Athlé, Foot, Rugby, Cyclisme - Les cinq émotions négatives de la décennie par Mathéo Rondeau

Athlétisme, Rio 2016 : Braz au nez et à la barbe de Lavillenie

Rio 2016 Renaud Lavillenie
Crédit : [AFP].

Pour avoir suivi la majorité des finales internationales de Renaud Lavillenie, j’ai rarement ressenti une si grande peine pour le champion tricolore qu’après son duel face à Thiago Braz aux Jeux Olympiques de Rio, en 2016. Cette nuit-là (en France), il y avait pourtant tout pour lui sourire : la pluie, qui avait retardé le concours et fait se vider le stade ; et la concurrence en berne, seulement trois athlètes au-dessus de 5,75m. Très rapidement, la médaille s’est donc dessinée et le patron est redevenu le patron. Ca se joue entre le français, l’étoile montante Sam Kendricks, et le local de l’étape, Thiago Braz. Les trois franchissent 5,85m, et le concours commence à rentrer dans sa phase décisive. Huit centimètres plus haut, il est probable que Lavillenie soit le seul à ne pas faire tomber la barre. C’est en effet trop haut pour Kendricks, qui doit se contenter du bronze. Mais, à son deuxième essai, Braz passe et fait s’embraser ce qu’il reste du stade Olympique. Dix-huit ans après France/Brésil au Stade de France, Braz et Lavillenie jouent la revanche à Rio. Sans avoir le temps de trembler, Lavillenie passe à 5,98m. Les sourires du côté français en disent long, l’or est quasiment assuré. Mais le sport, dans ce qu’il a de plus beau et cruel à la fois, n’en avait terminé. Après avoir fait l’impasse, Braz se retrouve à tenter trois essais à 6,03m, dix centimètres plus haut qu’au saut précédent. Et il le fait. Le Brésilien réalise un immense exploit et contraint son vis-à-vis à répondre du tac au tac à 6,03m. Mais, face aux milliers de supporters qui rêvaient en même temps que leur athlète haut perché, Lavillenie avait laissé échapper son deuxième titre olympique. Il échoua sur ses trois derniers sauts, bousculé par ce qu’il venait de vivre et chahuté par les sifflets dans les tribunes (sifflé aussi sur le podium).

Il s’agit pour moi de ma plus grande déception dans l’immense carrière de Renaud Lavillenie, au-dessus de sa malédiction aux championnats du monde.

 

Football, Euro 2016 : Eder, bourreau national

France/Portugal 2016
Crédit : [AFP].

Décidément, cet été 2016… Après avoir tout traversé en l’espace d’un mois, l’équipe de France avait toutes les cartes en main pour décrocher, devant son public, un troisième Championnat d’Europe des nations. Mais en face, il y avait aussi un Portugal passé par toutes les émotions, miraculé même. Pendant que les Bleus se faisaient peur mais sortaient des poules en tête et avec sept points, les coéquipiers de Cristiano n’étaient même pas parvenu à remporter un seul match dans le temps réglementaire avant la demi-finale contre le Pays de Galles (2-0) : trois nuls en poules, prolongation en huitièmes, tirs aux buts en quarts. L’affiche de la finale était quelque peu inattendue. Les surprises avaient fait tomber l’Espagne ou la Belgique, puis les Français avaient sorti la Mannschaft au Vélodrome, lors d’un soir de rêve où rien ne semblait pouvoir les atteindre. Le dimanche 10 juillet 2016, on pouvait donc légitimement y croire : sans être géniaux loin de là, les hommes de Didier Deschamps avaient été moins pires que ceux de Fernando Santos. Ce jour-là, les deux formations ont leurs occasions, mais les plus franches sont bleues. Moussa Sissoko est sur un nuage, Griezmann manque de marquer de la tête à deux reprises et André-Pierre Gignac, ne lui en voulons pas, trouve le poteau à quelques secondes du terme. Ce jour-là, c’est surtout Rui Patricio qui est en feu et qui a décidé du sort du match. Les Bleus ne marqueront pas. Et s’ils ne marquent pas, aux Portugais de marquer. En prolongation, deux minutes font tout basculer. Un coup-franc de Guerreiro touche la transversale de Lloris, avant qu’Eder et son remarquable but ne vienne mettre un terme aux espoirs tricolores.

 

Rugby, Equipe de France au Tournoi des VI Nations 2019 : le néant...

Angleterre/France 2019
Crédit : [AFP].

 

J’aurais pu choisir d’autres instants de rugby, des moments où l’équipe de France était toute proche de remporter des matchs d’importance, des phases finales, mais non. J’ai rarement eu aussi mal à mon équipe de France de rugby qu’à l’hiver 2019. Les Bleus, qui sortaient de multiples Tournois en dents de scie et surtout d’une tournée d’automne passable (défaites contre l’Afrique du Sud et premier revers de l’histoire contre les Fidji) se devaient de rebondir à quelques mois de la Coupe du monde. Le rebond, on l’a vu environ soixante minutes sur l’ensemble des cinq rencontres du Tournoi. Après une remarquable première période en ouverture contre les Gallois, à Paris, le XV de France a lâché l’affaire comme il sait si bien le faire, en ne faisant que ce qu’il ne sait pas faire. Des bourdes dans tous les sens, symboles d’un mal bleu qui dure. Dur d’ailleurs de se relever après pareille déconvenue. Neuf jours plus tard, les Bleus encaissent la deuxième plus grosse défaite de leur histoire lors d’un Crunch, face à des Anglais irrésistibles (8-44). Ca fait terriblement mal pour tout français fan de rugby. Surtout qu’hormis quelques éclairs face à l’Ecosse et l’Italie (victoires 27-10 et 25-14), les tricolores ne parviennent pas à sortir la tête de l’eau. En atteste les 55 premières minutes surréalistes contre l’Irlande à Dublin, ponctuées d’un 0-26, lors desquelles ils ne seront sortis de leurs 22 mètres qu’à trois ou quatre reprises, asphyxiés par le Trèfle. Un an après, la progression est déjà immense. Espérons qu’elle ne s’arrête pas là.

​​​Cyclisme, Tour de France 2019 : à jamais dans la légende

Tour de France 2019 étape 19
Crédit : [AFP.

Pour le meilleur et pour le pire. C’est un peu le résumé de l’étape 19 du dernier Tour de France. Il s’agit probablement de la journée la plus dingue que j’ai passé à regarder du sport, mais c’est bien entendu pour tout supporter du cyclisme français d’abord un traumatisme. Le contexte, vous vous en souvenez, Julian Alaphilippe est en jaune, Thibaut Pinot est à vingt secondes de la deuxième place du général. La veille, alors qu’il ressent déjà la douleur qui lui fera mettre pied à terre durant la 19e étape, le grimpeur franc-comtois fait partie des meilleurs dans le Galibier. Alaphilippe, lui, s’est accroché et n’a rien perdu après avoir fait une descente de dingue. C’est donc sur la route de Tignes que se jouera le Tour. Le rythme est endiablé dès le km 0, les attaques fusent, le peloton est rapidement réduit aux meilleurs coureurs. Mais après une trentaine de kilomètres, Thibaut Pinot ne peut plus continuer, à cause d’une lésion musculaire que l’on n’aurait jamais soupçonnée. Premier coup de théâtre, immense déception pour le clan français qui rêvait d’un tricolore en jaune sur les Champs qui sentait qu’une fois de plus, cet espoir s’envolait. Parce que oui, Julian Alaphilippe ne cessait de grimper les échelons en montagne, mais c’était le col de l’Iseran, le plus haut et le plus dur des trois semaines qui l’attendait ce jour-là en plat de résistance. De la résistance, il en a fait preuve, mais il était tout de même contraint d’abandonner sa tunique jaune à Egan Bernal après l’escamotage du final de l’étape. Une fois la grêle ayant fait son boulot, il ne restait plus qu’à nous morfondre, et à attendre le prochain Tour.

 

Cyclisme : oui, Julian Alaphilippe a aussi perdu dans sa vie

Julian Alaphilippe Rio 2016
Crédit : [Panoramic].

Beaucoup même. Je suis un fan de la première heure de ce coureur, qui représente tout ce que j’aime dans le vélo et en dehors : le dépassement de soi, la bonne humeur, la joie de vivre. Mais à croire qu’il a fallu aimer se faire mal ces dernières années, surtout quand on est français et que l’on supporte un français. Car oui, avant d’être le roi du Mur de Huy, l’imperator de la Via Roma ou ce génial maillot jaune l’été dernier, Julian Alaphilippe est passé par de nombreuses déceptions, désillusions même, à la hauteur de son talent. Je pense que ça commence sur le Tour 2016 et ce malheureux saut de chaîne dans la descente du Grand Colombier, alors qu’il était en tête. Sans ça, il aurait sans aucun doute joué la gagne avec Majka et Pantano. Quelques jours plus tard, de l’autre côte de l’Atlantique, il joue encore de malchance. Lors de la course en ligne des Jeux Olympiques de Rio, il plonge dans la toute dernière descente dans les premières positions : il fait partie du groupe des poursuivants où figurent les deux premiers au final, Van Avermaet et Fuglsang. Une descente piégeuse dans laquelle il chute alors qu’il est sur le podium provisoire. Sa voiture est trop loin, il termine avec sa machine endommagée, à la quatrième place. Quelques mois plus tard, il est victime d’une grave chute au Pays Basque alors qu’il prépare les Ardennaises et le Tour. Il doit faire une croix sur ses principaux objectifs, et se rabat sur la Vuelta, où il lève les bras. Avant de connaître une nouvelle désillusion. Lors des Mondiaux 2017, à Bergen en Norvège, il sort en costaud dans la dernière bosse, à onze bornes de l’arrivée. Il est rejoint par l’italien Gianni Moscon, mais en remet une à cinq kilomètres plus tard. Derrière lui, ce sont les Norvégiens et les Italiens qui roulent pour le sprint. Il n’y a plus de signal, la réalisation TV bascule sur une caméra fixe derrière la flamme rouge. On attend deux, trois minutes sans ne rien comprendre. Et, à moins d’un kilomètre de la ligne, Julian Alaphilippe est de retour, happé par le peloton qui sacrera Peter Sagan quelques secondes plus tard.

  Mathéo RONDEAU          

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