Rugby - Les cinq plus grandes émotions de la décennie par Bastien Desmé

L'Euro 2015 pour les bleus du volley

La France n'a pas manqué son rendez-vous avec l'histoire. Opposés à la Slovénie à Sofia (Bulgarie) en finale de l'Euro Volley le 18 octobre 2015. Les Bleus sont allés chercher leur premier titre international majeur, au terme d'un match à suspence (25-19, 29-27, 29-27). Vingt-quatre heures après leur retentissant exploit des demi-finales face à l'équipe locale de Bulgarie, Jénia Grebennikov et consorts étaient opposés à une équipe tout aussi jeune, qui jouait sa première finale européenne (la 1ere pour 95% du groupe France). Le premier set a parfaitement résumé l'écart de niveau entre les deux formations. Omniprésents aux blocks et précis sur leurs services, les Tricolores ont rapidement pris l'ascendant, sans jamais relacher l'effort. Privilégiant les attaques au centre du terrain, la première manche est remporté 25-19.
Le deuxième acte s'est avéré plus compliqué à négocier, la faute à une entame plus timide. Beaucoup moins efficaces dans leurs relances, les hommes de Laurent Tillie ont longtemps traîné un double break de retard avant d'amorcer leur remontée. Revenus à 18-18, les Bleus ont une nouvelle fois laissé l'avantage à leurs adversaires, qui se sont procuré trois balles de set à 24-21 en leur faveur. Accrocheuse, la France a d'abord effacé ce triple avantage avant de mener 27-26 sur un gros service de Kevin Le Roux. Antonin Rouzier s'est ensuite chargé de mettre les siens devant sur un ace flottant magistral (29-27).
Passés tout proche d'égaliser à un set partout, les Slovènes ont accusé le coup dès le début de troisième manche. Encore dans le coup au début du set, ils ont laissé les Français creuser un écart presque insurmontable (10-5). Sans afficher la même réussite que face à l'Italie la veille, la Slovénie est à nouveau parvenue à se relancer (10-9), en mettant à mal le jeu de réception de leurs vis-à-vis. A tel point que les joueurs d'Andrea Giani, sélectionneur italien de la Slovénie à ce moment, ont pris l'avantage à 18-17. Revenus à 19-19, les Bleus ont gardé les commandes du set, se procurant quatre balles de match, toutes effacées. Sur la cinquième, Earvin Ngapeth s'est fendu d'une attaque dos au filet, déconcertante de décontraction, pour aller chercher sur ce geste incroyable le titre européen. Une balle de match qui a fait le tour du monde sur les réseaux sociaux et qui a vu un nouveau style d'attaque, la "Ngapeth".
Ce trophée, le premier dans l'histoire de la France, s'apparente à la consécration ultime pour la «Team Yavbou», victorieuse cet été là de la Ligue Mondiale. L'une des nations favorites de cet Euro italo-bulgare, la France a tenu son rang, mais a été malmenée à deux reprises au cours de la compétition. D'abord en phase de poules, face à l'Italie, adversaire annoncé en finale mais finalement renversé par les Slovènes. En 1/2, les Français ont réussi un de leurs plus beaux come-backs en dominant la Bulgarie, pourtant chez elle, après avoir été menés deux sets à zéro dans une ambiance irrespirable. Cette finale à suspense aura fait verser de nombreuses larmes chez les joueurs, le staff et les fans des bleus, comme moi.

(Alistair et Jonathan Brownlee en 2016) Frères avant d'être sportif professionnels

Les frères Brownlee prennent part à la finale des séries mondiales de triathlon (WTS) en 2016. Le classement final lui permet de monter sur la deuxième marche du podium à l'issue d'un final dramatique qui marque l'histoire de la compétition et qui a vu l'un des plus beaux gestes du sport. Dès le départ de la course, le Slovaque Richard Varga est pris par un déport à gauche qui laisse le champ libre au Français Aurélien Raphaël qui sort le premier de l'eau avec dans son sillage les frères Brownlee. Ces derniers prennent rapidement les devants à vélo, pris en chasse par un groupe d'une quarantaine de compétiteurs dans lequel figure l'Espagnol Mario Mola leader du classement général, se bat pour réduire les écarts. Les deux frères et leurs compagnons d’échappée parviennent malgré tout à poser leur vélo avec une minute quarante d'avance sur le groupe de chasse, ouvrant à Jonathan Brownlee une possible victoire d'étape synonyme de titre mondial si trois autres triathlètes s'intercalent entre lui et l'Espagnol qui ne collecterait alors plus suffisamment de points pour maintenir son avance au tableau général.
La couse à pied suit également un scénario classique et voit le groupe leader garder son avance. Dans le dernier tour Jonathan Brownlee porte son attaque pour aller chercher la victoire. C'est sans compter sur la chaleur humide et étouffante qui provoque au médaillé de bronze Olympique (2012 à Londres) une forte déshydratation et un malaise à quelques centaines de mètres de l'arrivée. Le Britannique titubant et proche de l’évanouissement s'accroche visiblement très éprouvé à un officiel près d'un poste de ravitaillement. Survient alors le Sud-Africain Henri Schoeman et Alistair Browlee (le grand frère), qui refusant de le voir abandonner, le prend par les bras et le supporte en le remettant en course. Le Sud-Africain Henri Schoeman double logiquement les deux frères qui parcourent les derniers mètres ensemble, offrant un spectacle unique et émouvant aux spectateurs qui acclament le geste du champion olympique vis-à-vis de son frère. Alistair « dépose » son frère après la ligne d'arrivée en seconde position. Les secours présent sur place le réanime rapidement en informant l'assistance que sa santé n'est pas en danger. Finalement, Mario Mola en prenant la cinquième place est sacré champion du monde avec quatre points d'avance sur Jonathan Brownlee et remporte son premier titre mondial. Mais ce qui marquera le plus restera bien le geste fraternel du grand frère envers son frère cadet.

Le duel Svendsen/Fourcade : Sotchi 2014

Une poussière d'écart, un flocon de neige, une larme, finalement: celles d'Emil Svendsen, vainqueur au bout du suspense d'une mass start splendide aux Jeux-Olympiques de 2014 à Sotchi. Fourcade, lui, n'avait pas pleuré, il avait simplement ravalé sa frustration et sa déception, en grand champion qu'il a toujours été. Il a perdu pour un rien, et un grain de sable dans sa carabine, qui a empêché les balles de partir correctement en début d'épreuve. La neige, abondamment tombée dans les heures qui ont précédé l'épreuve, et le brouillard, taquin, ont entraîné un report d'un quart d'heure, et laissé croire que la mass start serait à nouveau repoussée au lendemain. Au final, les biathlètes auront vécu trois jours à se poser des questions alors que la réponse était simple: quelle que soit la date, la mass start est bien le jour des grands. Celui où Fourcade aurait pu rencontrer l'histoire du sport français en égalant à ce moment là l'ancien skieur Jean-Claude Killy avec trois médailles d'or. Malade, gêné depuis la veille et couvant ce qui ressemble à un début de sinusite, Fourcade a malgré tout livré une prestation grandiose. "Je n'ai pas dormi de la nuit parce que j'étais malade", a reconnu Fourcade. À la faute dès son premier passage au pas de tir, le double champion olympique a lancé les grandes manoeuvres juste après la mi-course. Relégué dans le ventre mou du classement, alors que Svendsen et le Tchèque Ondrej Moravec continuaient leur sans-faute, le Français a compté jusqu'à 39 secondes de retard. Une boucle de 3,3 km plus tard, il n'en comptait plus qu'une douzaine. La jonction s'effectuait avant le dernier passage au pas de tir, et le quatuor s'avançant pour jouer la gagne était bien le gratin des biathlètes: Svendsen, Fourcade, Moravec et Ole Einar Bjoerndalen. Ce dernier craquait le premier, payant les efforts effectués pour rattraper ses deux tours de pénalités. Fourcade dégainait le plus vite, partait en tête du pas de tir avec 4 sec sur Moravec et Svendsen, mais le Français temporisait finalement. Svendsen, jusqu'ici le seul grand nom du biathlon à être passé à côté de ses Jeux (9e en sprint, 7e en individuel et sur le 20 km) a alors eu le courage de prendre l'initiative. Son attaque dans la dernière bosse a eu raison des dernières résistances de Moravec. Et Fourcade, dans son sillage, a failli tout perdre en évitant la chute par miracle. L'essentiel était pourtant fait, et les deux hommes forts allaient pouvoir en débattre sur le stade final. En réussissant à passer Fourcade avant le dernier virage, Svendsen s'est placé dans une position de force que le Français. Le ski gauche lancé en avant fût le dernier sursaut d'un champion exceptionnel, qui décroche tout de même sa 3e médaille des JO (2 or, 1 argent) et la 4e médaille olympique de sa carrière (avec l'argent, déjà sur la mass start de Vancouver en 2010). 3 centimètres sépareront Fourcade à Svendsen dans cette course à rebondissement, le français a perdu le sprint, mais quel sprint, quel suspense, du sport comme j'aime !

Le relais 4x100m de natation à Londres en 2012

Au bout d'une dernière ligne droite d'anthologie, les nageurs du relais 4x100 m nage libre ont offert à la France sa deuxième médaille d'or des Jeux de Londres 2012, se vengeant des Américains qui les avaient devancé d'un souffle à Pékin 4 ans plutôt. Le quatuor français, composé d'Amaury Leveaux, Fabien Gillot, Clément Lefert et Yannick Agnel, a viré en tête dans les tout derniers mètres, alors que les Américains, emmenés par le tandem Ryan Lochte-Michael Phelps, paraissaient intouchables. Ce sont bien les Français et les Américains qui ont fait le plus de vagues dans l'Aquatics Centre, théâtre des retrouvailles entre les deux relais, quatre ans après. En 2008, Michael Phelps et ses coéquipiers s'étaient imposés d'un souffle grâce un dernier relais supersonique de Jason Lezak et l’effondrement d'Alain Bernard. Mais à Londres, Yannick Agnel, le dernier nageur du relais tricolore, a montré beaucoup de sang-froid malgré son jeune âge (20 ans) pour offrir à la France la revanche qu'elle attendait. En 2008, Michael Phelps avait explosé de joie. Cette fois-ci, il fait la gueule. 
"J'ai fait mon maximum. Je savais que Ryan Lochte avait de très bonnes coulées. J'ai essayé de tenir jusqu’à ce qu'il craque", a commenté Yannick Agnel. Le nom de son adversaire direct, qui nageait dans la ligne d'eau voisine, en disait long sur l'étendue de la performance réalisée par Agnel: Ryan Lochte n'est autre que le nouveau champion olympique du 400 mètres quatre nages, qui avait renversé la veille le roi Phelps sur cette distance. Au lendemain de ce coup d'Etat, Michael Phelps s'est donc vu déposséder d'un autre titre conquis à Pékin. Les Etats-Unis ont eux perdu leur pari d'introduire Ryan Lochte comme dernier relayeur en finale. Ce dernier, sacré champion olympique du 400 m 4 nages, a été dépassé par le Français Yannick Agnel dans les derniers 50 m, alors que les Américains avaient fait la course en tête pendant 350 mètres. Agnel a couvert le dernier relais en 46 sec, soit une seconde plus vite que Lochte.
Un dernier 50m le légende, pour une victoire historique contre les ogres américains mais aussi les australiens de James Magnussen et James Roberts.

Nouvelle-Zélande/France 2011:  si près du sacre...

Quand le XV de France affronte les All Blacks, le stade se fige avant le match, le temps que les Néo-Zélandais exécutent leur Haka, rituel Maori galvanisant qui n'a pas toujours réussi à la meilleure équipe du monde lorsqu'elle a livré bataille aux Français. Les matchs entre les deux nations sont parfois très spectaculaires, parfois moins, mais le Haka est toujours terrifiant. Surtout lorsque le XV de France en profite pour provoquer leurs adversaires. Comme en 2007 où les bleus se sont retrouvés à 1 mètre des blacks et un Sébastien Chabal qui a montré les dents pendant la danse Maori.
Mais le geste qui marquera le plus, qui fera frissonné, qui mettra en haleine, c'était en 2011. Le 23 octobre, à l'Eden Park d'Auckland, les Français disputent face aux All Blacks... une finale de la Coupe du monde.  Le XV de France perdra par le plus petit des écarts, 8-7. Un score modeste sur le papier, et qui en dit long sur l'âpreté du combat que se sont livrés les Bleus et les Blacks. Pendant le haka néo-zélandais, les joueurs de Marc Lièvremont s'étaient soigneusement alignés pour composer le "V" de la Victoire, plus le haka avancait, plus les partenaires de Vincent Clerc se rapprochaientt des partenaires de Richie McCaw. Quel duel avant le duel
!

Bastien Desmé

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