Ils auraient du écraser le Tour de France - Gianni Bugno

Quand on voit ce coureur ultra dominateur du Giro 1990, on se dit que l'Italie tient enfin le successeur à Felice Gimondi, dernier vainqueur transalpin de la Grande Boucle en 1965. Gianni Bugno c'était un coureur à la classe insensé, l'un des derniers coursiers capable de briller sur tous les terrains (Milan San Remo, double champion du monde). Il réussit ses débuts sur le Tour de France, raflant deux étapes et terminant à la 7e place du général, prouvant ses facultés de récupération. Capable de succéder à Felice Gimondi, tout en étant l'Italien capable d'apposer réellement sa patte sur le Tour une première depuis le double succès de Coppi (49-52). 

Prometteuse également sa 2e place sur l'édition 1991, qui voit l'avènement de l'Espagnol Miguel Indurain. Le génial italien et le champion espagnol. Un duel qui risque de promettre pour les années à venir, les deux coureurs étant alors relativement jeunes. Avec un titre de champion du monde et d'autres grandes victoires, l'Italien est arrivé à maturation. L'année 1992 promet d'être exceptionnelle. 

A un détail près. Le mental de l'Italien. Contrairement à un Miguel Indurain qui fera face aux diverses difficultés (dont le raid incroyable de Claudio Chaippucci à Sestrières qui a mis en péril son maillot jaune), Gianni Bugno renvoie l'image d'un talent incapable de se surpasser dans la difficulté et rechignant a tout perdre pour espérer gagner). Trop souvent calé à la roue d'Indurain, malgré le renfort d'un coureur d'expérience comme Laurent Fignon qui se désespérera de l'attitude de son cadet dont il dira qu'il n'avait pas l'étoffe d'un leader. Des choix tactiques discutables également, comme dans l'étape menant à l'Alpe d'Huez avec une échappée hasardeuse où il sacrifiera toute ses chances de victoire finale mais aussi Laurent Fignon, encore bien classé à ce moment-là. Il sauvera sa place sur le podium (3e). 

Mais le pire est à venir pour lui, car l'édition 1993 sera une immense catastrophe ! Totalement à la rue dès l'étape qui emprunte télégraphe et Galibier, il ne terminera que 20e au général. Une anonyme place indigne de son standing et indigne d'un coureur capable de tellement plus grand. Il y aura un dernier top 10 sur un grand tour en 1994, avec sa 8e place sur le Giro. Mais Gianni Bugno ne sera plus jamais en mesure de peser sur une course de trois semaines malgré son jeune âge. Trop tendre et incapable d'assumer ses responsabilités quand il le fallait, paradoxalement ce qui faisait sa force à ses débuts. 

Bien sur, il continuera de briller sur des grandes courses (Tour des Flandres 1994, 2e de Liège Bastogne Liège), mais il a laissé passer sa chance de remporter une grande boucle. Alors ok, il est tombé au plus fort de la domination de Miguel Indurain, au niveau incroyable sur les contre-la-montre. Mais il y avait sans doute, comme pour les autres déjà cités, bien mieux à faire sur la plus grande course du monde. Gianni Bugno ne remportera jamais le tour de France. Une anomalie au vu de l'immense potentiel de l'Italien mais une énorme logique quand on sait qu'il faut un mental à tout épreuve pour remporter une course aussi exigeante que celle-ci. 

Etienne GOURSAUD

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