[OBJECTIF TOKYO 2020] : Avec Clémence Beretta, la marche de l'impératrice.

La marche à toute vitesse ! Retenez bien son nom : Clémence Beretta. C'est l'une des sportives qui incarne l'avenir de l'athlétisme français. C'est aussi la seule à avoir battu un record de France il y a deux semaines, lors des France Elites de Liévin : 12'30''52 sur le 3000m marche ! Soit près de 14 km heure de moyenne. Si on se permet la comparaison avec le coureur, c'est pour mesurer l'exploit de la jeune athlète de 22 ans. Qui ne cesse de progresser années après années. Record de France du 3000m junior, record de France espoirs du 5000m, 20 km et contre la montre 1h. Autant d'étapes, de barrières franchies par Clémence Beretta passée par l'école d'athlétisme et fidèle à son club de l'Entente Athlétic Vosges et qui s'est spécialisée à l'âge de 15 ans sur la marche athlétique, après avoir touché à tout : "J'ai pu découvrir plein de disciplines différentes et c'est très important de toucher à tout. Il ne faut pas se spécialiser trop tôt. Par exemple, la course à pied m'a donné du pied et de la vitesse, le demi-fond permet de travailler la caisse, des choses qui sont également très importantes pour un marcheur" analyse la championne de France 2020 ! Qui déconseille aux jeunes athlètes de se lancer trop tôt sur une seule discipline et de faire trop de séances spécifiques trop tôt : "C'est le meilleur moyen de se dégoûter de la discipline en encaissant des séances trop tôt et trop dures". Une spécialisation à l'âge de 15 ans mais des prédispositions affichée plus jeune : "Je me suis tout de suite sentie à l'aise dans la marche et les performances sont vites arrivées" reconnaît Clémence Beretta. Qui reconnait également avoir la chance d'être bien suivie par des spécialistes au sein de son CREPS spécialisé dans la marche. 

Plusieurs tentatives pour réaliser les minima sur le 20 km marche !

Car la marche est une discipline dure oui c'est indéniable ! Où il faut avaler des kilomètres et des kilomètres à l'entraînement. Environ 250 par semaine pour Clémence Beretta. Car si la Vosgienne a brillé cet hiver sur le 3000m marche, sa discipline de prédilection est le 20 km marche, qui se dispute sur la route. Le passage sur salle lui permet de travailler la vitesse : "Sur 3000m marche, on est en survitesse, quand on part, on sait qu'on ne craquera pas" analyse l'athlète. A contrario du 20 km : "C'est une discipline de patience, où il faut accepter de tenir un tempo plus lent mais qu'il faut garder jusqu'au bout. La part de mental est plus importante, c'est aussi une lutte contre soi-même. Il faut temporiser pour être capable de tout donner sur la fin de course et finir fort. On peut être tenté de partir vite et de se laisser tromper par ses sensations. Mais dans ces cas-là, la fin de course peut-être longue", rajoute Clémence Beretta. Un passage en salle pour valider des progrès, symbolisé par ce fameux record de France senior. Ce qui était son objectif, mais pour sa première course de rentrée, où elle réalise 12'50''69. "J'avoue que j'ai pensé que ma chance était passée alors. D'autant que j'abordais la course en revenant d'un stage en Afrique du Sud et j'étais assez fatiguée". Mais finalement, c'est la bagarre avec Emilie Menuet, l'ancienne recordwomen de France, qui va amener ce chrono. Une concurrence avec la Blésoise pour atteindre les sommets. "C'est sur que cela va nous tirer vers le haut". Vers le rêve olympique ? Ce sera l'objectif de Clémence Beretta, se qualifier pour les J.O de Tokyo à l'horizon de l'été, en croisant les doigts pour que ceux-ci aient lieu. Pour ce, plusieurs tentatives sur 20 km marche. Et ce, dès le 22 mars à l'occasion des championnats de France de 20 et 50 km à Gien. Des minima directs qui ne seront pas simples à obtenir. Érigés à 1h27'00 soit sept minutes de mieux que son actuel record personnel (1h34'15) et quatre minutes de mieux que l'actuel record de France (1h31'15) de Nora Leksir. "La FFA met des minima très difficile mais c'est comme cela on doit l'accepter. Cela dit, cela nous oblige a arriver en forme très tôt pour aller à la course aux minima et cela peut nous porter préjudice pour être bien le jour J". Mais les minima IAAF sont plus cléments à 1h31 et la FFA, depuis 2017 a pris pour habitude de repêcher les athlètes qui ont fait les minimas IAAF dans une volonté d'encouragement. En théorie, moins d'1h31 peut suffire, mais cette incertitude peut tout de même plomber une préparation. 

Une préparation minutieuse pour Clemence Beretta qui se sait en forme mais qui fait très attention : "Il ne faut surtout pas déclencher le pic de forme trop tôt au risque d'être cramée quand il faudra performer.". Mais la Vosgienne s'estime confiante quant à sa capacité à réaliser les minimas : "Je pense qu'actuellement je suis capable de marcher aux alentours de 1h32'30 ce qui est très bien au vu de la période" se réjouit l'athlète. A qui attend de longues séances de spécifique (deux à trois par semaines selon la période) pour arriver à son but. Qui n'est qu'une étape. Car comme toutes les disciplines "foncières", la marche est une épreuve de maturité où les potentiels s'expriment pleinement souvent au delà de 30 ans. A 22 ans, Clemence Beretta possède donc une marge de progression très importante : "Sans me vanter, je vois que je suis en avance sur toutes les marcheuses en France au même âge. Si j'arrive à poursuivre ma progression, je peux viser autre chose sur des horizons différents, dont Paris 2024. Oui, viser une médaille sur les grandes compétitions mondiale est un but que j'aimerai atteindre un jour". En revanche, hors de question pour elle de passer sur 50 km, discipline récemment ouverte aux femmes : "C'est une discipline ou il faut accepter de marcher à des allures très lente et qui est très exigeante en terme de kilométrage à l'entraînement. Il faut faire pas loin de 200 km à l'entraînement chaque semaine. Cela ne m'attire pas du tout". reconnait la Vosgienne.

Un coup de gueule a résonance exponentielle

Qui est aussi distinguée hors des pistes et des routes, au travers d'un coup de gueule retentissant sur les réseaux sociaux (voir ci-dessous).

Aujourd'hui, elle estime que les choses avancent petit à petit dans le bon sens, mais que le cheminement sera long afin que les athlètes puissent vivre décemment de son sport. De son côté, elle travaille à mi-temps, tandis que le complément de salaire est assuré par la fédération : "Et j'ai conscience d'avoir de la chance, je travailles à mi-temps tout en ayant un vrai salaire et j'ai le temps pour m'entraîner. Je penses à tout ceux qui ne sont pas dans mon cas, qui doivent survivre avec peu de moyens. Quand il faut payer les factures, se nourrir tout en pratiquant le sport de haut niveau, c'est très difficile et beaucoup sont contraints d'arrêter". Mais la colère n'est pas totalement retombée surtout quand on évoque avec elle le manque de médiatisation de l'athlétisme, en particulier certaines disciplines : "On a la chance d'être un sport ou chacun peut y trouver son compte". Or, il est vrai, les futures réformes des grandes compétitions, pour tendre vers un format télé de 90 minutes, risque de voir certaines épreuves être sacrifiées sous l'autel du sport spectacle. "Ils veulent privilégier le sport spectable en mettant en avant des disciplines qui seraient plus spectaculaires que d'autres. Mais au final, ils risquent de détruire notre sport en faisant cela". Elle fustige également la place que peut prendre d'autres sports dans les médias : "Il est clair que des sports comme le football ont une importante disproportionnée. Pour que les gens puissent s'intéresser à des disciplines, il faut qu'elles soient visibles à la télé ou dans les journaux". Une anecdote assez fumante qui remonte à trois ans. Lors du titre mondial de Yohann Diniz, le marcheur français avait du "partager" la Une du journal l'Equipe avec Neymar, qui faisait ses débuts au PSG. 

Malgré tout, en partie grâce au Rémois, la marche a connu un essor populaire. Clémence Beretta est formelle, à de rares exceptions près, les moqueries n'existent plus : "Au contraire, que ce soit sur la piste ou en dehors, en reçoit beaucoup d'encouragements des gens qui nous suivent". Active sur les réseaux sociaux, elle se sert aussi de ces outils pour communiquer : "Je vois que beaucoup de mes collègues me suivent. Et c'est souvent par ce biais qu'ils sont au courant de mon actualité et de mes résultats. Du coup, au retour de compétitions ils me félicitent. C'est clair que cela peut être un vrai moyen de communiquer. Je mets des photos de stages de séances, pour que les gens plongent dans mon quotidien. Après cela à sa limite. Beaucoup de ceux qui me suivent on déjà un pied dans l'athlétisme. Cela reste encore limité pour donner envie à des gens de se mettre à notre sport". Surtout, dans son sillage, de plus en plus de jeunes athlètes se mettent à la marche : "On voit des groupes de 10-12 athlètes désormais au sein de mon club", se réjouit Clémence Beretta. Un foyer à futurs champions prêts à suivre les traces de Clémence Beretta. Qui est elle encore loin d'avoir montré tout son potentiel. Vers un avenir olympique ? Réponse dans quatre mois et demi.

Etienne GOURSAUD

 

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