[Rétro-Giro] : 2015, bravo e ciao Alberto (Partie 2/2)

Tour d'Italie 2015, Giro d'Italia, Alberto Contador
Malgré son déclassement en 2011, Alberto Contador insiste bien à l'arrivée du Giro 2015 avec le signe des trois victoires finales. Crédit : [Cyclingweekly].

Retrouvez la première partie de la rétro ici  

 

Étonnamment, l’effectif de Tinkoff-Saxo ne répond pas présent au démarrage des Dolomites. Contador est isolé, pris au piège par l’Astana de Fabio Aru. Ce sont les hommes du Sarde qui mènent la course. Hélas, c’est toujours l’Espagnol vêtu de rose qui décide. Très fort vers Madonna di Campiglio, il attaque à trois kilomètres du sommet. Landa saute dans sa roue, Aru ne s’affole pas et revient au train. Les deux Astana tentent successivement de lâcher Contador, et Landa a le dernier mot à 500 mètres de la ligne. Le Basque remporte une victoire de prestige, tandis que le Madrilène fait jeu égal avec son dauphin. Sans peut-être le savoir, El Pistolero a brillamment avancé ses pions et fait naître une confiance énorme en son compatriote Mikel Landa, nouveau quatrième du général à l’entame de la terrible troisième semaine de course. Et la 16e étape vers Aprica, avec l’ascension du monstrueux Mortirolo, en est la preuve.

 

Piégé coup sur coup par une crevaison et une accélération conjointe des Katusha et Astana, Contador entame le Mortirolo avec un retard de 50 secondes. Son ascension est fantastique. Il reprend un à un les grimpeurs lâchés par le gros tempo imprimé par Mikel Landa pour son leader en tête de course. A la moitié du col, il est situé à moins d’une demi-minute du trio Landa-Aru-Kruijswijk. A cinq kilomètres du sommet, le Sarde ne peut plus suivre le rythme de son équipier ! Si bien qu’un peu plus loin, le maillot rose revient sur les deux Astana dont la vitesse a clairement diminué. Contador en profite même pour attaquer, ce qui provoque dans un sens une cassure chez Astana. Landa, plus fort qu’Aru, suit le premier du général, quitte à passer devant son leader. Au sommet du Mortirolo, les deux ibères possèdent près de deux minutes de marge sur un Fabio Aru en dérapage incontrôlé. Il boit le calice jusqu’à la lie, terminant à trois minutes du vainqueur…Mikel Landa ! Le basque a placé une attaque tranchante vers Aprica, reprenant quarante secondes à Contador.

 

A trois jours de l’arrivée, sur la 18e étape, le Pistolero possède quatre minutes d’avance sur les deux Astana (Landa-Aru dans l’ordre). Mais alors qu’il pourrait se contenter d’attendre les deux dernières étapes alpestres pour valider son sacre, il utilise le Monte Ologno, seule difficulté d’une étape pour baroudeurs afin d’attaquer. Ce sont toutes les vertus de Contador qui ressortent alors. Au sommet, il compte une minute d’avance sur ses poursuivants. Aidé par la Cannondale, il parvient à conserver 1’13’’ sur Landa et Aru, maintenant devancés de plus de cinq minutes au général. Le lendemain, l’arrivée au sommet à Cervinia permet à Fabio Aru de reprendre du temps. Personne ne répond à son attaque à sept kilomètres de l’arrivée. Aucun problème pour Contador, il n’a pas à rouler et la lutte en interne chez Astana promet d’être folle jusqu’au bout. Avec plus d’une minute de repris, l’Italien repasse devant son équipier.

Tour d'Italie 2015, Giro d'Italia, Alberto Contador
Dans le Mortirolo, Contador remonte les deux Astana. Quelques centaines de mètres plus loin, Fabio Aru craquera totalement, mais pas son équipier Mikel Landa. Crédit : [TinkoffSaxo].

Avant Milan et le défilé final, il faudra franchir le Finestre. Rapidement, sur la partie non-goudronnée du mythique col, Landa s’isole et prend jusqu’à cinquante secondes de marge, avant que ce ne soit son collègue Fabio Aru qui attaque le maillot rose. Dans une ambiance digne du Maracana, Contador perd gros sur les derniers hectomètres de piste. Il est relégué à près de deux minutes. Devant, faute de pouvoir jouer la gagne finale, on se bat pour la deuxième place et, comme la veille, c’est Fabio Aru qui profite du marquage général pour s’enfuir et décrocher son deuxième succès d’étape à Sestriere. Contador termine finalement à plus de deux minutes et demie, ce qui provoque le retour du Sarde au général, 2’02’’ derrière El Pistolero. Le prometteur Mikel Landa finit sur la troisième marche du podium, une minute derrière son équipier.

 

C’est donc ainsi que se termina l’histoire d’Alberto Contador avec l’Italie, puisqu’il ne remit plus jamais de dossard sur une course de l’autre côté des Alpes. Assommé à la Pierre-Saint-Martin par Chris Froome, il vit rapidement ses espoirs de doublé Giro-Tour s’envoler. Avant de sentir progressivement son niveau perdre de sa superbe. 5e du Tour 2015, abandon en 2016, 9e en 2017, il s’offrit une sortie à sa hauteur, par la grande porte, au sommet de l’Angliru sur la Vuelta 2017. Malgré son déclassement en 2011, il restera dans la légende le fait que Contador a terminé en rose chacun de ses trois Giro d’Italia. Probablement pas de la trempe de ceux que l’on a surnommé campionissimo, mais assurément de ceux à la classe inégalée, au style si particulier, qui furent en leur temps des empereurs de la route. Peut-être de quoi crier sur les toits « Veni, vidi, vici».

Mathéo RONDEAU 

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