Moto - Ils auraient pu écraser leur discipline : Daijiro Kato

Voilà maintenant 17 ans que Daijiro Kato nous a quittés dans un tragique accident survenu en course. Les années ont passé, mais quelques pilotes Moto GP arborent toujours le sticker « 74 » sur un coin de leur machine, en hommage au numéro porte-bonheur que portait le pilote japonais sur son carénage.

 

La domination des ingénieurs japonais sur le Moto GP

 

Les marques japonaises occupent une part importante des ventes mondiales de moto (près de 45% des ventes en 2018). Il n’est donc pas étonnant de les retrouver en tête des courses Moto GP. Preuve en est : depuis 44 ans, seul un titre de champion du monde a échappé à une marque japonaise en Moto GP, ou en 500cm3 lorsque la catégorie reine s’appelait ainsi. Une statistique incroyable pour l’ingénierie motocycliste nippone, mais qui en cache une autre, beaucoup moins reluisante : jamais un pilote japonais n’a décroché de titre de champion du monde en catégorie reine. Les pilotes du soleil levant sont pourtant nombreux à s’être illustrés dans les catégories intermédiaires, mais tous se sont cassé les dents dans la catégorie réservée aux plus grosses cylindrées. Tous, à l’exception du talentueux Daijiro Kato qui portait les espoirs de tout un pays.

 

Le messie japonais !

 

Âgé de 20 ans, et alors engagé dans son championnat national, Daijiro Kato est invité à venir participer à la manche japonaise du championnat du monde 250 cm3. Il se fait remarquer dès cette première course à l’échelon mondial en montant sur la troisième marche du podium ! Il est réinvité l’année suivante et, cette fois-ci, il remporte la course ! Cette victoire lui permet de trouver un guidon bien mérité pour disputer l’ensemble de la saison qui suit en 250cm3, sans même passer par la catégorie 125cm3. Le Japon se demande alors s’il ne tient pas ce pilote, tant attendu, qui serait capable de remporter un titre en catégorie reine ?

 

Une arrivée fracassante !

 

Kato se bat jusqu’à la dernière manche pour le titre de champion du monde, dès sa première saison en 250cm3, alors qu’il découvrait 14 des 16 tracés du championnat ! Rares sont les rookies à se montrer aussi performants. Sans surprise, il remporte le titre l’année suivante, en s’adjugeant 11 des 16 courses programmées. Un record dans cette catégorie, pris des mains d’un certain Valentin Rossi !

 

Fraichement titré champion du monde 250cm3, Honda lui propose une place en Moto GP. Kato accède donc à la catégorie reine après deux ans seulement passés dans la catégorie intermédiaire. Mais la saison 2002 est une saison spéciale, car il s’agit de l’année durant laquelle 500cm4 (moteur 2 temps) et 1000cm3 (moteur 4 temps) cohabitent, avant que les 500cm3 ne disparaissent complètement. Seuls quelques pilotes disposent des précieuses 1000cm3. Kato n’en fait pas partie. Il réussit, malgré ce handicap, à monter deux fois sur la 2ème marche du podium, en Espagne et en République Tchèque. Mais ces deux coups d’éclat sont éclipsés par les deux victoires d’Alex Barros, qui dispose de la même vieillissante Honda 500cm3. Et il est vrai qu’un peu d’irrégularité a empêché le talentueux pilote japonais de se classer mieux que 7ème du classement général. Mais quoi de plus étonnant pour une première saison ? Honda ne s’y trompe pas, et lui propose, dès l’année suivante, une 1000cm3 (4 temps) bien plus compétitive !

 

Un destin brisé en plein vol !

 

Le monde la moto est impatient de voir ce que Kato pourra faire avec une monture à la hauteur de son talent. Le premier Grand Prix de la saison 2003 s’ouvre à Suzuka, au Japon, sur un circuit qui est la propriété de son employeur. Mais Kato chute dans les premiers tours. Une chute surprenante à un endroit mal sécurisé, où il n’était pas prévu que les pilotes puissent perdre le contrôle de leur moto. Les images floues filmées par la caméra de surveillance du circuit (Kato était hors cadre de la caméra TV) ne donnent pas beaucoup plus de précisions. Naissent alors plusieurs théories : Kato aurait-il été victime d’un problème mécanique, le circuit serait-il trop dangereux, un autre pilote aurait-il involontairement accroché son levier de frein ? Tout ce que l’on sait, c’est que le corps de Daijiro a très violemment percuté une rambarde (en acier, ou doublée de mousse, là aussi il est difficile de le distinguer sur les images) à plus de 170 km/h.

 

L’accident est très spectaculaire. Arrivé quelques secondes après l’accident, le Français Olivier Jacques déclara « il y a avait des morceaux de moto partout. J’ai compris tout de suite que c’était grave ». L’image du corps sans réaction du pauvre pilote japonais, au milieu de la piste, confirmera cette impression auprès des téléspectateurs. Les secours parviendront pourtant à faire repartir le cœur du jeune pilote japonais. S’engage alors une lutte de 14 jours à l’hôpital de Mie, avant que l’inévitable ne survienne. Le docteur de la Moto GP déclarera dans la presse que les lésions aux vertèbres auraient laissé le pauvre Daijiro paraplégique, et qu’il n’aura pas pu vivre sans assistance respiratoire.

 

Cet accident a ravivé de douloureux souvenirs, alors que le dernier mort en championnat du monde remontait à 10 ans en arrière. Touchée en plein cœur, la Moto GP retira instantanément le circuit de Suzuka de son calendrier, jugeant le circuit trop dangereux, et des protections seront rendues obligatoires sur les leviers de frein, accréditant peut-être la thèse selon laquelle le levier de frein de Kato aurait été involontairement accroché par un de ses concurrents. Mais à ce jour, aucune certitude n’a pu être avérée concernant cet accident.

 

Bastien Lacoste

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