Athlétisme - Ils auraient pu écraser leur discipline : Teddy Tamgho

Destin contrasté que celui de Teddy Tamgho. De beaucoup considéré comme l'un des plus grands talents de l'histoire de l'athlétisme mondial, mais dont le corps n'aura pas été à la hauteur de son immense potentiel. Mais qui aura décroché plusieurs titres majeurs, dont le dernier en 2013, au bout d'un concours d'anthologie, qui lui amènera un record de France (18,04m) et un titre de champion du monde du triple saut.

Auquel il était prédestiné. Car Teddy Tamgho se distingue dès les catégories jeunes, champion du monde juniors avec 17,33m en 2008 ! Il n'a même pas 20 ans. Sa progression est linéaire et semble le prédestiner à tous les plus hauts sommets. 

Alors quand il bat le record du monde en salle à Doha en 2010 (17,90m), à l'occasion des championnats du monde. Incroyable ! A 20 ans, Teddy Tamgho est sur le toit de l'athlétisme mondial ! Une véritable référence dans sa discipline. Bien entendu, les débats de réouvrent sur ses capacités. Les 18m ? Très prochainement. Le record du monde de Jonathan Edwards ? En danger. D'autant que la saison estivale est toute aussi belle pour le Français, qui saute à 17,98m, tout proche des 18m et en devenant ainsi le troisième performeur de tous les temps. Le tout à 21 ans. Un âge ou l'athlète est en toute logique très perfectible ! Mais première déception pour lui, il ne se classe "que" troisième des Europe de Barcelone, une compétition marquée par l'incroyable performance d'ensemble des Français (18 médailles dont 8 en or). Mais il rectifie dès l'hiver suivant le tir en salle "chez lui". D'abord un nouveau record du monde lors des France Elite (17,91m). Il va surtout prouver aux Europe de Bercy qu'il sait gérer un concours à fort enjeu. Poussé dans ses retranchements par un Fabrizio Donato des grands jours (17,73m), le Français va répondre de la plus belle des manières, en améliorant encore une fois d'un centimètre, "son" record du monde (17,92m). Neuf ans plus tard, personne n'est allé aussi loin que le Français en salle. Ce concours est forcément un nouveau déclic...

Malheureusement, les pépins commencent pour Teddy Tamgho. Une fracture de la cheville qui le prive des mondiaux de Daegu. Il ne le sait pas encore, mais c'est le début d'un long purgatoire de 18 mois. Avec quelques frasques. Accusé d'avoir frappé une athlète à l'INSEP, il est suspendu. Et sa cheville ne guérit pas. Obligé d'être opéré de nouveau sur cette articulation récalcitrante. La question sur sa carrière peut alors se poser, malgré son jeune âge (23 ans). Mais Teddy Tamgho est un champion et un champion se reconnaît également par sa capacité à ne jamais lâcher y compris dans les moments les plus durs. Son entraîneur, l'ex sauteur Ivan Pedroso y croit également ! 

Au sommet à Moscou, son dernier grand concours

Et ils ont raison. Enfin débarrassé de tous ses pépins, Teddy Tamgho repart au travail. Et va signer l'un des come-back les plus fabuleux de l'histoire de l'athlétisme français. D'abord difficilement, malgré des capacités physiques pleinement retrouvées (voire encore au dessus que lors de ses différents records), il mord beaucoup, n'arrive pas à décrocher ses minima pour les mondiaux de Moscou. Jusqu'au déclic à Besançon et un saut à 17,30m. Dès lors les performances s'enchaînent au-delà de cette marque, avec au passage un titre de champion de France obtenu au combat face à un super Yoann Rapinier, qui a réussi à pousser Teddy Tamgho dans ses retranchements. Idéal avant d'aborder Moscou, où le Français n'y est pas favori ! Du moins avant le concours de qualifications où y impressionne par un saut d'une déconcertante facilité. Tout comme son 17,65m au premier essai de la finale. La légende peut commencer ! Il mord deux énormes sauts, dont un peut-être au delà de la marque mythique (18,29m) de Jonathan Edwards. L'atmosphère est irréelle à Moscou... Le Français est en tête avant son dernier essai. L'essai de la délivrance, de la confirmation, de l’extase. Il retombe à 18,04m, devant le troisième homme à franchir la barre mythique des 18m dans cette discipline, le premier depuis Kenny Harrison en 1996 ! Un gouffre. Un plafond de verre qui vient d'être brisé pour le triple saut mondial. Puisque deux ans après, Pablo Pichardo et Christian Taylor casseront à leur tour la barrière (Taylor venant même échouer tout proche du record du monde en lors des mondiaux de Pékin). Will Claye les imitant par la suite. De quoi prévoir une énorme bagarre ?

Malheureusement non. Moscou 2013 sera l'apothéose de la carrière de Teddy Tamgho et son chant du cygne. Le Français est rattrapé par son corps qui le trahit une nouvelle fois. Il se fracture le tibia en novembre 2013, écope d'une suspension pour "No-Show" (une suspension assez discutable par ailleurs). Rupture du tendon d’Achille lors du meeting diamond league de Doha en mai 2015, saison déjà terminée sur un concours de légende où, justement, Taylor et Pichardo font tomber à leur tour les barrières de la discipline. La plu cruelle de ses blessures est sans nul doute celle contractée aux France Elite de 2016. A la recherche des minima olympiques, il réussit à briser cette barrière, mais sur son saut, il retombe et ses hurlements déchirent tout le stade d'Angers. Le verdict est impitoyable : fracture du fémur. Pas de J.O... Ce sera son dernier concours de triple saut au plus haut-niveau. Il tentera un nouveau come-back, mais sans succès. Il annonce sa retraite l'été dernier. 

Teddy Tamgho laisse l'image d'un athlète très doué mais dont la carrière aura été entravée par les blessures. Il y a eu de grand titres, de grandes joies, mais également de grandes peines. C'est sans doute l'un des plus doués de l'histoire de l'athlétisme. Sans aucun doute, il avait le record du monde dans les jambes. Le fait est qu'il a brisé un plafond de verre. Dix-sept ans durant, les 18m paraissait inaccessible. Teddy Tamgho a démystifié cette marque. Peut-être que sans cela, les triple sauteurs seraient encore bloqués aujourd'hui ! En terme d'esthétique c'était aussi une certaine élégance, comme une impression d'envol et de légèreté à chaque bond. Ce qui laisse d'autant plus de regrets. Une oeuvre inachevée, mais un des grands champions de l'athlétisme français !

Etienne GOURSAUD

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