Athlétisme - Ils auraient pu écraser leur discipline : Jérémy Wariner

Une élégance comme on en a que très rarement vu sur une piste. Des chronos à affoler tout le monde de l'athlétisme. Jérémy Wariner était prédestiné à régner sur le 400m. Champion olympique à 20 ans, champion du monde à 21 et double champion du monde à 23 ans, la plupart des spécialistes s'accordaient à dire que l'Américain était parti pour un long règne. Il n'en sera rien. La suite de sa carrière sera gachée par les blessures, jusqu'à la retraite à 36 ans. Aujourd'hui, difficile de se dire que Wariner est deux ans plus jeune que Justin Gatlin toujours en activité et encore médaillé mondial à Doha en 2019. 

Une progression linéaire et arrivée au sommet

Pourtant, son destin est celui d'un Golden Boy dès le départ. De fortes capacités et une progression linéaire jusqu'à cette année 2004 qui va le révéler au plus haut niveau mondial ! Encore dans l'ombre de certains de ses compatriotes, Wariner progresse. Les premiers chronos sous les 45 secondes tombent, jusqu'aux "Trials", les sélections US dont le podium est une condition indispensable à une qualification aux Jeux d'Athènes. Wariner frappe fort et l'emporte en 44''37. Il devient un sérieux prétendant à l'or olympique dans la capitale grecque. Et à 20 ans, il ne va pas manquer ce grand rendez-vous. Pour ses premiers grands championnats internationaux, il s'impose en 44''00 devenant le 8e performeur de l'histoire sur le tour de piste. 

C'est le début de l'ère Wariner. Rien ne va résister à l'Américain pendant quatre ans.  2005 est une année de règne quasi sans partage sur les grands meetings. C'est aussi l'année où il casse pour la première fois la barrière mythique des 44'' sur 400m. Il le fait au meilleur des moments, pour conquérir le titre mondial à Helkinki, malgré la relative fraîcheur dans la capitale finlandaise ! La confirmation est quelque chose d'important pour un athlète. Dès lors, Jérémy Wariner s'impose comme le nouveau patron d'une discipline orpheline depuis la retraite de Michael Johnson ! En 2006 il impressionne encore davantage. Une rentrée en 44''12 laisse apparaître les promesses les plus folles. Est ce que le record du monde de Michael Johnson (43''18) peut-être en danger ? Certains en sont convaincus ! A Paris, nouveau record personnel en 43''91, qui va dans le sens de ces derniers. Mais c'est à Rome qu'il va frapper fort. Au bout du tour de piste, un chrono de 43''62, 4e meilleur performeur de l'histoire ! Il remportera tous les meeting Golden League cette année là, ne se faisant battre qu'une seule fois dans l'année.

2007 est une nouvelle année faste pour Wariner. Mais qui voit l’émergence d'un vrai rival en la présence de son compatriote LaShawn Merritt ! Mais Wariner est fort comme jamais et va s'imposer à Osaka dans un chrono affolant de 43''45, devenant le troisième meilleur performeur de tous les temps, dans une finale ou son jeune compatriote passe également sous les 44''. A 23 ans, Jérémy Wariner est au sommet de son art ! On parle d'un long règne et d'un potentiel record du monde.

Battu à Pékin et le débuts des blessures

Mais à 23 ans, c'est l'apogée. S'en suit alors un long et irréversible déclin. Son jeune adversaire La Shawn Merritt va prendre l'ascendant sur Jérémy Wariner. D'abord aux championnats US (44''00 contre 44"20). En finale olympique, la tendance se confirme et c'est désormais Wariner qui doit se contenter du lot de consolation, après avoir laissé depuis 2004 que des miettes à ses adversaires ! Une année "moins bien" comme cela peut arriver au plus grands champions, à l'instar d'une saison 2010 un peu moins bonne pour Usain Bolt ? Non, c'est un vrai déclin. L'année 2009 confirme la tendance. Il peine a repasser sous les 45 secondes et doit s'incliner une nouvelle fois face à LaShawn Merritt. Wariner ne le sait pas encore, mais sa carrière a définitivement basculée à 25 ans. Même si en 2010 il réussit à remporter un meeting de grande envergure à Paris (44''49), il n'est plus le même. Il est à plus d'une seconde de son record personnel et le record du monde n'est plus qu'un lointain rêve pour Jérémy Wariner. 

C'est le début des galères. Les blessures s'accumulent pour l'Americain qui ne court plus vers les sommets mais pour retrouver un semblant de forme. Incapable de redescendre sous les 45 secondes sur le tour de piste, il n'est plus qu'un Américain parmi les autres. Le double médaillé olympique ne parvient même pas à se qualifier pour les JO 2012 à Londres. Il n'a que 28 ans mais c'est le crépuscule. Après des années de galères et de galères, il ne reviendra jamais à son meilleur niveau. Celui d'un coureur pétri de talent à qui ont promettait les sommets les plus fous. Il prend sa retraite en 2017 à l'âge de 33 ans.

Durant quatre ans, il aura été invincible, aura marqué l'athlétisme de son emprunte, de par ses chronos exceptionnels mais aussi son style si élégant sur la piste. Comme une impression de facilité sur l'épreuve la plus brutale qui puisse exister dans ce si beau sport ! Mais quand on a atteint les sommets aussi jeune et aussi vite, on ne peut qu'avoir un petit sentiment d'amertume. Il aura connu l'apothéose et la chute en a été que plus douloureuse pour lui et ses supporters. Il aura marqué l'athlétisme, mais il fait partie de ces "Goldens Boys" qui auraient pu prétendre à encore mieux... et écraser leur discipline.

Etienne GOURSAUD

 

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