[Rétro] : Formule 1 : 2008, la saison de toutes les folies

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Lewis Hamilton est sacré champion du monde à Sao Paulo, lors d'un final dramatique pour le local Felipe Massa, battu pour un point. Crédit : [DPA].

Ce n’est pas qu’après l’année 2007, on pensait avoir tout vécu, mais quand même. Espionnage entre McLaren et Ferrari, Raïkkönen opportuniste champion du monde avec la Scuderia pour un point devant sans doute le line-up le plus talentueux de l’histoire (Hamilton-Alonso), les huit mois de compétition avaient offert un suspens et un scénario dingue. Comment pouvait-on espérer vivre plus fort la saison suivante ? C’est pourtant bien ce qu’il s’est produit. Sur les grilles de départ, on y retrouve les mêmes favoris : le tenant « Iceman » Raïkkönen et Felipe Massa chez Ferrari ; Lewis Hamilton dans son baquet McLaren aux côtés d’un nouveau collègue, Heikki Kovalainen. Le troisième du général 2007 Fernando Alonso, non-satisfait de son traitement chez McLaren, revient chez Renault, avec qui il a décroché ses deux titres en 2005 et 2006. Toujours troisième au rang des écuries, la BMW Sauber de Nick Heidfeld et Robert Kubica pourrait jouer les troubles fêtes.

 

C’est d’ailleurs le Polonais qui se retrouve en première ligne aux côtés d’Hamilton au départ du premier GP de la saison, en Australie. L’Albert Park de Melbourne est le théâtre d’une première course aux multiples rebondissements : trois voitures de sécurité, trois casses moteur chez Ferrari, quinze abandons sur vingt-deux pilotes (plus qu’au carnage de Spa en 1998). Au terme de ce simulacre de régularité mécanique, Hamilton l’emporte et marque les esprits, devant le zéro pointé du cheval cabré. Lors des quatre courses suivantes, les Scuderia répliquent, avec deux succès pour chacun des pilotes. Après un tiers de la saison, Raïkkönen devance son équipier et Hamilton de sept unités au général. L’anglais reprend les devants après un GP de Monaco très relevé, disputé sous la pluie dans la première moitié. Deux semaines plus tard, signe de la rivalité et de la tension au plus haut entre les deux écuries, Hamilton rentre dans l’arrière de la monoplace de Raïkkönen à la sortie des stands au GP du Canada. Une course que remporte Robert Kubica, un an après son effroyable crash au même endroit.

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Au GP du Canada, la tension est palpable suite à l'accrochage entre Lewis Hamilton et Kimi Raïkkönen à la sortie des stands.

Le chassé-croisé se poursuit entre McLaren et Ferrari, avec Kubica comme arbitre. Après un nouveau Grand Prix pluvieux à Silverstone, sur lequel triomphe Hamilton à domicile, les positions au général sont on ne peut plus resserrées. A la mi-saison, le Britannique est à égalité avec les deux Ferrari, Kubica est devancé de deux points. En Hongrie, 11e des 18 courses de la saison, Massa domine de la tête et des épaules, mais abandonne à trois tours de l’arrivée sur une nouvelle casse moteur qui profite à Kovalainen. Le Brésilien prend sa revanche et gagne son quatrième GP en Europe, ce qui lui permet de recoller à six points d’Hamilton. Un écart qui tend à se resserrer encore plus au terme d’une fin de GP de Belgique légendaire. La pluie fait son apparition dans les dernières minutes, mais les meilleurs pilotes, qui sont devant, décident de ne pas s’arrêter. Raïkkönen est en tête à deux tours du drapeau à damier, mais subit la forte pression de Lewis Hamilton. Les deux hommes rencontrent Nico Rosberg, devancé d’un tour, en travers de la piste. Le finlandais, déjà sorti une fois, rencontre irrémédiablement le mur et laisse l’anglais filer. Il coupe la ligne en tête, Massa termine derrière et Heidfeld est troisième. Mais, après le Grand Prix, Hamilton écope d’une pénalité qui donne la victoire à Massa. A cinq courses de la fin, Kubica et Raïkkönen semblent avoir perdu toute chance au général, alors qu’Hamilton conserve deux unités sur Massa.

 

Sept jours plus tard, le jeune allemand Sebastian Vettel devient le plus jeune poleman et le plus jeune vainqueur de course à Monza, après avoir profité d’un week-end pluvieux auquel ne s’attendaient pas les leaders. Au GP de Singapour, Hamilton termine troisième et reprend un peu de marge sur Massa, désormais seul rival pour le titre. Une course nocturne marquée par le crash de la Renault de Nelson Piquet Jr. et par la victoire de son équipier Fernando Alonso. D’abord superbe symbole pour l’Espagnol, de retour sur la plus haute marche du podium avec l’écurie française. Avant la révélation d’une énorme supercherie : parti 15e sur la grille, Alonso s’arrêta aux stands au 12e tour, quelques secondes avant l’accident de son collègue brésilien. Un accident volontaire, commandité par Flavio Briatore et Pat Symonds, respectivement directeur et ingénieur de la formation. Accident qui nécessita la sortie de la Safety Car, incita tous les autres pilotes à s’arrêter et permit à Alonso de grimper à la première place et de ne plus jamais la lâcher. L’Espagnol double même la mise à Suzuka au Japon deux semaines plus tard, profitant d’une passe d’arme musclée entre Hamilton et Massa pour passer en tête. A deux courses de la fin du championnat, l’anglais dispose de cinq points de marge sur Massa.

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Nelson Piquet Jr. s'extraie de sa monoplace après avoir heurté le mur sur le GP de Singapour. Un crash qui fut commandité par l'écurie pour aider son autre pilote Fernando Alonso. Crédit : [Corriere dello Sport].

Cinq points et deux de plus après un brillant succès en Chine qui font sept unités d’avance pour Hamilton. Massa, deuxième à Shanghai après le retrait de Raïkkönen pour le laisser passer, est contraint à l’exploit chez lui, à Interlagos. Sur la grille de départ, le local s’élance en première position, Hamilton est quatrième. Virtuellement, avant l’extinction des feux, Massa perd le championnat pour deux points. Pour rajouter encore un peu plus de piment à cette formidable saison, le circuit historique de Sao Paulo offre une belle averse dont lui seul a le secret. Tout le monde doit donc partir en pneus pluie, ce qui pourrait également offrir une belle passe d’arme dans les stands si le temps s’améliore. C’est le cas après dix tours : tous les favoris rentrent pour chausser des gommes pour le temps sec. A ce jeu, Massa conserve la tête, pressé par Vettel qui est sorti un tour plus tôt que lui. Hamilton ressort plus loin, en septième position. Massa prend l’avantage au général virtuel. En quelques minutes, le Britannique grappille points et places. Il est cinquième, et de nouveau champion du monde virtuel. A la mi-course, tout le monde chausse à nouveau des gommes dures. Le classement est figé. Il faudrait un ultime coup de théâtre pour que Massa puisse être sacré. Ou un coup de tonnerre.  

 

La pluie a tellement joué des tours à l’intégralité du paddock en cette saison 2008 qu’elle ne peut s’empêcher de revenir une dernière fois pointer le bout de son nez. Elle fait son apparition à six tours du terme. Aucun risque n’est pris, les pilotes changent de gamme de pneu pour le final. Massa est en tête, devant Alonso, Raïkkönen, Glock (retenez bien), Hamilton et Vettel. L’anglais est donc cinquième et son titre pour le moment à l’abri. Or, il prend un virage trop à l’extérieur en fin d’antépénultième tour, Vettel en profite pour se jeter à l’intérieur. Provisoirement, Massa est champion du monde. Devant la furie dans les tribunes brésiliennes, le pilote Ferrari s’impose. Alonso et Raïkkönen complètent le podium. Hamilton ne peut reprendre Vettel, on croit alors le titre validé chez la Scuderia, les ingénieurs et la famille de Massa exulte. Mais Hamilton franchit bien la ligne en cinquième position et c’est lui qui est champion du monde. Pourquoi ? Parce qu’à deux virages de l’arrivée, le britannique a passé Timo Glock, qui pensait avoir fait le bon choix en ne s’arrêtant pas pour mettre des pneus pluie quelques minutes auparavant.

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Malgré la terrible déception, Felipe Massa harangue la foule et remercie les dizaines de milliers de Brésiliens qui y ont autant cru que lui. Crédit : [F1].

L’émotion vive, les larmes des supporters de Felipe Massa s’inscrivent dans le cadre tragique de l’instant. Il fait quasiment nuit sur le circuit d’Interlagos, le ciel Pauliste est noir et pleure lui aussi ce titre envolé pour un point. Massa ne pouvait pas plus s’en approcher, il n’y parviendra d’ailleurs plus dans la suite de sa carrière. Hamilton, lui, fêtait le premier titre d’une longue série. 

 

Mathéo RONDEAU   

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