Comment les clubs de handball de N1/N2 gèrent la crise du Coronavirus : Le cas de l'ALJO et de Saint-Junien

C'est souvent un niveau "ingrat". En handball mais aussi dans d'autres sports, pour espérer briller en Nationale 1 et Nationale 2, il faut y mettre des moyens humains et financiers. Pour souvent, des recettes moindres. Le Coronavirus, qui touche le monde depuis le début de l'année 2020 et qui a amené le confinement et à l'arrêt de toutes compétitions sportives, a un dur impact sur des structures sportives. Rochechouart/Saint-Junien, qui va monter en D2 féminine et l'ALJO Cognac, qui a joué le haut de tableau de Nationale 2 féminine sont deux cas intéressants pour voir comment des structures aussi importantes que ces deux clubs gère la crise qui est totalement inédite dans notre monde moderne.

Ce qui a prédominé dès le début de la pandémie c'est la sécurité. "On a vite arrêté les activités sportives et nos salariés ont été mis en chômage partiel" confie Nicolas Paquier le manager général haut-viennois. "On ne pensait pas rester deux mois confinés", rapporte Richard Nordlinger le président de l'ALJO. Les deux clubs sont actuellement dans l'attente d'informations quant à la reprise de leurs activités. Pour le moment, malgré le déconfinement, les sports collectifs et d'intérieur sont toujours interdits. Ce qui exclut toute reprise du handball comme on peut le connaître ! Les joueuses des deux clubs continuent de s'entretenir chacune de leur côté. "La seule chose qu'on peut faire, c'est leur conseiller des programmes", reconnaît Nicolas Paquier. Même son de cloche du côté cognaçais. Difficile, dans ces conditions de planifier la reprise des entraînements collectifs. D'une, personne ne sait encore quand le ministère et/ou la Fédération Française de Handball statuera sur une reprise. Surtout la question des compétitions se pose. Quand est-ce que cela reprendra ? "On est dans l'attente pour savoir comment on va organiser notre reprise", reconnaissent les deux clubs.

Reprendre oui, mais pas à n'importe quel prix ! 

Le coronavirus a également eu des conséquences sur la saison sportive qui était en cours. La FFHB, contrairement à d'autres fédérations, à d'or et déjà statué sur les championnats, en arrêtant les compétitions à la dernière journée jouée. Leader de sa poule de N1F, Saint-Junien accède donc à la D2. Une première historique pour le club haut-viennois. "On a eu une crainte de la saison blanche et cette décision est une vraie satisfaction pour nous, même s'il y a une amertume de ne pas avoir pu vivre cela sur le terrain. Mais cela reste anecdotique par rapport à la situation sanitaire. On ne va pas bouder notre plaisir. Surtout, on espère que la crise ne soit pas trop grave", analyse Nicolas Paquier. Pour l'ALJO c'est un peu plus la soupe à la grimace. Car la Fédération Française de Handball a décidé que tous les deuxièmes de N2F montent en N1F, contre seulement les quatre meilleurs deuxièmes (sur huit poules) initialement. Une place à laquelle Cognac pouvait encore prétendre. "On était 4e ex-aequo l'objectif du podium était encore atteignable, cela nous laisse une petite amertume, car on pouvait prétendre à mieux", regrette Richard Nordlinger mais qui reste très concret : "La santé prime avant les joutes sportives et la saison est tout de même réussie". Il peut également se consoler avec l'accession en Nationale 3 de son équipe masculine. "On a réussi a rattraper nos matchs de retard avant la crise sanitaire et basculer devant et ainsi accéder en N3, ce qui est une première depuis 15 ans".

Bien sur, la question de la reprise est sur toutes les lèvres. Mais pas à n'importe quel prix. "Comment reprendre ? Dans quelles conditions ? Est ce qu'il faudra des examens médicaux ? En soi les footings ne représentent pas un danger. Mais notre médecin nous a dit que le virus peut attaquer le coeur si on dépasse 90% du rythme cardiaque maximum", s'inquiète Richard Nordlinger, qui se pose la question de faire passer un électrocardiogramme à ses licenciés. Il ne veut prendre aucun risque. "Mais la France possède 15 millions de licenciés sportifs. Si ces 15 millions débarquent dans les hôpitaux, ce ne sera pas tenable. Mais on veut assurer une sécurité maximale pour nos licenciés", conclut le président cognaçais. Difficile dilemme. Du côté du Roc ASSJ HB 87, on se prépare avec les mêmes interrogations : "Il faut bien se préparer pour quand ce sera possible de remettre en place des entraînements collectifs", avance Nicolas Paquier.

Car c'est tout le paradoxe de la situation. La crise est loin d'être résolue mais les clubs se doivent de préparer les échéances futures. Fraîchement promues, les Haut-Viennoises sont dans l'attente : "On attend de connaître notre poule [NDLR, deux poules de D2F]. C'est une chance d'avoir pu connaitre notre sort, car on peut avancer sur le projet. On veut aussi maintenir le lien social avec les acteurs. On propose des portraits sur les réseaux sociaux, des rediffusion des moments forts du clubs pour continuer à faire vivre le club", confie Nicolas Paquier. Richard Nordlinger table  sans certitude sur une reprise collective le 15 juin. Si c'est le cas, la pré-saison serait anticipée par rapport à d'habitude (vers la fin du mois de juillet). 

Recrutement via vidéos et à distance !

La question des partenaires se pose. En cette période de crise, beaucoup d'entreprises surtout les petites tanguent et menacent de fermer. Ce sont souvent ces structures locales qui étaient les premiers partenaires des clubs, soutien indispensable et rallonge considérable dans le budget. Que ce soit Saint-Junien ou Cognac, d'or et déjà, certains partenaires font ou feront défaut dès cette saison. "Je ne peux pas leur en vouloir, leur priorité est ailleurs que sur le handball" ,reconnaît Richard Nordlinger. "On a essayé de le prévoir et de quantifier cette perte", ajoute Nicolas Paquier dont le club a décidé de partir sur le même budget que sur l'exercice 2019-2020. "Il faudra être prudent", rajoute le manger général. "Il faut essayer de se réinventer", penche de son côté Richard Nordlinger. "On a un tissu économique favorable à Cognac. Les entreprises auront besoin de communiquer à la reprise et le sport ne coûte pas cher. Il faut développer de nouveaux produits qu'on prépare actuellement. On a une réelle carte à jouer". D'autant que, que ce soit du coté cognaçais ou du "ROC", les collectivités territoriales ne feront pas défaut. "Les municipalités nous ont assurées de leur soutien, idem pour le département et la région. Après on ne s'en cache pas, la montée était une manière pour nous de maintenir le budget", reconnaît Nicolas Paquier. 

Promues en D2F, il fallait également recruter pour tenter l'opération maintien l'an prochain. "On connait le niveau, on connait le cahier des charges et on peut cibler le recrutement, valider certaines et prolonger d'autres. Mais le coronavirus ne facilite pas tout cela. On aurait aimé pouvoir rencontrer les joueuses voire faire des essais. On recrute via des vidéos que nous laisse les joueuses ciblées. Cela laisse des imprécisions", analyse Nicolas Paquier. Pour l'ALJO, même si Richard Nordlinger ne voulait pas trop l'évoquer, le recrutement a été anticipé bien avant la crise. A ce jour, trois recrues ont déjà été officialisés : "Notre recrutement est fait à 80% sur l'équipe féminine", confie le président cognaçais qui a également pu fonctionner avec des vidéos "qui ne reflètent pas la totalité d'un match" sans pouvoir faire d'essais.

C'est une situation inédite que traverse la France et le monde entier. Nul ne peut encore savoir quand la crise sera définitivement derrière nous et qui aura les reins assez solides pour ne pas s'écrouler. On espère que cela n'aura pas un impact trop fort sur les clubs qui sont un vecteur indispensable au tissu de l'économie locale.

Etienne GOURSAUD

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