeune. C'est lui le premier à avoir commencé le karaté et c'est en grande partie grâce à lui que j'ai commencé". 

Déception de ne pas voir le karaté conservé en 2024.

Pour parfaire son rêve olympique, l'entraîne est intensif et biquotidien : "Le lundi matin c'est musculation, mardi matin préparation physique. Le reste étant basé sur des entraînements karaté". Le jeune homme fait également très attention à son alimentation, plus jeune il a fait quelques erreurs de ce côté-là : "J'ai fait des régimes très mauvais, où je perdait parfois 7 à 8kg en une semaine. Jusqu'au jour je suis arrivé totalement épuisé. J'ai décidé de me reprendre en main. Je suis désormais suivi par une nutritionniste qui est spécialisée dans les sports de combat. Tout se passe pour le mieux. Je suis également suivi par les kinés et les médecins de ma fédération". 

Le titre mondial a été un peu plus difficile à digérer. Steven Da Costa reste sur quelques tournois un peu en deçà de son réel niveau. "J'ai été dans une passe un peu compliquée. Heureusement elle est resté relativement courte". Car mardi, il a remporté l'Open de Moscou devant Ali Elsawy. Un succès sous forme de remise sur les bons rails. Et qui l'approche toujours plus du rêve olympique : "Un an avant les jeux, je me devais de remonter sur la plus haute marche" conclut le karatéka. Qui a dans le coin de sa tête l'or olympique. "Je vise la qualification, mais bien évidemment que je vise l'or si je parviens à me qualifier. Je ferai tout pour devenir champion olympique". Une compétition qui revêt pour lui une dimension très supérieure à des championnats du monde : "Cela fait tellement longtemps qu'on attendait cela" se réjouit le champion français.

Agent SNCF dans la vie civile

Malheureusement un bonheur éphémère... Car, comme on le disait, le karaté disparaîtra du programme olympique dès la fin de cette olympiade. De plus la présence du karaté sera limitée, avec seulement trois catégories et dix athlètes par catégorie. Presque indigne de la part du C.I.O et une impression d'avoir ajouté ce sport plus pour la forme que pour le fond : "Très frustrant" concède Steven Da Costa. Un constat d'échec qui va de pair avec ce sport, qui a du mal à trouver sa place en France, malgré des résultats on l'a dit brillant des Français : "Nous travaillons et nous sacrifions énormément de choses, au même titre que tous les autres sports, mais sans bénéficier des mêmes avantages en terme de médiatisation". Du coup cette olympiade sera vu comme un coup de projecteur bien éphémère : "J'ai bien peur qu'on retourne dans l'ombre comme avant, après ces J.O" craint le jeune homme. 

"Je suis déçu et écœuré, mais je crains qu'un retour en arrière ne soit possible" ajoute Steven Da Costa. Pourtant, la fédération française de karaté est monté au créneau pour défendre son sport. "Elle se bat pour essayer de faire changer les choses, mais je préfère ne pas me faire de faux-espoirs". Car, à 27 ans, il serait dans la force le l'âge pour l'échéance parisienne. Est-ce qu'un miracle est possible et peut-on voir le karaté invité de dernière minute à Paris. Cela n'en prend malheureusement pas le chemin. De gros intérêts sont en jeu du côté du CIO...

L'avenir justement, Steven Da Costa l'envisage. En parallèle du karaté, il est agent SNCF. Détaché à 70%, il peut bénéficier d'une certaine forme de sérénité au moment d'aller à l'entraînement : "Je peux m'entraîner à 100% tout en assurant mon avenir. On ne sait pas de quoi est fait demain". Cependant, si on lui demande où il se voit dans dix ans, il répond : "J'aurais presque 33 ans et je pense que pour une carrière de haut niveau, cela commence à faire beaucoup. Une carrière dure environ 10 ans et je suis rentré très jeune en équipe de France, dès 14 ans". Cela dit, il n'a pas fixé d'âge pour arrêter sa carrière : "Tant que je n'ai pas de blessures, que je continue de performer et à prendre plaisir, je continuerai". Et d'un point de vue professionnel, pas d'idées arrêtées. "J'aurai peut-être d'autres opportunités, mais la SNCF est une très belle entreprise. Pour le moment je ne me pose pas de question".

En attendant, le jeune champion du monde poursuit sa préparation pour son rêve olympique ! Qui peut aller vers un destin doré ! Il deviendrait alors un des pionniers de son sport. Une belle page d'histoire à écrire !

Etienne GOURSAUD

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