[Retro] - Athlétisme : Et Yohann Diniz marcha vers son rêve (Mondiaux 2017)

S'il y a en a bien un qui nous laisse pas indifférent, c'est Yohann Diniz. Il faut dire que c'est un sacré personnage ! Il dégage une certaine authenticité. Un gars vrai en somme. Qui a fait beaucoup pour sa discipline en France. Décriée voire carrément moquée, la marche athlétique s'est imposée comme une discipline assez populaire. Au niveau émotionnel, il ne nous laisse pas indifférent. On a eu peur avec lui, lors des J.O, avec ces images terrible du Rémois à l'agonie, mais trouvant les ressources d'un courage (inconscience ?) inouï pour aller au bout de son 50 km marche. Car même défaillant, des J.O cela se respecte dans son imaginaire. Il voulait finir... Mais à quel prix !

Alors il faut avouer qu'un an plus tard à Londres, quand on le voit démarrer au premier kilomètre, on se dit que c'est pas possible, qu'il est encore en train de tout gâcher. On a tellement souffert au travers de rendez-vous mondiaux ratés, qu'on ne veut pas croire à l'insensé ! Car on le savait, Yohann Diniz a eu une préparation plus que tronquée, avec des petits pépins physiques ici où là. Celles d'un athlète de 39 ans qui continue de repousser les limites de son corps depuis tant d'année. Médaillé d'argent en 2007 à Osaka, à une époque ou Usain Bolt n'était pas encore le Roi, c'est la seule médaille mondiale pour un athlète qui est pourtant devenu entre temps recordman du monde du 50 km marche. Une ignominie qui va être balayée en cette belle journée du mois d'août ! Le Rémois est irresistible et ses adversaires vont vite comprendre qu'ils vont jouer la deuxième place. Yohann Diniz est survolté, comme s'il cherchait à balayer définitivement les démons de Rio, ceux de Londres, Pékin, Daegu... Les écarts sont creusés. On songe même à un moment au record du monde. Mais un carton, celui de la menace, celui de l'injustice parfois, est tombé et il faut devenir prudent. L'important n'est pas le chrono, qui sera excellent, mais l'important c'est la victoire. Cette victoire qui gommera toutes les années de frustration. Celle qui va consacrer au plus haut sommet mondial un athlète qui le méritait tant. Une fois la menace écartée, il repart de plus belle, des kilomètres avalés entre 4'00 et 4'10. 15km/h de moyenne. Quand Yohann Diniz est comme cela, il est juste intouchable. Pourtant au fond de nous, on continue d'avoir peur. On l'a vu tellement tomber qu'on craint une nouvelle défaillance, où ce troisième carton rouge. L'abandon et disqualification au bout d'une épreuve aussi belle que cruelle. Mais ce jour-là la pièce est tombé du bon côté. Au bout de sa marche effrénée le graal. 3h33'12, à moins d'une minute de son record du monde. Il relègue son dauphin Hirooki Arai à plus de huit minutes (soit presque deux kilomètres). Un gouffre qui symbolise toutes les années de frustration. La marque des plus grands champions. Une résurrection au sommet. Certains vont s'extasier devant la pureté d'un 100m, nous on s'incline devant l'intensité de ce 50 km. 

Yohann Diniz ne nous laisse pas indifférent et avec sa joie communicative, c'est toute une journée qui était illuminée. Malheureusement, la fête a été un peu gâchée le lendemain. Un grand quotidien national a décidé qu'un but de Neymar valait autant qu'un titre mondial en athlétisme. Les symboles du sports business ont presque eu raison de l'authenticité brûte d'un exploit. Une injustice pour nous. Dans nos coeurs c'est lui qui a fait la Une ce jour-là ! Mais rien, rien ne nous fera oublier cette course splendide ! Une démonstration du premier au cinquantième kilomètre...

Etienne GOURSAUD

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