[Rétro-Giro] : Chrono final à Milan, place aux bouleversements

Giro d'Italia, Tour d'Italie, Milano, Duomo
Dans le sublime cadre de la place du Duomo à Milan, le Giro d'Italia se conclut assez régulièrement par un contre-la-montre. Cela aurait du être le cas aujourd'hui. Crédit : [Breakthrough].

Ils ont permis de se rendre compte de l’importance capitale de la moindre petite seconde. Contrairement au Tour de France, qui l’a envisagé mais rapidement abandonné un soir de juillet 1989, le contre-la-montre final est utilisé très régulièrement sur le Giro d’Italia. Depuis 2010, la course de trois semaines s’est à six reprises conclue par un chrono individuel. Malgré deux fois à Vérone, ce dernier se déroule quasi exclusivement dans la ville traditionnelle des arrivées du Grand Tour transalpin, Milan, siège de La Gazzetta dello Sport. Et sur le Giro, tous les chemins semblent mener…au Duomo. L’édifice religieux du XIVe siècle est un symbole de la capitale de la Lombardie, du haut de ses 108 mètres et par son architecture gothique. Mais en ces dimanches de la fin mai, pas le temps pour les coureurs de faire les touristes et de contempler les rues milanaises. Et on revient inlassablement à ces minuscules secondes qui ont manqué à Laurent Fignon en 1989, et qui causèrent à deux de ses successeurs latins la perte du bien qui leur était le plus cher à cet instant, la maglia rosa.  

 

Giro 2012 : Purito, et pour quelques secondes de plus

 

La 95e édition du Tour d’Italie fut certainement une des plus particulières des dernières à s’être tenu. C’était à une époque où il était encore impossible de réaliser trois journées de repos, le peloton disputant alors, sans arrêter, douze étapes. Particulier également de par son profil, où il fallut attendre la 14e étape pour rentrer dans un massif montagneux et voir les premiers écarts s’effectuer. Des écarts qui restèrent longtemps minimes, à l’image de l’échange récurrent du maillot rose entre Ryder Hesjedal et Joaquim Rodriguez. Au sommet de l’Alpe di Pampeago, au soir de la 19e étape, l’espagnol n’a que 17 secondes d’avance sur la principale menace canadienne. Scarponi et Basso sont plus loin, près de deux minutes. Mais il reste un dernier gros morceau, avec l’ascension du Stelvio. Et survient une autre alerte pour Rodriguez. De Gendt, bien classé au général, possède plus de 5 minutes d’avance à quelques kilomètres du sommet. Le baroudeur hyper complet de Vacansoleil est même par moments maillot rose provisoire !

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Crédit : [Sirotti].

Sentant la menace, Hesjedal mène un gros tempo. Alors qu’il n’a pris aucun relais durant la montée, Rodriguez lâche son dauphin dans les derniers hectomètres. Dans un sprint montagneux de deux-trois minutes, un effort qu’il affectionne, l’espagnol tente de faire le trou pour protéger sa maglia rosa. Hélas, il ne reprend quasiment rien et s’élancera de la rampe à Milan la tête quasiment contre le sol, avec un matelas de 31 secondes sur Hesjedal, bien meilleur rouleur. Pendant que le Duomo voit de haut Marco Pinotti régler la concurrence pour le prestigieux gain de l’étape, « Purito » ne conserve que 2 secondes sur Hesjedal au premier intermédiaire, après 12 kilomètres sur 28 à couvrir. Huit bornes plus loin, le Canadien est leader virtuel pour 13 secondes. Loin d’être ridicule sur cette ultime épreuve chronométrée (26e final), Rodriguez lâche malgré tout sa tunique rose à 150 mètres de la ligne d’arrivée. Il échoue à 16 secondes de la victoire finale.

 

Giro 2017 : un dernier spectacle Dumoulin rose

 

Il restait un grand nombre d’enjeux après l’ascension de Piancavallo sur la 19e étape (voir ici) du 100e Giro. La journée suivante fut à nouveau difficile pour Tom Dumoulin, qui fut décroché dans la montée de Foza par Pinot, Zakarin, Nibali, Pozzovivo et Quintana. C’est dans cet ordre que le club des cinq est arrivé au sprint à Asiago. Bien aidé par leur mésentente dans la descente, Dumoulin limite la casse et ne perd que 15 secondes (sans les bonifications). Il reste vingt-neuf kilomètres dans ce Giro, vers Milan, encore, toujours. A cause des écarts finalement peu accrus entre les deux dernières journées montagneuses, la lutte risque simplement de se jouer entre le maillot rose Nairo Quintana et le désormais quatrième du général Tom Dumoulin, distancé de 53 secondes. Nibali, deuxième (à 39’’ de Quintana), et Pinot (à 43’’), troisième, sont clairement moins forts que le néerlandais et chuteront d’une place à coup sûr. On peut néanmoins croire à une superbe performance du champion de France du chrono pour faire tomber le requin de Messine du podium.

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Crédit : [AFP].

A la sortie de l’autodrome de Monza, lieu du départ, Dumoulin met les choses au clair. Au premier intermédiaire (km 8,8), le rouleur Sunweb a repris 17 secondes à Nibali, 26 à Pinot et 31 à Quintana. Des différences de cadence exacerbées au second point intermédiaire (km 17,4). Dumoulin devance Nibali de 37 secondes, Pinot est à 53 secondes et Quintana à une minute. Le Colombien a donc déjà perdu sa tunique de leader. Au pied du Duomo, Dumoulin termine deuxième du contre-la-montre et assomme la concurrence. En comparaison avec Rodriguez, qui lâcha la victoire pour 150m, Quintana lui la perdait officiellement à 400m du terme. Pinot termina finalement quatrième du général, « loin » de Nibali qui fut proche du casse en échouant à Milan à neuf secondes de la deuxième marche du podium finalement occupée par Quintana (31’’ derrière Dumoulin).    

Mathéo RONDEAU

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