Un dernier samedi sur une autre planète

Coupe du monde de biathlon 2019 2020, Martin Fourcade
Ce samedi historique pour le biathlon français a été marqué par la dernière victoire en carrière de Martin Fourcade, entouré de ses deux compatriotes, Quentin Fillon Maillet et Emilien Jacquelin. Crédit : [Facebook].

Il restait un peu de vie, ce samedi, sur Terre. Un microcosme, un cercle très fermé, que l'on pouvait retrouver du côté de Kontiolahti, en Finlande, ces dernières heures. Un condensé d'émotions rare, unique assurément, lors des dernières courses de la saison de Coupe du monde de biathlon. En raison de l'ampleur grandissante de l'épidémie de Coronavirus partout à travers le monde, l'hiver du biathlon mondial avait du être amputer de son dernier week-end à Holmenkollen. Annulés aussi les relais de demain, qui devaient clore le week-end de Kontiolahti. La saison allait donc se terminer à huis clos, par deux poursuites. Ça, c'était avant la bombe lâchée par Martin Fourcade, hier soir. En prenant la décision de stopper sa carrière aujourd'hui, il nous proposait à tous un dernier baroud, une dernière danse. Pour lui, c'était l'ultime occasion de décrocher un huitième globe. Pour nous, c'était plus l'opportunité de vivre une dernière journée de sport avant un vaste trou dans les saisons et les programmes télévisuels. 

L'émotion, on savait qu'on allait tous la ressentir à un moment, à l'arrivée de la poursuite hommes. Mais sûrement pas tant. Au départ de la course, Martin Fourcade était devancé de 20 secondes et de 19 points par Johannes Boe. Malgré les réglages qui se sont fait dans le vent, les surprises arrivent rapidement. Les tours de pénalité s'enchaînent, Johannes Boe laisse après le deuxième tir couché la position de tête au duo tricolore Fourcade/Jacquelin, impeccable derrière la carabine. Et il suffira d'un premier debout de dingue pour que l'on rêve. Les deux Français vont tous les deux sur l'anneau de pénalité, manquant leur dernière balle, mais leur poursuivant, Johannes Boe, tremble. Le Norvégien ne blanchit que deux des cinq cibles, et ouvre la porte à de nombreux hommes, dont Quentin Fillon Maillet et Arnd Peiffer. A la sortie du pas de tir, l'atmosphère est incroyable. Virtuellement, Martin Fourcade est en train de le faire ! Il mène la danse et touche du bout des doigts le huitième gros globe de sa carrière. Le tout dernier tir en compétition de Martin est plus compliqué. Alors qu'Emilien Jacquelin part pour trois tours, il limite la casse avec deux erreurs. Johannes Boe, comme un symbole, va lui chercher le plein pour valider le globe.

Mais le final n'en n'est pas moins réjouissant. Fourcade signe sa 83e victoire en carrière, deuxième homme le plus doré en Coupe du monde. Et devant qui ? C'est Quentin Fillon Maillet et Emilien Jacquelin qui règlent au sprint Johannes Boe. "Le roi est mort, vive le roi", ce sont les mots du Français à l'arrivée. En effet, on aurait difficilement pu rêver meilleure passation de pouvoir. Le voilà aspergé de champagne, soulevé par ses coéquipiers et l'armée du staff français. C'est une immense joie qui parcourt l'aire d'arrivée du site finlandais. Martin est congratulé par l'ensemble de la caravane du biathlon. Ses plus grands adversaires, les frères Boe, Alexander Loginov, Ondrej Moravec, mais aussi les petites mains des différentes délégations étrangères. Avec ce dixième succès de l'hiver, et le classement de Johannes Boe, Fourcade termine deuxième du général à deux points du Norvégien. Ou comment rendre encore plus mythique une saison d'ores et déjà historique. Le Français passe le flambeau à ses nombreux coéquipiers, qui tenteront dès l'an prochain d'aller titiller le Scandinave dans sa quête de records. 

Coupe du monde de biathlon 2019 2020, Julia Simon
Pour couronner le tout cet après-midi, Julia Simon a livré une course extraordinaire pour aller chercher son premier succès en carrière. Crédit : [AFP].

Chez les filles, on s'attendait clairement à suivre un joli duel entre Dorothea Wierer et Tiril Eckhoff pour le gros globe. Dans une poursuite où l'une à tour à tour devancé l'autre sur les sorties de tir, c'est une tout autre jeune femme qui nous a épaté. Et, il faut l'avouer, c'est encore meilleur quand c'est inattendu. Julia Simon, onzième du sprint hier, réalise une très bonne opération après ses deux couchés. Elle est parfaitement dans le coup pour la deuxième moitié de course. Devant la française, Marketa Davidova coule après un premier debout raté. La Tchèque ouvre la porte à ses poursuivantes. Il s'agit d'Eckhoff, qui prend les rênes de la poursuite devant Simon, Vittozzi et Hojnisz. Mais, après les naufrages respectifs de Herrmann, Preuss et Davidova derrière la carabine, c'est au tour de la Scandinave de manquer les cibles. Juste derrière, avec un plein génialissime, magnifique, somptueux, Julia Simon prend la tête. Et la sentence est irrévocable ! 

Trois mois après son premier podium individuel (15km d'Ostersund, 2e), quelques semaines après son trou noir sur le pas de tir à Antholz, la jeune française s'offre un dernier tour de dingue, seule, avec au bout la victoire. Elle franchit la ligne avec le drapeau tricolore. C'est son triomphe, mais c'est aussi l'image d'une équipe de France infaillible cette saison. En quête du record de 2015-2016 avec 50 podiums, c'est Julia Simon, celle qui qualifie au mieux cette saison en dents de scie de la délégation féminine, qui offre la 51e boîte à la France tout entière. Un record acquis dans un hiver plus court que prévu qui plus est. À l'arrivée, c'est une nouvelle fois l'heure des réjouissances. Des larmes, il en aura coulé. La joie d'une Julia Simon, la fierté d'une Kaisa Makarainen, autant d'émotions qui permettent de garder un peu les pieds sur terre. Et qui nous font d'autant plus nous impatienter pour la saison qui suit. 

Mathéo RONDEAU

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