[Retro] : Les Françaises ont inventé la remontada [championnat du monde de handball 2003]

championnat du monde 2003, France-Hongrie, Pecqueux-Rolland, Wendling
Auteur d'un invraisemblable renversement de situation, les Françaises décrochent leur première étoile en 2003.

Au bout du suspense, au bout de la légende, au bout d'elles-mêmes et d'un incroyable scénario. Non c'était impossible de gagner. Impossible de remonter ces sept buts de retard en sept minutes. Elles ne le feront pas, elles vont échouer une nouvelle fois en finale comme en 1999.

France-Hongrie ou plutôt Hongrie-France, tant le public massivement hongrois a pris fait et cause pour ses "Magyares". Les joueuses d'Olivier Krumbholz (toujours sélectionneur en 2019), vont affronter une équipe et tout un pays en finale de la coupe du monde 2003. La Hongrie est naturellement favori de cette finale, avec des joueuses incroyables comme Katalin Palinger, gardienne mannequin mais redoutable pour garder ses cages, où encore la fantastique Anita Gorbicz, métronome de cette équipe. Une montagne à gravir pour les Françaises, qui restent sur une frustrante finale perdu contre la Norvège (25-24) en finale en 1999.

Palinger impériale dans les cages

D'ailleurs malgré une entame foudroyante des Bleues, les choses se compliquent vraiment. Les Hongroises prennent les choses en main dicte la partie, imposent leur rythme. Les Françaises sont étouffées et ne trouvent pas de solutions. Et quand la porte s'entre-ouvre, Pralinger écœure une à une les shooteuses françaises, en échec total sur la gardienne hongroise. Parallèlement, Valérie Nicolas pourtant énorme depuis le début de la compétition, est en échec dans les cages. L'addition est salée, un cinglant 7-0 porte les Hongroises vers les sommets (8-3). Mais même en difficulté, la France s'accroche au courage, offrant les prémices d'un scénario de folie. 

Mais on en est pas encore là, malgré un écart réduit de trois buts à la mi-temps (8-11). Les Françaises sont dépassées. Palinger continue son festival (22 arrêts en 50 minutes)... Jusqu'à un ballon qu'elle se prend en pleine figure sur un tir involontaire français. La gardienne hongroise sera dès lors bien moins efficace. Tout comme l'intégralité de son équipe, qui semble avoir déjà gagné le titre dans leur tête. Et qui vont commettre l'erreur de prendre de haut nos Françaises. Qui ont un coeur gros comme cela. Avec comme symbole Myriam Korfanty. Deux ballons récupérés, deux buts et la France revient. -5, -4. Et comme par miracle, c'est toute une équipe qui rehausse son niveau. Les solutions deviennent plus faciles, Valérie Nicolas retrouve toute sa splendeur dans les cages. -3 puis -2 grâce à Véronique Pecqueux-Rolland. Les mouches ont changé d'ânes, la Hongrie doute désormais, loupe des ballons. Les patronnes sont française, -1 par Stéphanie Canot. Il reste moins de 40 secondes et la balle est dans les mains Hongroises. En théorie, les Magyares n'ont qu'à faire tourner la balle et prendre le shoot à la toute fin de la possession. C'est perdu pour la France, c'est pas possible. Et pourtant...

Leïla Lejeune nerf d'acier

Les Hongroises perdent le ballon ! Il reste treize secondes pour remonter le terrain et prendre le shoot égalisateur. Myriam Korfanty se jette dessus et au bout de l'action, Véronique Pecqueux-Rolland est en position de shoot à 59'58... Et est victime d'une agression d'Anita Gorbicz. Rouge et jet de sept mètres. Dans les mains de la jeune Leïla Lejeune, le tir égalisateur. Peut-on imaginer pression plus grande ? Mais, contrairement au premier acte, les cages ne sont plus toutes petites et Palinger n'est plus une géante. Leïla Lejeune (quel sang-froid !) égalise et propulses les siennes en prolongations. 

La suite, tout le monde la connaît. Les Hongroises débutent à 4 contre 6 et ne se relèveront pas de cet invraisemblable scénario. D'autant que Valérie Nicolas va se transformer en un véritable mur pour détruire une à une les Hongroises. La France s'impose 32-29. Quatre ans après son échec en finale, les prolongations se révèlent cette fois-ci heureuses pour les Françaises, propulsées sur le toit du monde, au sommet de la planète handball. Seize ans après on retient encore cet exploit majeur du sport français. Inoubliable.

A ce jour il s'agit de la remontée la plus invraisemblable du sport collectif français. La plus grande émotion du handball féminin qui glane là le premier de ses deux titre mondiaux. La remontada inventée avant l'heure.

Etienne GOURSAUD 

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