Bilan Mondial de rugby, le moment : Le Haka blackboulé par l'Angleterre

Pour la troisième étape de notre bilan de la Coupe du monde de rugby, nous revenons sur un des instants les plus marquants de la compétition, à savoir le Haka des All Blacks en demi-finale contre le XV de la Rose. Un moment décisif, qui allait donner le ton d'une rencontre incroyable.

Coupe du monde de rugby 2019
Lors de la demi-finale, le Haka néo-zélandais fait face au V de la victoire du XV de la Rose. Crédit : [AP].

On dit souvent qu’un match peut se jouer dans la tête, et d’autant plus lorsque l’on approche de l’échéance finale. Ce fut probablement le cas samedi 26 octobre, lors de la première demi-finale, à Yokohama, entre l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande. Les deux formations sont sur une excellente lancée, invaincues depuis l’ouverture du Mondial, et victorieuses écrasantes de leurs adversaires respectifs en quarts de finale (Australie, 40-16 et Irlande 46-14). La confiance est donc le mot d’ordre. Or, ce match voit s’affronter les deux équipes les plus performantes de la période 2015-2019 dès les demies. Si bien que l’on parle rapidement de finale avant l’heure. Steve Hansen, durant la semaine précédant l’affiche, évacue la pression que tente de lui filer Eddie Jones, serein avant un dernier carré qu’il a pensé depuis l’entame de son mandat. Par conséquent, le jour du match, personne n’entre sur la pelouse avec un véritable statut de favori.

Kapa O Pango contre V de "victory"

Clairement, le stade sonne britannique. Le « God save the Queen » est vibrant et on entend des morceaux de « Swing Low Sweet Chariot » avant même le coup d’envoi. Et forcément, avant le départ du match, place à la tradition néo-zélandaise, le Haka. Les deux groupes de 23 se mettent en position. TJ Perenara, le meneur, navigue au milieu du paquet. Le capitaine Kieran Read, lui, est en pointe, presque seul au monde face à la réponse anglaise qui va arriver. Articulé autour du vis-à-vis du 8 Black Owen Farrell, l’équipe d’Angleterre se positionne en V, celui de la victoire. Une des premières répliques au Kapa O Pango, chorégraphie la plus guerrière et sanglante, depuis celle du XV de France à l’Eden Park d’Auckland en 2011. Ces derniers s’étaient aussi positionnés en V, mais main dans la main, contrairement aux Anglais. Séparés d’un bon mètre pour agrandir les dimensions du geste.

Coupe du monde de rugby 2019
Les Bleus l'avaient fait en 2011, le XV de la Rose l'a réalisé lors de la demi-finale. Le Haka a été contré. Crédit : [Press Association].

La réponse de la Rose n’était pas inattendue, certes, mais elle a tout de même suscité la surprise et s’est attiré tous les regards. Ainsi, les visages fermés d’un Sam Underhill ou d’un Billy Vunipola sont ce jour-là plus marquants que les cris de Perenara. Emporté par l’engouement, Joe Marler dépasse la ligne médiane (interdit par World Rugby) et se fait réprimander par le trio arbitral. Le pilier à la crête ne comprend pas ce qu’on lui reproche pendant que le Kapa O Pango se poursuit. Face au spectacle formidablement orchestré des Blacks, la réplique anglaise, bien qu’assez désorganisée, est décisive. La spider-cam, caméra mobile suspendue au toit du stade, propose une image métaphorique mais rugueuse de l’instant. Le Haka néo-zélandais tente de faire du bruit pour éloigner la menace en forme de gueule de crocodile des Anglais. Ces derniers attendront pour croquer les Blacks.

Un moment décisif pour la suite 

Dernière image clé de ces 90 secondes vibrantes, le sourire malicieux d’Owen Farrell, qui fait penser au haussement de sourcils de David Marty au Millenium Stadium en 2007. Probablement qu’aucun des néo-zélandais ne l’aura vu en direct, l’ouvreur des Saracens étant placé le plus loin, mais les caméras ne rateront pas ce cliché qui restera dans l’histoire.

 

Coupe du monde de rugby 2019
Owen Farrell, capitaine de l'Angleterre, et son sourire malicieux, seront l'une des images de cette Coupe du monde.

 

La rencontre est dantesque, les Blacks sont renversés et les Anglais sur un nuage. 19-7, résultat historique, fin d’une incroyable série pour l’équipe à la fougère. Les langues se délieront après la qualification de la Rose, et on apprendra que l’idée était au départ celle d’Eddie Jones. La déstabilisation, ou du moins la déclaration de combat des Anglais envers les Blacks aura fonctionné.

Une partie de la rencontre se sera donc disputée dans la tête. Comme la finale, d’ailleurs. Les équipiers de Farrell éprouveront les mêmes difficultés et seront incapables d’être au niveau contre les Springboks, comme la Nouvelle-Zélande face à eux sept jours plus tôt.

Un sacré haka-kiri.

 

Mathéo RONDEAU        

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Jérôme r 27/11/2019 20:02

Analyse

Jérôme r 27/11/2019 20:02

Belle annalyse
Bravo