Martin Fourcade, pour le meilleur

Martin Fourcade
Il y a moins d'un mois, Martin Fourcade décrochait sa onzième médaille d'or individuelle sur les Mondiaux. C'était à Antholz, sur le 20km. Crédit : [NordicFocus].

Certains attendent le mois de décembre pour la période de Noël, ses cadeaux, ses moments en famille, ses repas dans lesquels on se perd. D’autres, et ils furent de plus en plus nombreux année après année, cochaient avec intérêt les cases du calendrier de décembre de manière à ne pas manquer le début de la saison de Coupe du monde de biathlon. Depuis l’hiver 2010, c’est un rendez-vous que nous avons pris avec un jeune tricolore, inscrit dans la tradition d’une équipe de France qui gagne. Après Patrice Bailly-Salins dans les années 1990, Raphaël Poirée en début de millénaire, c’est un gamin des Pyrénées-Orientales qui va rapidement entrer dans la légende de son sport. Martin Fourcade brille par ses performances et modifie à une ampleur remarquable la place de sa discipline dans le panorama sportif français. Une vie sportive construite sur des duels légendaires, des personnes de confiance et quelques coups du sort.

 

Deux ans environ après le début de sa carrière en Coupe du monde, sur le week-end final de la Coupe du monde 2007-2008 à Holmenkollen, c’est au meilleur endroit, au meilleur moment qu’il explose aux yeux de tous. A Vancouver, aux Jeux, il prend la deuxième place de la course des rois, la mass-start. Son premier podium Mondial. Une première médaille qui en appelle bien d’autres. Une performance qui s’inscrit dans une atmosphère singulière. A cette époque, c’est une de ces personnes de confiance, son frère Simon, qui arrive au Canada pour viser une breloque. Ce dernier passe à côté de ses Jeux. Quand son frère cadet est sur la boîte sur la deuxième marche, les larmes sont incontrôlables, un mélange sans doute de fierté et d’immense frustration. Aussi, la performance de Martin Fourcade remplit un vide en lui. Vide qui s’était creusé quelques jours auparavant. Un de ces coups du sort qui a du mal à passer. Dans son autobiographie, il dit clairement que la 35e place qu’il a obtenue sur le sprint inaugural des Jeux n’est pas la sienne. Pour cause, au tirage des dossards, il hérite de…celui que portera Vincent Jay, qui sera sacré champion olympique quelques heures plus tard. Fourcade vit un calvaire sur la piste, avec un numéro bien plus élevé, et ne peut se battre sous une neige abondante, arrivée en cours de compétition.

Il n’empêche que Martin Fourcade sort de ces quinze jours avec un surplus d’expérience clair et net. Il écrase la fin de saison en mars 2010, remportant ses trois premières courses en carrière (poursuite de Kontiolahti et le sprint et la poursuite d’Oslo-Holmenkollen).

Martin Fourcade
Sur la poursuite des Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi en 2014, Martin Fourcade conquiert le premier de ses cinq titres olympiques. Crédit : [Panoramic].

Le début d’un règne impressionnant. L’homme en combinaison noire, violette (oui oui) ou bleue écrase le circuit mondial à partir de la saison 2011-2012. Ca commence bien entendu à Ostersund, en Suède, là où débutent les calendriers, là où il a le plus levé les bras (14 fois). Ironie du sort, ce sera en l’espace de dix ans et autant de championnats internationaux le seul site sur lequel il ne remportera aucune médaille (Mondiaux 2019). Aux succès de mars 2010 succèdent cinq victoires l’année suivante, et un splendide triplé (sprint-poursuite-mass) aux Mondiaux de Ruhpolding en 2012. C’est également le commencement d’une belle histoire d’amour avec le dossard jaune. A Khanty-Mansiisk, il décroche le premier de ses sept gros globes consécutifs. Les médailles, les globes, les victoires s’enchaînent. Il est ultra favori à l’entame de ses deuxièmes Jeux, à Sotchi. C’est là que l’on peut parler de ses duels légendaires. Ole Einar Bjoerndalen lui chipe le titre sur le sprint, Emil Svendsen celui de la mass-start. Bientôt, ce sera Johannes Boe qui pointera le bout de son nez. En Russie, Martin Fourcade est néanmoins irrésistible sur la poursuite et l’individuel. Deux premiers titres auxquels il ajoutera trois médailles d’or à Pyeongchang, toujours sur la poursuite et sur la mass-start. Autre duel de légende, avec Simon Schempp. Ou comment inverser la tendance en sa faveur par un jet de ski au millimètre. Une longueur minime qui lui avait manqué par rapport à Svendsen quatre ans auparavant.

Arrivent ensuite les records, deux saisons de dingue. En 2016, il valide son cinquième globe en écrasant littéralement les championnats du monde d’Holmenkollen. Devant des milliers de Norvégiens. Devant ses meilleurs ennemis, de Bjoerndalen à Tarjei Boe. Il repart de Scandinavie avec cinq médailles dont trois d’or. L’hiver suivant, Fourcade décroche quatorze victoires et domine comme jamais la saison de Coupe du monde. Son septième et dernier globe, il le décroche après une énième grosse saison, après un gros combat avec Johannes Boe. Qui le mettra à mal quelques mois plus tard. Le Catalan vit une saison sans. Sans sensations, sans performances (2 victoires tout de même), toujours propre au tir mais sans jus sur les skis.

Le Norvégien lui donne cependant cette année l’occasion d’un dernier baroud. Et Martin Fourcade s’y donne à cœur joie. Quatre succès de suite en janvier sur la tournée Allemande, avant de s’offrir un ultime titre Mondial individuel, à Antholz.

Martin Fourcade
Une des plus grande émotion de sa carrière, le titre acquis cet hiver sur le relais hommes avec Quentin Fillon Maillet, Simon Desthieux et Emilien Jacquelin. Le seul qui lui manquait. Crédit : [Maxppp].

Et un dernier titre collectif. C’est l’image la plus marquante du Français ces dernières années, peut-être de toute sa carrière. Martin Fourcade est en larmes, il vient de remporter la médaille d’or du relais masculin, en compagnie d’Emilien Jacquelin, Simon Desthieux et Quentin Fillon Maillet. Une victoire qui lui manquait, la victoire qui lui manquait. Lui qui a quasiment tout connu avec ses amis sur les planches, avec comme symbole assurément les podiums partagés avec Jean-Guillaume Béatrix à Sotchi (poursuite) ou Quentin Fillon Maillet à Antholz (sprint). Au moment de revenir sur l’ensemble de sa carrière, on remarquera simplement que le cadet n’a jamais pu partager de podium solo avec son frère Simon en grand championnat. Et non, on a beau avoir le deuxième palmarès le plus fourni de l’histoire du biathlon, il ne s’agit pas que d’un détail.

Enfin, comme si tout avait été calculé, sa carrière s’est conclue ce samedi par une toute dernière victoire, la 83e, sur la poursuite de Kontiolahti. Dix ans jour pour jour après sa toute première, sur la même course, au même endroit. Devant Johannes Boe, entouré de Quentin Fillon Maillet et d’Emilien Jacquelin sur son dernier podium. La boucle est bouclée.

 

  Mathéo RONDEAU         

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