Cyclisme [Rétro Tour de France] - 2011 : Voeckler a caressé le rêve

C'est sur qu'au grand départ de Vendée, sa terre d'adoption, si on lui avait qu'il porterait le maillot jaune pendant 10 jours, avec une quatrième place au bout, Thomas Voeckler aurait signé des deux mains. Pourtant, au moment de franchir la ligne des champs de cette édition du Tour de France 2011 et même neuf ans après, il est certain que "Ti Blanc" éprouve quelques regrets. Forcément quand on touche du doigt le rêve ultime et que celui ci s'envole alors qu'on le pense enfin devenir réalité, cela peut laisser quelques frustrations. Car oui, 26 ans après le dernier sacre de Bernard Hinault, 22 ans après les huit secondes tragiques de Laurent Fignon, un Français a failli remporter le Tour de France. Pourtant, on ne donnait guère de chances aux Français avant la course. Sextuples vainqueurs sur l'édition 2010, les Tricolores ont été effacés au classement général, aucun dans les 20 premiers. Rien ne pouvait présager d'un tel feu d'artifice. Tout au mieux on avait quelques attentes sur Christophe Kern, en vue sur le Dauphiné. Mais celui-ci, touché au genou disparaîtra bien avant la montagne.

Quant à Thomas Voeckler, comme d'habitude il est dans son rôle de baroudeurs electron libre. On le verra tenter sa chance quelque fois en début de tour, dont un raid solitaire à Lisieux, où il est repris à 2km du but... peut-être des forces envolées qui compteront deux semaines plus tard. Mais encore une fois, qui pouvait anticiper ce qui allait se passer par la suite. On est dans la 9e étape qui relie Issoire à Saint-Flour. Thomas Voeckler a pris la bonne échappée. Une étape qui sera marquée par le terrible accident de Johnny Hoogerland et Juan Antonio Flecha, fauchée par une voiture de France Télévisions. Mais aussi de la très grosse chute qui élimine Alexandre Vinokourov, outsider et Jurgen Van Den Broeck, 5e du Tour 2010*. Une hécatombe mais le coureur d'Europcar passe à travers tout. Si Luis Leon Sanchez ne leur laisse aucune chance à Saint-Flour, Voeckler récupère le maillot jaune, sept ans après sa première épopée de 10 jours, restée dans les mémoires. Voeckler en jaune, Voeckler 2'26 devant Cadel Evans premier des favoris. La haute montagne approche et on est loin des 9'35 en 2004 sur Lance Armstrong. Dès lors, on ne donne pas cher des chances du Français et on se dit que si il parvient à sauver le maillot à Luz-Ardiden ce serait déjà un bel exploit.

Royal au plateau de beille

Dès lors, les 40'' concédés sur Franck Schleck apparaissent comme une excellent nouvelle. "Ti-Blanc" a parfaitement joué sur le plan stratégique et a profité de la neutralisation des favoris, Franck Schleck n'attaquant qu'à 2,5 km du but. Mieux encore, les jambes ont répondues parfaitement présent. Mais ce qu'il ne sait pas, et qu'on ne sait pas non plus, c'est que le meilleur est à venir. Le temps d'une victoire de l'ancien maillot jaune Thor Hushovd, voici la terrible étape menant vers le Plateau de Beille, même arrivée où il avait forgé sa sympathie auprès du public, en résistant pour 22 secondes à un Lance Armstrong déchaîné. Mais là, ce n'est plus de la résistance sept ans plus tard. Non, Thomas Voeckler est au niveau des meilleurs. Personne ne parviendra à le décramponner durant l'ascension. Andy Schleck, Cadel Evans ou encore Franck Schleck vont essayer sans succès. Thomas Voeckler se permet même un contre pour aller chercher Ivan Basso. Et c'est une attaque qui va faire mal à tout le monde. Avec le recul, est-ce qu'il aurait pu faire mieux ce jour-là ? Les laisser tous sur place et aller chercher l'étape ? Avec un surplus de confiance, cela n'aurait pas été exclu. Mais mettons nous à sa place, résister aux leaders, aux homme fort était déjà pour lui quelque chose qui allait au-delà de ses rêves. Alors les attaquer et leur reprendre du temps ? Enfin, le fait est qu'à la sortie des Pyrénées, il possède 1'49 d'avance sur Franck Schleck. Il n'a presque rien perdu.

Et la France entière va se réveiller et se mettre à rêver. Une seule question se pose : Jusqu'où peut aller cet incroyable maillot jaune ? Peut-il le ramener à Paris, combler ces 26 ans de frustration ? 

Mais trop acharné dans le Galibier

Malheureusement, commence le bal des petites erreurs. La première dans le col de Vance, lors de l'arrivée à Gap, où il s'acharne à suivre les attaques d'un Alberto Contador revanchard. L'Espagnol, double tenant du titre n'existe pas depuis le début de l'épreuve. Mais ce jour-là il va rappeler qu'il est un grand champion. Il emmènera avec lui Cadel Evans. Thomas Voeckler a laissé partir son plus dangereux rival qui lui reprend 32 secondes, tandis qu'Andy Schleck, catastrophique dans la descende lui concède plus de 40 secondes et est rejeté à 3 minutes. Lendemain à Pinerolo, trop offensif, il part à la faute, offrant une image incroyable d'un maillot jaune dans une cour privé, un miracle qu'il soit resté sur son vélo, mais Evans lui reprend encore 27 secondes et se rapproche a 1'18. Avec le recul, Thomas Voeckler perd sans doute le podium sur ces deux étapes, alors qu'on n'a pas encore abordé les "vraies" Alpes. 

La première étape est une arrivée inédite en haut du col du Galibier. Andy Schleck va y réaliser un raid solitaire iréel et va se rapprocher à 15 secondes d'un Thomas Voeckler héroïque, finissant quasiment avec les meilleurs, 5e de l'étape, au bout du bout de la souffrance, visage halluciné en franchissant la ligne d'arrivée. Mais voilà, il tient il tient et ne concède que peu de temps à la pédale. Mine de rien, il ne reste qu'une étape de montagne, la plus courte (92 km) et un chrono, où les frères Schleck n'ont pas les meilleures références de la planète loin de là.

Mais cette 19e étape (fatale à Pinot l'an passé...) va verser dans l'irréelle ! Un homme a décidé de foutre le bazar ! Alberto Contador, véxé de son échec de la veille s'en va. Pour Voeckler il y a péril dans la demeure puisque l'Espagnol a pris la poudre d'escampette avec le frères Schleck et Cadel Evans, soit les 2, 3 et 4e du général. Voeckler fait le jump tandis que Franck Schleck cède. Puis Cadel Evans pose le pied à terre faisant la cassure. Voeckler se retrouve seul dans le Télégraphe à 20 secondes du duo Contador/Andy Schleck. Un écart qui va rester inchangé durant toute l'ascension et la moitié de celle du Galibier, pris dans le sens inverse de la journée précédente. Voeckler fini par céder et se fait reprendre par le peloton. Mais à 1 km du sommet, sur une attaque d'Evans, "Ti-Blanc" est décramponné. Une terrible défaillance, la première vraie pour le maillot jaune pas pris en défaut jusque-là. On a de la peine en le voyant craquer tant physiquement que moralement. Il reviendra sur les favoris, le duo Contador/Schleck ayant aussi été repris. Mais ce retour se fait au pied de l'Alpe d'Huez et Contador a décidé d'y déchaîner les enfers. Rapidement Voeckler rétrograde un peu comme Virenque 8 ans plus tôt dans la même ascension. Une montée impitoyable dans une épreuve que ne tolère aucun moment de faiblesse. Le rêve s'est envolé pour Thomas Voeckler qui concède 3'22 sur son coéquipier et brillant vainqueur Pierre Rolland. Un succès qui ne parviendra pas à nous enlever la déception. Et le sentiment qu'on est passé à côté de quelque chose d'immense sur ce Tour de France 2011. D'autant que, 12e du chrono le lendemain, il battra les frères Schleck. Sans cet acharnement dans le Télégraphe et le Galibier, c'est sur, Thomas Voecker aurait fini 2e de cette épreuve au pire.

Il a décomplexé les cyclistes français.

On dit au pire car que ce serait-il passé, si Voeckler avait pris le départ du chrono en jaune, porté par la foule sans sa fatigue d'avoir roulé seul la veille et avec une minute d'avance sur Evans ? On ne pourra jamais réécrire l'histoire. Avec des si on refait le monde. Peut-être que si les leaders avaient sur le réel niveau de Voeckler, jamais il n'aurait pu prendre le maillot et son tour aurait été plus anonyme. Peut-être que s'il avait attaqué dans le Plateau de Beille et qu'il était resté dans les roues dans le Télégraphe, nous aurions un successeur à Bernard Hinault. Cela ne restera qu'un rêve pour lui ! 

Mais la France du vélo lui doit beaucoup. Il est celui qui a montré la voie, que les Français pouvaient s'accrocher aux meilleurs en montagne, qu'ils n'étaient pas innacessible. Dès le Tour 2012, un certain Thibaut Pinot fera son apparition, puis Romain Bardet, Warren Barguil, Julian Alaphilippe, Arnaud Demare, qui ont tous remportés de grandes courses. Décomplexés. 

Etienne GOURSAUD

*Au moment où le Tour 2011 s'élance, Alberto Contador n'a pas encore été déclassé et est encore officiellement le vainqueur du Tour 2010. Denis Menchov 3e de cette édition n'a pas été déclassé non plus.

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