[Rétro-Giro] : 2018, la renaissance de Chris Froome (Partie 2/3)

Giro d'Italia, Tour d'Italie 2018, Chris Froome
Après un cauchemar continu pendant les deux premières semaines du Giro, Chris Froome est totalement retrouvé sur les pentes du Zoncolan. Vainqueur devant Simon Yates, revient-il dans la course au maillot rose ? Crédit : [Girod'Italia].

Le Monte Zoncolan est une exception dans ce que le cyclisme italien a fait de mythique. Une exception qu’il partage avec le Mortirolo ou le Mur de Sormano à l’intérieur de ses frontières, avec la Planche des Belles Filles ou l’Alto de l’Angliru en dehors. L’essence du col italien c’est, aux dernières nouvelles, les larges et longues routes, la pente régulière, l’ivresse de l’altitude. Ce n’est pas pour rien que Pordoi, Giau ou Stelvio font partie intégrante de l’histoire du ciclismo italiano. Du haut de ses 1730m, avec sa route extrêmement serrée, ses pentes atteignant parfois les 22%, le Zoncolan est donc bel et bien à l’opposé des Passo cités plus haut. Il y a pourtant au moins autant de chances qu’un Giro s’y perde qu’en grimpant le Gavia. Alors, quand il se dresse sur le profil de la 14e étape du Tour d’Italie 2018, on peut légitimement imaginer voir une sacrée lutte, avec de grands gagnants, et de très gros perdants.

Et comme prévu, ils ne sont plus très nombreux à moins de 5 kilomètres du sommet. De grands noms sont déjà lâchés, Aru en fait partie. Le rythme est terriblement élevé, commandé par… Christopher Froome. C’est effectivement son lieutenant Wout Poels qui fait l’écrémage, il reste seulement Yates, Dumoulin, Pinot, Lopez et Pozzovivo à l’avant. Pour la première fois de ce 101e Tour d’Italie, Froome porte une offensive. Assis sur la selle, les coudes sortis vers l'extérieur, la « classique ». Il lui suffit d’un démarrage pour éparpiller ce qu’il restait de la concurrence. Les distances sont peu importantes, mais les petits groupes nombreux. A trois bornes du terme, le maillot rose Simon Yates s’envole du premier groupe de poursuivants, quand Froome continue de creuser le trou. Toujours dans son style caractéristique, droit sur sa machine, alors que ses adversaires sont tous écrasés sur leur guidon. La flamme rouge approche, le maillot rose aussi. C’est un duel féroce entre les deux grimpeurs britanniques. L’un joue son va-tout, l’autre veut tuer le général.

 

A exactement un kilomètre de la ligne d’arrivée, l’avance de Froome s’est encore un peu plus réduite, il y a cinquante mètres. Mais, hormis le leader de la Mitchelton-Scott, personne ne comble l’écart : Lopez et Pozzovivo sont à 20 secondes, Dumoulin et Pinot accusent le double. A la sortie du tunnel, à l’entrée dans le stadium du Zoncolan, où des milliers de tifosi sont massés – il y a le mur jaune à Dortmund, il y a le mur rose du Zoncolan -  Yates s’approche encore de son compatriote. Mais Froome donne tout ce qu’il lui reste dans les tout derniers mètres et exulte en passant la ligne. D’accord, il a gagné au sommet du Zoncolan, mais il est surtout, au vu des dégâts qu’il a causé, « back in the game » ! Il fait un bond de sept places au général, entre dans le Top 5. Le coureur Sky, de retour à une minute et trente secondes du podium, n’a cependant rien repris à Simon Yates, qui s’est arraché pour rester dans le sillage d’un homme forcément inquiétant, bien que retardataire au classement.

Tour d'Italie 2018, Giro d'Italia, Chris Froome
Sorti en costaud à plus de cinq kilomètres du sommet d'une des difficultés les plus pentues que connaisse le cyclisme, Chris Froome est de retour. Mais il dégringole de nouveau dès le lendemain. Crédit : [GettyImages].

Le monde du cyclisme attend donc une nouvelle explication entre les deux anglais le lendemain, sur la route de Sappada. Avec trois côtes dans les quarante derniers kilomètres, le terrain de jeu est propice aux offensives, au terme de la deuxième semaine, au pied de la troisième et de son importantissime chrono, après le repos. Dans la montée de Costalisso (3,8km à 8,8%), Jack Haig imprime un gros tempo pour son leader Simon Yates. Les principaux favoris suivent la cadence, sauf Chris Froome. Le voilà une fois de plus pris au piège, les jambes ne répondant pas, le bon coup étant parti. D’autant qu’à l’avant, le maillot rose fausse compagnie à ses concurrents en s’isolant. Il triomphe, franchissant seul la ligne, avec quarante seconde d’avance. Seulement 17e à 1’32’’, Froome termine derrière des équipiers, loin des meilleurs. On attendait la confirmation du retour du quadruple vainqueur du Tour, voilà la démonstration de la veille déjà oubliée. Il est désormais situé à cinq minutes du maillot rose, à deux minutes trente de la boîte.

Il profite de la 16e étape, contre-la-montre disputé entre Trento et Rovereto sur 34km, pour réduire un peu ce retard. Froome a repris plus de deux secondes au kilomètre à Simon Yates, et figure à 3’50’’ de la tête, à 2’54’’ de Tom Dumoulin (2e) et à 39’’ de Domenico Pozzovivo (3e). Bien que la première place s’approche, la course se poursuit et il reste un dernier triptyque avant qu’elle arrive à son terme. C’est la montée sur Prato Nevoso qui forme le juge de paix de l’étape 18, promise à une échappée. Schachmann s’impose, et Froome tente une offensive. Lopez reprend espoir en grappillant pas mal de secondes, tandis que le grimpeur de Sky finit aux côtés des deux hommes qui le devançaient le matin au général. Pour la première fois du Giro, Simon Yates ne s’est pas jeté dans les roues des plus attaquants. Il s’est montré réservé et a même du concéder vingt-huit secondes au trio anglo-italo-néerlandais.

Dumoulin rêve de rose. Pozzovivo se voit triomphant à Sestriere et validant son podium. Avant cela, il faudra tout de même digérer l’ascension du Colle del Finestre. Froome est toujours quatrième, mais plus près encore de Yates. Sera-t-il capable d’un nouveau coup de force ?

Mathéo RONDEAU

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