Ils auraient du écraser le Tour de France - Andy Schleck

Plus contemporain que Jan Ullrich mais a peu près le même destin que l'Allemand. Andy Schleck, c'est ce coureur qui, pour son premier grand tour, termine deuxième d'un Giro à l'accent très italien en 2007. Il n'a que 22 ans et sa résistance sur un Giro souvent défavorable aux non-italiens fait sensation ! C'est sur, le cyclisme en mal d'émotions, secoué par l'affaire Floyd Landis et les suspicions autour de Lance Armstrong, tient sa nouvelle pépite. 

Alors le monde entier attend avec impatience comment va se comporter le jeune Luxembourgeois lors du Tour 2008. Au sein d'une grosse Armada CSC avec Carlos Sastre et son frère Frank. Sur une édition très ouverte en l'absence du vainqueur sortant Alberto Contador, dont l'équipe Astana est suspendue par ASO, suite aux affres de Vinoukourov en 2007. Personne ne semble se dégager pour endosser le costume de favori. Mais d'entrée, immense déception pour le cadet des Schleck, éjecté à Hautacam par une fringale. Erreur de jeunesse clairement. Aux conséquences limitées pour son équipe qui gagnera le Tour via Carlos Sastre, en maîtrisant les éléments de A à Z. En partie grâce à Andy qui se montrera très fort dans les Alpes. Presque trop fort pour ne pas avoir des regrets. 

Incohérences tactiques et fragilité psychologique

Mais le jeune Schleck poursuit sa progression et arrive dans le costume de leader en 2009, qu'il partage cependant avec son frère. Mais rapidement il prend l'ascendant sur ce dernier, plus à l'aise à Verbier. Malheureusement il tombe sur un os en la personne d'Alberto Contador, intouchable cette année-là... Sauf peut-être la veille de l'arrivée sur le Mont Ventoux. Mais Andy Schleck se dévouera corps et âme pour faire monter son frère avec lui sur le podium, sacrifiant une victoire d'étape qui lui tendait les bras. Pour rien, car ils ne pourront rien faire face à Armstrong. Premier gâchis. Ce frère, si lié, mais qui finalement semble être un frein à sa progression. Andy est manifestement plus fort que Frank mais n'ose pas mettre ce dernier en difficulté. Mais même "débarrassé" de celui-ci en 2010, Frank se fracturant la clavicule sur les pavés, les lacunes tactiques du Luxembourgeois sont manifestes. Comme lors de cette montée vers Avoriaz où Andy refuse d'écouter Riis qui lui intime d'attaquer. Il ne le fera qu'au Kilomètre et reprendra plus de dix secondes à un Contador, pas dans son assiette. Que ce serait-il passé si Andy avait attaqué à 5,6 voire 10 kilomètres du sommet ? Le fait est qu'il perd sans doute le Tour ce jour-là* et bien plus qu'à cause de ce fameux saut de chaîne qui aura tant défrayé la chronique. 

En réalité cette timidité est le principal défaut d'Andy Schleck, incapable de totalement forcer le destin. Sauf peut-être en 2011, lorsqu'il remporte l'étape du Galibier au terme d'un raid solitaire presque irréel. Sans pour autant renverser la table, puisqu'il s'incline une nouvelle fois face à Cadel Evans. A 26 ans, il dégage alors une image du coureur brillant, mais incapable de remporter un Grand Tour de part son manque d'audace mais aussi des limites en contre-la-montre, où il peine à progresser. Mais est-ce que cette victoire en patron peut faire office de déclic ?

Une fin indigne de son rang

On ne le saura jamais. Blessé en 2012, il déclare forfait et voit par procuration la Sky poser sa patte sur la Grande Boucle. Andy Schleck reviendra mais ne sera plus qu'un coureur moyen. Fantomatique toute la saison 2013, son nom suffit a laisser quelques espoirs au moment de s'élancer de Corse, pour la 100e édition. Mais rapidement, on comprend qu'il ne pèsera pas sur la course. Et ne pésera plus jamais sur une grande course. Il abandonne sur chute en 2014, victime d'une rupture des ligaments croisés et annonce dans la foulée sa retraite à seulement 30 ans. Beaucoup lui prédisait un avenir doré, mais finalement il laisse l'image d'un talent gâché par un manque d'ambition et une certaine fragilité psychologique. Il ne gagnera jamais le Tour de France à la pédale et reste encore une énigme pour nombre de suiveurs. Que de regrets... Il avait sans doute au moins autant de talent qu'un Alberto Contador qui lui a remporté sept grand tours. Mais l'Espagnol à su plus d'une fois provoquer le destin et renverser des situations.

Et diire qu'il n'a que 35 ans aujourd'hui...

Etienne GOURSAUD

*Andy Schleck remporte le Tour de France sur tapis vert, suite au déclassement pour dopage d'Alberto Contador

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