[Objectif Tokyo 2020] : Avec Fanny Quenot et Wilhem Bélocian, le soleil comme moteur

Quand on est athlète de haut niveau, un choix sportif c'est également un choix de vie. En s'entraînant en Guadeloupe, Fanny Quenot (100m haies) et Wilhem Belocian (110m haies) ont fait le choix du soleil. La première a vécu l'automne dernier, ses premiers grands championnats à Doha (lire notre premier portrait) et a fait le choix cette saison de revenir à ses racines pour débuter cette nouvelle saison, avec en point d'orgue l'échéance japonaise. Le second s'est toujours entraîné sur sa terre natale, il a détenu les records du monde cadets et juniors du 110m haies (12''99 sur les haies de 99cm). Les deux ambitionnent de se qualifier et de briller à Tokyo cet été et incarnent cette génération dorée sur les haies en France, qui a encore brillé le week-end dernier avec les performances de Sasha Zoyha, Cyréna Samba-Mayéla où encore Janice Laviolette.

Après des années en Métropole, Fanny Quenot (12''96 au 100m haies) a fait le choix de rejoindre Ketty Cham. Car si on loue souvent les structures en métropole, on oublie parfois que la performance existe également dans les DOM-TOM. On pense à Alexie Alaïs qui s'entraîne une partie de l'hiver en Guyanne. Fanny Quenot a franchit le pas. Un choix personnel : "J’étais arrivée à un moment où j’avais envie de retourner sur mon île pour être près de mes proches et m’entraîner au soleil. Je voulais tenir jusqu’en 2020 à Lyon mais je commençais à déprimer d’être loin des miens". Elle rejoint ainsi le groupe de Wilhem Belocian qui, lui, n'a jamais quitté son groupe, malgré les nombreuses tentations, dont il ne s'en cache pas : "Je ne vais pas vous mentir, j'ai déjà songé à partir en métropole pour m'entraîner, surtout avec Benjamin Crouzet [NDLR : Entraîneur du pôle de Reims et de Pascal Martinot-Lagarde]. Disons que depuis 2015, je me dis que je vais partir mais finalement je reste", confie le double médaillé européen chez les sénior. Car en Guadeloupe, il y a un atout non négligeable, le soleil et la chaleur. Pendant qu'en métropole, la pluie et le froid ont rythmé la fin de l'automne et l'hiver, Fanny Quenot et Wilhem Belocian s'entraînent sous le soleil. Ce qui peut constituer un vrai avantage pour éviter les blessures et bénéficier d'une meilleure préparation. "Je pense que les conditions peuvent jouer dans une préparation. J'ai toujours vécu en Guadeloupe, la chaleur fait partie de mon quotidien et je ne peux m'en passer, que ce soit dans le conditionnement à l'entraînement, l'engagement et la température parfaite pour s'entraîner", analyse Wilhem Belocian. Des propos confirmés par Fanny Quenot : "Il peut y avoir une incidence positive dans la préparation. Après certains athlètes supportent mieux que d'autres le froid. De mon côté il y a une part de mental. Voir le soleil au quotidien me donne l'énergie suffisante pour toutes mes séances. On connait également les bienfaits du soleil sur le corps humain". Ce que confirment bon nombre d'études (lire ici). Cela dit, les deux hurdleurs restent très prudent sur l'avantage que cela peut donner sur la concurrence. 

Pas de saison hivernale mais rentrée précoce en saison estivale

Fanny Quenot et Wilhem Belocian avec leur entraîneur Ketty Cham ! [crédit : Fanny Quenot]

Le groupe de Ketty Cham a choisi de faire l'impasse sur la saison hivernale : "On n'a pas voulu se précipiter, car la saison passée a été longue et tardive", confie Fanny Quenot qui voit déjà le changement depuis son arrivée ; "Etre auprès de mes proches me donne de la force au quotidien. Je peux faire des activités qui me manquaient comme aller à la rivière ou la plage". Enfin cela c'est pour la partie détente, car les séances sont difficiles. Etre en Guadeloupe c'est aussi s'entraîner de façon isolé, en total contraste avec un pôle ou les athlètes peuvent parfois se regarder en chien de faïence. Éloigné mais pas déconnecté comme le confirme Fanny Quenot : "On regarde tout ce qui se passe ailleurs, mais cela n'a pas d'importance". Mais les deux athlètes sont d'accord sur un point, c'est que cet éloignement permet de se concentrer sur eux-mêmes, sans subit la même pression, loin de toute sollicitations. Et dans un groupe où règne la bonne ambiance dans le sérieux du travail. Et avec des bons éléments en plus des deux têtes d'affiches. On peut citer Kenny Fletcher (champion de France cadet en 2018 et déjà 13''66 en junior sur les haies à 99cm) où Laeticia Bapte (13''61 au 100m haies et 24''39 au 200m) : "Ce sont à eux de saisir leur chance pour faire parler d'eux", conclut Wilhem Belocian, qui aime aussi cette atmosphère : "Etre loin, cela me plaît. Je me prépares au calme et personne sait ce que je fais. L'ambiance fait aussi que je reste ici". 

L'athlétisme est également un sport plus reconnu en Guadeloupe que dans d'autres territoires français, avec un côté patriotique qui amène à un soutien des athlètes : "En Guadeloupe, il y a une devise dite : Guadeloupe, Terre de Champions. Car le sport guadeloupéen à déjà ramené beaucoup d'internationaux dans les équipes de France et beaucoup de médailles", confirme Fanny Quenot en citant d'illustres aînés comme Marie-José Perec, Laura Flessel, Lilian Thuram. Cela amène des partenariats. Wilhem Belocian estime que c'est surtout une question de contact : "Il faut connaitre les bonnes personnes, car sinon c'est le même point que la métropole". Fanny Quenot a un avis un peu différent : "Le sport est très porté et les athlètes sont mis en avant. Quand on dit qu'on est Guadeloupéen et qu'on prépare des championnats internationaux en Guadeloupe, les entreprises sont plutôt ouverts pour soutenir leurs sportifs locaux". Et effectivement, si on observe les réseaux sociaux, on s'aperçoit que les partenariats se multiplient. Une très bonne chose pour elle comme pour tous ceux qui réussissent à s'en sortir en pratiquant leur passion. On a de cesse de le répéter ici, mais c'est très difficile de vivre de l'athlétisme, y compris quand on est dans l'élite française. 

Se qualifier et briller à Tokyo !

Piste ou mer, Fanny Quenot et Wilhem Belocian profitent des très bonnes conditions pour varier les plaisirs.

De là a inciter d'autres à les rejoindre ? "Bien sur, tout dépend de l'objectif et du but de l'athlète, mais oui il faut oser dans la vie", confirme Wilhem Belocian. Propos confirmés par Fanny Quenot : "Il y a tout pour s'entraîner en Guadeloupe. On fait de notre mieux pour avoir une préparation optimale. Si un athlète supporte la vie sur une île, je lui conseille à 100% de venir. Mais en discutant avec d'autres athlètes. Il y en a beaucoup qui ne pourraient pas vivre sur une île". Comme évoqué plus haut, les deux hurdleurs ne feront pas de saison en salle. Ils préfèrent se concentrer sur la saison estivale dans le but de faire une rentrée tôt. Une impasse qui est une première pour Fanny Quenot, mais pas pour Wilhem Belocian, qui a déjà été auréolée d'une médaille sur le 60m haies, lors des Europe de Prague en 2015. "Je préfère bien travailler tout ce dont j'ai à travailler pendant les deux mois de compétitions cet hiver" commente sobrement l'athlète. On devrait retrouver les deux assez rapidement en Floride (avril) pour une entrée estivale qui sera très attendue, avant de revenir en métropole pour les meetings Pro Athlé Tour, voire les Diamonds League. Bien sur le programme n'est pas encore totalement connu et les aléas devront être pris en compte.

La clé de voûte du projet se nomme Ketty Cham. "C'est une femme passionnée, elle aime et vit pour l'athlétisme. Elle est prête à mettre sa vie en stand by lorsqu'elle s'investit dans ce qu'elle fait", se réjouit Wilhem Belocian. "Elle sait crier quand il le faut, parler quand il le faut et expliquer quand il le faut. Elle d'adapte aux athlètes et est à l'écoute. Comment ne pas l'aimer" enchaîne Fanny Quenot. Les deux athlètes tournent à une ou deux séances quotidiennes. Wilhem Belocian dévoile ainsi sa semaine type : 

Reveil : 7H30
Petit-déjeuner : 8h00
Entrainement : 10h
Déjeuner : 12h30
Sieste : 14h
Entrainement : 16h (si l'après midi). 
Soins : 18h30
Repos et détente : 19h30 

Le week-end détente en famille ou amis. 

L'année 2020 sera celle de la confirmation pour les deux athlètes. Fanny Quenot a découvert le monde des grands à Doha a envie d'y retourner mais en étant encore plus actrice de sa compétition à Tokyo. Tout cela est encore loin, mais il faudra sans doute être capable de courir en 12''70 pour avoir l'assurance de demi-finales sur le 100m haies féminin. A 29 ans, son profil atypique (que nous vous avions déjà proposé de découvrir) en fait un OVNI qui n'a pas la même courbe de progression qu'un athlète classique. Sa maturité est plus tardive et on peut la voir progresser encore quelques années. Elle entre donc dans ses meilleures années. "Je veux me qualifier pour les Jeux et les championnats d'Europe et aller le plus loin possible" confirme l'ex-Lyonnaise. Ce qui est aussi le cas de Wilhem Belocian, qui revient de trois années très noires, marquées par les blessures a répétition. Celui qui a participé aux Jeux de Rio (faux départ en série) est cependant revenu fort l'an passé. Vainqueur des Elites en 13''14 (trop venté malheureusement) il s'est qualifié pour les mondiaux de Doha et montre un grand appétit : "Si je vais aux Jeux, ce n'est pas simplement pour participer, mais pour être acteur et être sur le podium. Je ne me préoccupe pas trop de ce que peux faire la concurrence. Je sais que quand je suis là et en forme, ils savent qu'il y aura de la bagarre". Pour Fanny Quenot, cette cape a changé le regard des gens : "Ils accordent plus d'importance à ma pratique, car ils me voient comme une potentielle qualifiable pour aller aux Jeux".

A cinq mois et demi des Jeux, les sportifs entrent désormais dans la vraie phase de préparation. Et on ne peut que souhaiter de les voir briller aux Jeux. 

Etienne GOURSAUD

 

 

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