Ils auraient du écraser le Tour de France - Roger Rivière

Plus qu'une carrière brisée, une vie brisée en une fraction de seconde. Un virage loupé qui aura eu raison de Roger Rivière. A 24 ans, celui qui est alors l'un des espoirs du cyclisme français au même titre que Jacques Anquetil et Raymond Poulidor, est fauché en plein Tour de France 1960. Pourtant il avait tout pour devenir une rockstar. Une belle gueule comme Jacques Anquetil, une élégance sur le vélo comme le Normand et déjà, avant même ses 24 ans. On parle là d'un coureur qui décroche le mythique record de l'heure en 1957 à l'âge de 21 ans (!) sur une épreuve qui requiert pourtant une certaine maturité. Brillant sur la piste, il devient champion du monde de la poursuite individuelle la même année. Avant de rééditer, à 22 ans les mêmes exploits l'année suivante (47,346km/h une véritable performance à l'époque). 

Mais comme pour tout cycliste français, c'est sur la Grande Boucle en juillet qu'on l'attend. Et il est d'autant plus attendu que la France est dans une période hégémonique avec les trois succès de Louison Bobet (53 54 55), celui de Walkowiak (56) et d'Anquetil (57), mais ont du laisser leur trône au Luxembourgeois Charly Gaul. La France à donc hâte de voir les débuts de Roger Rivière. D'autant que son Tour d'Espagne est prometteur, avec une 6e place au général, auréolée de victoires d'étapes. Il y confirme tout ses talents de rouleur, en montrant également des prédispositions en montagne. D'entrée, sur le contre-la-montre du Tour de France il frappe fort en repoussant le spécialiste Jacques Anquetil à plus d'une minute. Incroyable. Mais Anquetil, Bahamontes vont lui reprendre quatre minutes. Piégé par son alliance équipe de France, il ne pouvait rouler avec Charly Gaul et ne pourra rattraper son retard. La mésentente finalement entre les membres de l'équipe de France bénéficiera à Bahamontes. Roger Rivière dominera de nouveau Jacques Anquetil sur l'ultime chrono de Dijon. Pour son premier Tour de France, à seulement 23 ans, il prend la 4e place de l'épreuve en ayant dominé les deux chronos. Meilleur rouleur du monde, capable de briller en montagne le meilleur est forcément à venir ! 

Sauf si le destin s'en mêle. Malgré un début de saison plus que moyen, Roger Rivière réussit son début de Tour de France. Trois victoires d'étapes et idéalement placé à une deuxième place au général avant le drame. Dans la descente, lors de la 14e étape, après avoir pourtant durci la course via son équipier Rostollan (qui sera ensuite l'équipier de Jacques Anquetil), il loupe un virage dans le col de Perjuret et chute de plus de 25 mètres. Une chute terrible qui dans un premier temps passe inaperçue. Sauf par son équiper Rostollan qui hurle "Là Roger, tombé dans le ravin". Tous les fans de vélo doivent avoir en mémoire la chute de Philippe Gilbert sur le Tour de France 2018. Il s'agit d'une chute similaire au Belge, à ceci près que Rivière tombe de 25 mètres. Par miracle le jeune Français s'en sort, mais à quel prix. Fracture de deux vertèbres, paralysie pendant quatre jours, mais surtout fin de carrière, dans la mesure où il ne récupérera jamais l'intégralité de ses moyens. Déficit sur les deux jambes. Rêve terminé

Il essaiera de relancer le cours de sa vie en montant diverses affaires, qui feront faillite les une après les autres. Difficile de trouver un sens à sa vie quand on a été brisé par ce qu'on aime le plus. Et les séquelles sont à vie, les douleurs permanente, comme le souvenir de la chute. Il développe une accoutumance à un médicament anti-douleur. Qui lui fera déclencher un cancer. Il meurt à 40 ans des suites de la maladie en 1976. Trop jeune pour mourir, sa vie restera donc une sortie de tragédie digne d'une pièce de théâtre. Comme d'autres en cyclisme et dans d'autres sports, il a rencontré la plus mauvaise facette du destin. Mais à sa place, qui aurait réussi à se relever pleinement d'une telle épreuve ?

Car quelque part, Roger Rivière était déjà un peu mort dans ce ravin où il y laissera bien plus que sa carrière. Quel destin tragique pour le Français prédestiné au sommet et qui a été fauché en pleine ascension. Qu'aurait-il advenu s'il avait pu avoir une carrière complète ? Nul ne le saura. Ce qu'on sait, c'est que malheureusement, Roger Rivière rime avec tragédie.

Etienne GOURSAUD

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