Ils auraient du écraser le Tour de France - Jan Ullrich

Quand on évoque les talents gâchés du cyclisme, le premier nom qui revient à l'esprit de la plupart des suiveurs c'est celui de l'Allemand Jan Ullrich. On entend encore les paroles de Patrick Chêne, dans le final de l'étape du Tour de France 1997 menant vers Arcalis, où le coureur de la Télékom va apposer sa patte sur cette édition ! "On risque d'assister à un long bail de l'Allemand" déclarait en direct le commentateur de France Télévisions. Et franchement, à ce moment-là, qui pouvait en douter ? Révélation du Tour 1996, où il termine second derrière son leader Bjarne Riis, en étant totalement dévoué à ce dernier, le jeune Allemand de 23 ans aborde l'édition 1997 en tant que co-leader avec le Danois, vainqueur sortant. Mais rapidement, l'Allemand prend le meilleur sur le Danois. Pendant que la France n'a d'yeux que pour l'héroïsme du maillot jaune Cédric Vasseur dans les Pyrénées, Ullrich avance ses pions et prend la tunique jaune à Arcalis. Début d'un long bail, car il va écœurer tout le monde dans le contre-la-montre de Saint-Etienne. Dominateur en montagne, invincible au chrono, il semble plus fort encore que le récent quintuple vainqueur du Tour Miguel Indurain, qui n'a jamais gagné une étape de montagne et jamais autant écrasé un chrono. Moins brillant en cette fin de Tour 1997, la faute à des soucis gastriques, il remporte tout de même l'édition en reléguant un Richard Virenque, pourtant au sommet de son art, à plus de neuf minutes ! Et il n'a que 23 ans alors, on le rappelle. Donc la marge de progression est encore immense. Tout comme les nombreuses spéculations. On lui prête déjà tous les records possibles. Plus rien n'est impossible. Six Tours, sept Tours voire plus ! 

En même temps qui pour arrêter cet Allemand qui semble alors branché sur un ordinateur ?

Et bien on dit souvent que le principal ennemi du sportif, c'est lui-même. Pour Jan Ullrich, cette maxime résonne comme une terrible réalité. Car le brillant allemand possède un gros talon d'Achille, c'est sa préparation hivernale. Ne résistant pas aux diverses sollicitations, il néglige son entraînement en 1998 et arrive en surpoids. Alors si un champion comme Bernard Hinault se présentait souvent en pré-saison dans une condition similaire, il n'empêche que, dès le début de saison "Le Blaireau" se montrait compétitif. C'est loin d'être le cas de l'Allemand qui inquiète même tout son staff. Stage de remise en forme intense. Il se présente tout de même dans la peau du grand favori du Tour 1998. D'autant qu'il est rapidement débarrassé de son rival Richard Virenque, plongé dans le retentissant scandale Festina. Il rassure en prenant la tunique lors du contre-la-montre en Corrèze ! Mais déjà dès les Pyrénées, il affiche des limites face à Pantani, avant de sombrer dans l'étapes des Deux-Alpes, perdant 10 minutes sur l'Italien qui remportera le Tour de France après son triomphe sur le Giro. Absent en 1999, où il remporte la Vuelta, ce travers de préparation le poursuivra toute sa carrière. Il devient le second de Lance Armstrong en 2000, incapable de renverser le cours des choses et en 2001, malgré une condition un peu meilleure. Pire encore, il se fait contrôler positif aux amphétamines en 2002 et est écarté du Tour et de son équipe de la T. Mobile. Il n'a "que" 28 ans et déjà Jan Ullrich donne l'image d'un coureur brillant qui est en train de gâcher une carrière si prometteuse. 

Mais comme tout champion, il renaît de ses cendres

C'est finalement l'année où on l'attend le moins que Jan Ullrich va faire trembler Lance Armstrong. Viré de la T.Mobile, il a été embauché par Bianchi (qui reprend l'équipe en cours d'année 2003). Leader certes, mais avec une équipe plus modeste et surtout beaucoup d'inconnu. Mais vexé de son année 2002, Jan Ullrich se prépare avec un sérieux qu'on n'avait pas vu depuis 1997. Pourtant, dans la première grande étape de montagne à l'Alpe d'Huez, il cède, touché par des ennuis gastriques. Mais le phénix va renaître dans son épreuve fétiche du contre-la-montre. Il inflige une correction à Armstrong à Cap-Découverte. Avant de toucher du doigt le maillot jaune à Ax-3-Domaines et Loudenvielle, mais sans jamais renverser la tendance, la faute à une certaine timidité tactique... Il s'inclinera finalement à Luz-Ardiden et échouera face à l'Américain. 

Mais ce n'est pas possible, en ayant touché de très près son but, il ne peut plus replonger... Eh bien si, l'Allemand recommence ses errances passées. Et le paiera cher, car de Dauphin d'Armstrong il passe à un coureur incapable de monter sur le podium en 2004 (4e) et en galère pour y remonter en 2005 (3e). L'affaire Puerto marque la fin de sa carrière en 2006. Et, quinze ans après son arrêt, on a toujours le sentiment d'un immense gâchis. D'un coureur à l'avenir doré qui s'est perdu en chemin. Peut-être la plus grande déception de l'histoire du cyclisme en ratio talent/palmarès.

Etienne GOURSAUD

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