Biathlon, ski alpin, sortez les calculettes ! Le debrief du week-end sports d'hiver #7

Coupe du monde de biathlon 2019 2020
Avec un week-end parfait à Nove Mesto, Johannes Boe a totalement renversé la tendance et colle aux basques de Martin Fourcade qui lui a même cédé virtuellement le dossard jaune. Crédit : [GettyImages].

Les duels du week-end : Fourcade/Boe et Kilde/Pinturault

On pouvait s'attendre à un beau coup de poing sur la table de la part de Johannes Boe hier sur la mass start de Nove Mesto, comme on avait pu le voir deux jours plus tôt sur le sprint. Mais la course à laquelle on a assisté ce dimanche fait office de véritable coup de théâtre dans cette fin de saison ultra serrée. Une course qui restera dans les mémoires et qui pourrait s'avérer décisive tant la dernière épreuve de l'hiver s'approche. À la manière de sa performance incroyable sur la mass du Grand Bornand à la fin décembre 2019, Johannes Boe était hier parti tambour battant, accompagné de son frère Tarjei et de Vetle Christiansen. La petite différence était le niveau de la concurrence. Dès le premier tour de course, quelque chose ne va pas chez les Bleus. Simon Desthieux et Antonin Guigonnat sont à la traîne en queue de peloton, Quentin Fillon Maillet et Martin Fourcade sont en fâcheuse posture, dépassés par le rythme. Mais que se passe-t-il ? Les écarts sont déjà immenses à l'arrivée dans le stade pour le premier des quatre tirs. Heureusement, la menace Boe va tourner. Ses deux concurrents tricolores assurent et ressortent avec le plein. Mais derrière le Norvégien ! 

Après un quart de l'épreuve, il faut se faire à l'idée que Fourcade et Fillon Maillet ne joueront pas la victoire, la faute à quoi ? Un problème physique collectif, un matériel défaillant ? La réponse arrivera au terme des 15km, quand le responsable des techniciens de la délégation Grégoire Deschamps s'excusa au nom de l'équipe des préparateurs des skis, "on a fait de mauvais choix. C'est notre première grosse faute de l'hiver". En tout début de saison, ces mêmes techniciens avaient mis la misère à leurs homologues Norvégiens sur l'individuel d'Ostersund. Les écarts s'établissaient à deux minutes sur les temps de skis sur 20km en décembre, hier ce fut en gros une minute trente pour tout le monde. Malgré trois erreurs au total pour Johannes Boe, personne n'a pu rivaliser avec lui, du moins sur les planches. Car Emilien Jacquelin avait trouvé la solution pour faire jeu égal à la sortie du dernier debout, réaliser le plein. Lui aussi totalement dépassé par la mauvaise qualité de glisse, il a pu décrocher une magnifique deuxième position grâce au 20/20 sur le pas de tir. Une remarquable performance, moins de 24h après sa véritable bourde sur le relais (une pioche non tirée) qui avait valu deux minutes de pénalité aux siens.

Derrière ce duo décidément inséparable ces derniers temps, on retrouvait deux leaders du général bien impuissants face à l'écrasante domination de Johannes Boe et eux aussi mis en difficulté par le fartage. Quentin Fillon Maillet huitième, Martin Fourcade quatorzième. Après avoir déjà perdu de gros points vendredi sur le sprint, terminant sixième déjà à cause du matériel (double bris de bâton), le Catalan a fait la pire opération possible avant les deux derniers week-ends d'épreuve. À Kontiolahti, il sera toujours en jaune, mais ce ne sera qu'une illusion d'optique. Il occupe la tête du général auquel ne sont pas encore retirés les deux moins bons résultats de chaque biathlete. Cette règle bénéficie à l'hyper régulier Johannes Boe, qui n'est quasiment jamais sorti du Top 10 cet hiver. Le Norvégien possède virtuellement douze longueurs d'avance sur Martin Fourcade. Pour Quentin Fillon Maillet, c'est déjà presque 100 points qui le séparent de la tête. La donne est simple pour Fourcade, il ne lui faut quasiment plus terminer derrière Boe et surtout lui reprendre des points. À cinq courses de la fin de saison (2 sprints, 2 poursuites et 1 mass start), le gros globe est loin de connaître l'identité de son prochain acquéreur.

Coupe du monde de ski alpin 2020, Alexis Pinturault
Après un week-end à une course et zéro point, Alexis Pinturault a perdu la tête du général. Il lui reste deux épreuves le week-end prochain à Kranjska Gora. Crédit : [AFP].

Ce scénario est tout à fait dingue. Ah  qu'elles sont déjà loin ces années de règne de Marcel Hirscher, lorsque le gros globe était remporté par l'Autrichien un mois avant la fin de la saison ! Alors que les écarts ont toujours été faibles entre Aleksander Aamodt Kilde, Alexis Pinturault et Henrik Kristoffersen, la chose est devenue encore plus indécise ces deux dernières semaines. D'abord, le coup de force énorme du français, qui avait chipé le dossard jaune à Kilde lors d'un triptyque parfait à Hinterstoder (voir Top 3 du 04/03). Puis, juste avant le week-end de Kvitfjell, ce vendredi, l'annonce de la FIS concernant l'annulation pure et simple quatre dernières épreuves de la saison à Cortina d'Ampezzo, soit la disparition de 50% des courses restantes au programme de ce mois de mars. La donne était claire, il restait donc deux courses en faveur de Kilde (ce week-end, à domicile, à Kvitfjell) et deux courses techniques pour Pinturault (à Kranjska Gora, sept jours plus tard). Mais on n'était pas encore au bout de nos surprises.

Le Norvégien Aleksander Aamodt Kilde a logiquement repris les rênes du général samedi sur la descente, en terminant deuxième derrière un extraordinaire Matthias Mayer. Alexis Pinturault, qui avait pris part à la course pour tenter de marquer des points (première descente depuis sept ans), n'a pu prendre qu'une 37e place. Le lendemain devait avoir lieu un Super-G fort intéressant, avec un Kilde logiquement favori mais aussi un Pinturault grand outsider que l'on espérait voir limiter la casse pour le globe. Sauf que les conditions météo en ont fait autrement. L'annulation de la course n'a quasiment pas fait de doute, tant la neige en haut du tracé et la pluie en bas étaient incontrôlables. Ce sont désormais 54 points qui séparent Aleksander Aamodt Kilde de Pinturault. Il reste un slalom géant, discipline sur laquelle le Norvégien est très performant (7e du globe de la spécialité), samedi prochain, et un slalom spécial le lendemain. Ce qui est désormais clair, c'est que le technicien français doit performer sur les deux courses. Avec cent points potentiels pour le vainqueur, il pourrait reprendre le dossard jaune dès le géant, ce qui serait la meilleure opération. On ajoutera qu'il n'y aura pas que le gros globe qui se jouera dans quelques jours : Pinturault est à quatre points de Kristoffersen sur le globe de géant, Noël à deux longueurs du Norvégien sur celui de slalom...      

Coupe du monde de ski de bosses 2019 2020
Perrine Laffont s'est offert ce samedi une huitième victoire en dix épreuves, en Russie. Avec le globe déjà dans la poche. Crédit : [Facebook].

Les Françaises du week-end : Perrine Laffont, Chloé Trespeuch

Les week-ends se suivent, se ressemblent, et sont brillants pour Perrine Laffont. Après avoir validé le gain d'un troisième globe le week-end dernier à Shymbulak au Kazakhstan, synonyme de victoire finale en Coupe du monde de ski de bosses, voilà la jeune ariégeoise de 21 ans qui ajoute un nouveau succès à sa saison hyper prolifique. Elle est allé chercher la victoire sur la dixième épreuve de la saison, les bosses parallèles de Krasnoyarsk. Une discipline qui lui avait offert un succès en Chine en début d'hiver, mais également ses deux "contre-performances" (une 3e et une 7e position). Samedi, en battant l'Australienne Jakara Anthony en finale, elle a renoué avec le succès sur ces bosses parallèles, sa huitième victoire de la saison. Si l'on excepte sa septième place à Dear Valley début février, elle n'a plus quitté le podium en Coupe du monde depuis le 4 mars 2018 au Japon, soit vingt concours. Autant dire qu'elle règne en maître sur la discipline et sur l'ensemble du ski freestyle mondial. Elle compte plus de 300 points d'avance sur Jakara Anthony au général des bosses, mais se trouve même en tête du classement toutes disciplines confondues. Elle y devance la Suédoise du skicross Sandra Naeslund de quelques unités. Et ce n'est pas fini, Perrine Laffont terminera sa saison internationale le week-end prochain en Scandinavie avec deux dernières épreuves, qui pourraient bien lui offrir deux nouveaux succès. Ce serait magistral. 

Son nom vous est familier si vous suivez les sports d'hiver depuis quelques années. Chloé Trespeuch, c'était une des belles histoires des avant-derniers Jeux Olympiques d'hiver, à Sotchi en 2014. La toute jeune snowboardeuse y avait décroché la médaille de bronze. De quoi laisser présager d'une carrière faite de métaux précieux. Elle a depuis connu des déboires mais aussi les podiums, avec une deuxième place aux Mondiaux en 2017, et s'est rapprochée d'une nouvelle médaille olympique à Pyeongchang, prenant la 5e place de la finale derrière sa compatriote Julia Pereira de Sousa, argentée. Cette saison 2019-2020 avait plutôt bien démarré, avec une septième place à Montafon puis une jolie deuxième position à Cervinia. Après un week-end plus difficile au Canada à la fin-janvier, elle est parvenue a retrouver le succès, le premier depuis 2017, en Sierra Nevada ce samedi. Elle y a qui plus est devancé les deux premières du classement général de snowcross, Michela Moioli et Belle Brockhoff. A 25 ans, elle reste une des cadors de sa discipline, quatrième du général et candidate aux podiums. Il lui reste une occasion le week-end prochain, à Veysonnaz en Suisse.  

Les bonus du week-end : ski de fond, combiné nordique

Surprise ! Therese Johaug n'a pas gagné ce week-end ! Après avoir écrasé le Tour de Ski scandinave il y a deux semaines, la Norvégienne aux dizaines de succès en Coupe du monde partait ultra favorite pour la mass-start d'Oslo, disputée sur 30 kilomètres en style classique, en quête d'une dix-huitième victoire cette saison. Mais la légende de 31 ans a été battue devant son public par beaucoup plus jeune. Frida Karlsson, 20 ans, a triomphé sur l'épreuve la plus longue de la saison. La Suédoise prend rendez-vous avec l'histoire, après cette performance héroïque, probablement un des plus grands exploits du ski de fond féminin du XXIIe siècle. Therese Johaug conserve néanmoins très largement la tête du général, avec presque mille points de marge sur sa dauphine. Presque aussi écrasant, le Russe Alexander Bolshunov file vers le gros globe de cristal, après sa victoire sur le 50km à Oslo, qu'il a remporté devant Simen Hegstad Krueger. Le dossard jaune lui semble bien accroché après ce septième succès cet hiver. 

C'est à domicile qu'à de nouveau triomphé le prodige du combiné nordique cette saison, Jarl Magnus Riiber. Le Norvégien s'est adjugé son quatorzième succès en l'espace de trois mois, une performance incroyable. Il a surclassé toute la compétition depuis début décembre et a écrasé le classement général. Ses adversaires potentiels pour un globe n'ont jamais pu faire jeu égal avec lui, que ce soit ses compatriotes, les Allemands, Autrichiens ou Japonais. 

Mathéo RONDEAU

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