[Objectif TOKYO 2020] : Avec Fanny Horta, capitaine de l'équipe de France de rugby à 7.

Le rugby a 7 est un sport qui nous sort de notre confort et qui nous apprend à nous connaître et à se reconnaître

Fanny Horta

Fanny Horta equipe de france à 7
A 33 ans, Fanny Horta va vivre sa dernière campagne avec les Bleues. [Crédit : FFR]

Longtemps grand oublié des sports collectifs majeurs, le rugby a fait sa réapparition aux Jeux Olympiques lors de la dernière édition de Rio, en 2016. Par le biais du rugby à 7, qui est un peu le parent pauvre en France de l'Ovalie, écrasé par le rugby à 15. Les Français s'y sont d'ailleurs distingués en prenant la 7e place chez les garçons et la 6e place chez les filles. Parmi cette équipe, celle qui est désormais la capitaine : Fanny Horta ! Capitaine et troisième ligne d'une équipe en plein progrès, puisque dans la foulée de cette campagne olympique, les Françaises sont devenues vice-championne du monde en 2018, battues seulement par la Nouvelle-Zélande. A 33 ans, Fanny Horta va vivre sa dernière campagne sous le maillot frappé du coq, avant de prendre sa retraite après les Jeux. "Je suis d'ailleurs en pleine réflexion, concernant mon retour à la normalité."

Une olympiade ou les Françaises auront leur mot à dire. Car c'est une équipe en constante progression. Un déclic qui part de la coupe du monde à Dubai, où elles termineront 5e en 2013-2014 puis 4e deux et trois ans plus tard. "Le déclic a été là pour nous" confirme Fanny Horta. La 6e place à Rio n'était donc qu'une confirmation : "Cela nous a mis dans une dimension d'athlètes olympiques. Dans notre quotidien et dans nos vies, nous sommes dans cette dimension". Et le titre de vice-championne du monde, acquis l'an dernier, après avoir fait chuter les championnes olympiques australiennes, à rajouté du crédit à cette équipe de France : "Nous sommes en progression, c'est un constat évident" admet Fanny Horta, qui reste très vigilant : "Ce sport ne nous permet pas de stagner, il ne nous fait pas de cadeaux et il n'aime pas les habitudes. Il faut sans cesse être attentifs, se remettre en question, travailler les qualités et améliorer les domaines fragiles. Chaque matin on doit se lever en se posant la question de qu'est ce que je vais faire aujourd'hui pour être la plus performante possible pour l'équipe".

Fanny Horta et le 7 français ambitionnent la médaille aux Jeux.

Un sérieux, car les J.O de Tokyo vont vite arriver et pour sa dernière campagne, Fanny Horta peut rêver de médaille avec ses coéquipières : "Quand on arrive aux J.O, l'objectif c'est la médaille" annonce la capitaine tricolore, qui poursuit : "C'est pour cela qu'on se lève le matin et c'est en pensant à cela qu'on se couche le soir. Nous sommes des privilégiées, faire les J.O, c'est la possibilité de marquer nos vies avec notre passion mais aussi de marquer l'histoire" espère Fanny Horta. 

L'histoire, elle l'a déjà marqué sous le maillot français, dont elle a porté les couleurs également à XV, avant de se porter vers le rugby à 7. Elle explique les différences : "Les espaces sont plus grands à 7. La caractéristique c'est le rythme de jeu et les enchaînements de tâches. Tout doit aller vite". Pour cela, il faut certaines qualités : "Il faut rester maître de ses émotions, psychologiques et physiques, pour éviter d'exploser et de faire des fautes qui peuvent coûter chères. C'est un sport qui nous sort de notre confort et qui nous apprend à nous connaître et à se reconnaître" confirme la vice-championne du monde. 

A l'heure ou le rugby à XV est de plus en plus physique voire violent, avec les tragiques histoires qui ont récemment fait la une, est-ce que le rugby à 7, plus basé sur l'évitement et sur les espaces, est une alternative au danger ? La capitaine des Bleues n'est pas d'accord : "Le seul danger est dans l'apprentissage de ces phases de contact" explique Fanny Horta, pas ailleurs contre les éventuels changements de règle qui pourraient être mises en place la le World Rugby : "On ne limitera pas les blessures et traumatismes. Il faut aller chercher plus loin, dans l'apprentissage. Le plaquage est un geste technique au même titre qu'une passe ou une course avec ballon" raconte la Française, qui insiste sur le travail : "Nous travaillons en salle de judo régulièrement pour apprendre à bien plaquer, disputer les rucks. On apprend également à se protéger. Le rugby est devenu un sport où de défi physique prime sur la rapidité à envoyer les ballons dans les espaces, celle de jouer debout et de faire vivre les ballons". Une situation, elle le confirme, qui a fait des rugbymans, de véritables athlètes polyvalents. Polyvalente, elle l'est à son exigeant poste de troisième ligne, où il faut être capable d'en imposer physiquement, tout en montrant une habileté technique au moment d'envoyer du jeu. "J'aime jouer mes duels proche des lignes et plonger dans les espaces voire à en ouvrir pour mes coéquipières et leur permettre de marquer sans se faire toucher. Je suis également efficace dans la lutte debout" résume Fanny Horta, au moment de se décrire sur le terrain.

Fanny Horta capitaine des Bleues
Fanny Horta, capitaine modèle d'une équipe de France qui vise la médaille [Crédit : Rugbyrama]

Le rugby féminin se développe mais souffre encore des stéréotypes !

Longtemps resté dans l'anonymat, le rugby féminin commence à prendre la lumière. Les matchs de l'équipe de France à XV sont désormais tous retransmis à la télé. Les deux "Crunch" contre l'Angleterre, la semaine passée et hier l'ont même été sur France 2, une grande chaîne à fort potentiel d'audience. Portées par leur grand chelem et leur incroyable victoire contre les Néo-Zélandaises, les Françaises ont connu un immense boom médiatique. "Cet engouement médiatique est un juste retour des choses compte tenu des résultats sportifs" confirme Fanny Horta fière du chemin parcourue tout en étant consciente qu'il reste encore beaucoup de travail à faire, surtout sur le plan professionnel/personnel, afin de faire de la France, la nation majeure du rugby féminin. Les deux défaites subies face aux Anglaises vont dans ce sens. Au jeu du détail et du réalisme, les Britanniques ont su êtres meilleures que les Bleus. Si le rugby à XV connaît enfin son boom, il en n'est pas de même pour le rugby à 7. Les Françaises ont décroché la médaille d'argent aux championnats du monde en 2018 et ce, dans une relative indifférence. 

"Il faut se lever tôt" rigole Fanny Horta. Il est vrai que la plupart des grands tournois sont loin de la France. Ce sera également le cas des Jeux (mais tous les sports seront logés à la même enseigne). "Mais on reçoit énormément de messages lors des compétitions. Les gens mettent leur réveil pour nous voir et c'est génial. Il faut le dire, les tournois c'est un vrai spectacle, avec la notion psychologique qui peut être assimilée à un jeu de dupes" se réjouit la capitaine. Qui ne veut surtout pas que le Rugby à 7 et à XV soient opposés : "C'est un fait, culturellement en France, le rugby à XV est davantage implanté. Mais on ne doit pas être mis en concurrence, mais plutôt s'en inspirer" analyse Fanny Horta.

La capitaine des Bleues va donc connaître le dernier temps fort d'une riche carrière. A Tokyo, elle connaîtra une dernière fois l'immense honneur de jouer sur le maillot tricolore. Une formidable fin pour elle, qui aura beaucoup appris grâce au rugby à 7 : "Le rugby et notamment le rugby à 7 m'a ouvert les yeux dans beaucoup de domaines" confirme la championne. En espérant l'immense bonheur au pays du soleil levant ! 

Etienne GOURSAUD

 

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article