Rugby - Quels objectifs pour les Bleus dans le Tournoi ?

Tournoi des VI Nations 2020
L'équipe de France de Romain Ntamack entame demain son Tournoi contre l'Angleterre. Quels doivent être l'objectif des Bleus sur cette édition 2020 ?

Dix ans après sa dernière victoire finale dans un Tournoi des VI Nations, le XV de France attaque cette nouvelle décennie en recevant l'Angleterre au Stade de France. Trois mois après leur élimination en quarts de Coupe du monde, des Bleus au nouveau staff, nouvel effectif et nouveaux objectifs vont tenter de convaincre, à trois ans et demi de leur Mondial. Mais que doivent viser les tricolores lors du premier Tournoi de l'ère Galthié ? Deux membres de l'équipe s'affrontent sur le sujet. C'est parti !

Etienne : "Il faut les laisser tranquilles, c'est un groupe jeune"

La patience est une vertu ! Et il va falloir être patient avec cette équipe de France qui se relève de dix années de médiocrité. Fabien Galthié a fait le pari de la reconstruction, en faisant presque table-rase du passé. Je le dis depuis que la liste est tombé, elle me plaît beaucoup. C'est donc un groupe très jeune qui va disputer ce tournoi des Six Nations. Je l'accorde, le but n'est pas de prendre 60 pions dans le match face aux Anglais. Mais on ne doit surtout pas remettre en cause tout en cas de défaite, même encourageante. Oui ce qui fut la marque de fabrique de nos Bleus ces dernières années, avec en point d'orgue ce fameux quart contre les Gallois. Mais là, la différence est de taille. Auparavant le groupe bleu était expérimenté, avec des cadres. Là c'est une jeune équipe qui doit apprendre à se connaître et à jouer ensemble. Et ce n'est certainement pas en bouleversant tout dès le moindre accroc qu'on y arrivera. 

Regardez les Anglais. Balayés et humiliés chez eux, lors de la coupe du monde 2015, ils ont su se reconstruire avec des jeunes, en donnant de la confiance petit à petit à un groupe qui est monté en puissance. Résultat quatre ans plus tard, ils ont faillis être sur le toit du monde. Ils n'ont certainement pas tout remis en cause dès qu'il y a eu un accroc.

De plus en France, on a un vivier. Oui, pendant que l'équipe fanion était moribonde, nos jeunes ont dominé la scène mondiale à deux reprises en U20. Deux fois d'affilé champions du monde avec beaucoup qui ont déjà du temps de jeu dans les meilleurs clubs de Top 14 (Bamba, Carbonnel, Ntamack). D'autres titulaires en Pro D2. Oui les choses ont changés et cette génération ne sera plus sacrifiée au profit des étrangers venu pour le show (business) du Top 14. Certains ont déjà connu les joies d'être Bleu. De plus, on compte aussi quelques jeunes qui ont déjà de l'expérience, comme Mathieu Jalibert où encore Antoine Dupont. Alors oui il y aura de l'inexpérience et c'est tout à fait normal. C'est même souhaitable, car on a vu que pouvait donner les "soi-disant" expérimentés Bleus par le passé. Alors ne vaut-il pas mieux miser sur du renouvellement ? Il faut les laisser tranquilles, c'est un groupe jeune qui a une très bonne capacité d'apprentissage. Preuve en est la rapide adaptation de certains d'entre eux dans notre si exigeant Top 14. Un championnat en train de changer pour se rapprocher des exigeances internationales. Les bonnes prestations des clubs français en coupe d'Europe sont là-aussi un signe encourageant. 

A la fin du tournoi on saura ce que cette équipe à dans le ventre. Mais surtout, par pitié, ne changez-pas tout en cas de mauvais résultats.

Mathéo : "Toutes les excuses ne seront pas bonnes"

Plus le temps de patienter ou une nouvelle page à écrire tranquillement ? Nous sommes d'accord, l'objectif principal de l'équipe de France qui démarre son Tournoi demain, c'est le Mondial à la maison en 2023. Mais doit-on répéter les erreurs du passé, revivre des défaites encourageantes pendant encore plusieurs mois ? Non, il faut que la spirale négative, qui a officieusement débuté après la finale de la Coupe du monde 2011 mais officiellement commencé en ce soir de novembre 2010 lors duquel les Wallabies avaient infligé un cinglant 59-16 aux tricolores (elle vous revient cette soirée, hein ?), cesse le plus rapidement possible. Le choix de Fabien Galthié et de son staff s'est porté sur un vaste chambardement au sein du squad des Bleus. Sur les 42 appelés pour le Tournoi, 18 bizuths, un peu moins désormais avec les forfaits, mais tout de même. Sur les 23 sélectionnés pour dimanche, quatre hommes à zéro cape, onze à moins de dix sélections. Le XV de France est clairement l'équipe qui a le plus modifié son effectif en l'espace de trois mois.

La chose ne s'annonce pas aisée pour les Bleus, bien qu'on annonce de forts progrès au niveau physique et tactique. Une formation plus jeune, maintenant que l'on s'est séparé des trentenaires malchanceux à la défaite facile. Attention à ce que l'inexpérience ne prenne pas le dessus sur l'insouciance. Anglais, Gallois ou Irlandais ne se laisseront pas faire par les jeunes pousses françaises. Il est clair que les premiers matches seront décisifs pour cette nouvelle bleusaille. Oui, on apprend dans la défaite. Mais il semble tout de même que la victoire est le meilleur remède pour apprendre et progresser. Demandez aux Anglais, au fond du trou après leur Mondial fiasco en 2015 et remis sur pieds par Eddie Jones avec deux Tournois remportés coup sur coup en 2016 et 2017. Fabien Galthié l'a clairement annoncé dans l'Equipe hier, il faut "gagner vite des matches et des titres". Il faut bien comprendre que l'ancien demi de mêlée ne prend pas les rênes d'une équipe qui démarre de zéro mais qui avait des bases, solides par moments.

On rafraîchit l'effectif mais on conserve une ossature costaude. Il faut donc être clair, toutes les excuses ne seront pas bonnes si les défaites voire si les claques s'enchaînent cet hiver. Rappelons que Guy Novès et Jacques Brunel ont eux aussi dû relever une équipe bringuebalante, y ont apporté de nombreux jeunes a qui l'on a pas laissé de crédit (Gomes Sa, Gabrillagues, Gourdon, Bonneval, ...), et en ont lancé d'autres qui...se retrouvent désormais en haut de l'affiche (Baille, Chat, Ollivon, Serin, Jalibert, Vakatawa, Penaud, ...). Résultat des opérations ? Aucune indulgence envers ces deux sélectionneurs. Sans doute une frustration de ne pas voir mieux que sous PSA. Et pourtant, il y en avait du mieux. Alors non, pas de faux pas cette année. Le staff est assez étoffé pour que l'on ait des raisons de voir l'avenir proche décoré d'un peu plus de succès. En 2016, Guy Novès avait débuté son "mandat" par deux victoires. Deux ans plus tard, Brunel avait démarré le sien par deux revers. Pour un bilan final identique. N'oublions pas qu'en 2023, si tant est que les Français aient atteint les sommets, ils ne seront pas les seuls. Ce serait bête de ne pas avoir gagné pendant quatre ans, d'arriver au Mondial (2023) presque favori, et de s'écrouler en quart de finale d'un point contre les Gallois (à cause d'un rouge ou quelque chose d'autre).

Alors ce serait quand même bien de commencer par goûter un peu à la victoire.  

Etienne GOURSAUD et Mathéo RONDEAU

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