[Rétro Giro] : le cas des départs à l'étranger

Tour d'Italie, Giro, départ du Giro
Il y a deux ans, le Tour d'Italie s'était élancé pour la première fois depuis Israël, à l'extérieur du continent européen. Fort engouement populaire, mais faible résultat sportif. Crédit : [Giro d'Italia].

La légende des Grands Tours se base sur des particularités propres à chacune des trois courses. Le Tour de France est un précurseur en tout point : c’est bien entendu la plus âgée (créée en 1903), elle est la première à exploiter les massifs montagneux (1910 et la terrible étape Bayonne-Luchon) ou a s’élancer depuis l’étranger (départ à Amsterdam en 1954). Les autres Grands Tours, non pas en retard sur tout, ont plutôt contribué à pousser les innovations du Tour de France plus haut. En effet, la découverte chez les voisins espagnols et italiens de l’Angliru, du Mortirolo ou du Zoncolan, ascensions irrégulières aux pourcentages dingues (supérieurs à 20% par endroits) ont modifié la définition de la montagne sur les grandes épreuves, habituées aux cols longs et réguliers tels que le Tourmalet, le Galibier en France, Stelvio ou Blockhaus de l’autre côté des Alpes. A sa manière, le Giro a également révolutionné l’utilisation du départ à l’étranger.

 

Dix-neuf ans après Amsterdam sur le Tour, c’est Verviers (Belgique) qui accueille le Tour d’Italie pour son premier départ hors de ses frontières*. La complexité pour les organisateurs réside dans l’éloignement de l’Italie par rapport aux pays où le cyclisme est roi, à savoir ceux du Benelux principalement. A la différence du Tour de France, qui rallie par la route ces pays à l’Hexagone d’une traite, le Giro est contraint d’organiser une journée de repos durant la première semaine pour rentrer en Italie. Une manœuvre sans doute compliquée, qui explique peut-être les 23 ans d’attente avant de s’élancer à nouveau d’un pays étranger, à Athènes (Grèce, 1996). Mais, comme le Tour, qui tend à partir hors de France tous les trois ans en moyenne depuis le début des années 1990, le Giro se met à s’exporter de plus en plus souvent et de plus en plus loin. Après un deuxième lancement depuis la Belgique (Seraing, 2006) et deux départs des Pays-Bas (Groningue 2002, Amsterdam 2010), le Tour d’Italie s’élance en 2012 de Herning au Danemark, point toujours à l’heure actuelle le plus au nord jamais vu pour un départ de Grand Tour.

 

Puis c’est à Belfast (Irlande du Nord) en 2014, à Apeldoorn (Pays-Bas) en 2016 que le Giro effectue son Grande Partenza. Avant d’innover à nouveau, et de partir de Jérusalem (Israël) il y a deux ans, premier départ hors du continent européen, en hommage à la légende Gino Barta   li, Juste parmi les nations. Ces départs se font non sans remarques, lesquelles portent souvent sur l’inutilité de ce premier week-end à l’étranger : un prologue suivi de deux étapes de plat bien souvent dépourvues du moindre spectacle. Le lancement depuis Jérusalem en est sans doute le paroxysme, l’intérêt durant peut-être quelques dizaines de minutes, avant de s’évader dans les vastes plaines désertiques et lancinantes d’Israël. Le choix parfaitement défendable de l’hommage à Bartali fut néanmoins vivement critiqué par certains « activistes des droits de l’homme » ou « anti-israéliens ». L’aspect politique a donc même pris le pas sur le sportif.

Dans le même style, on a justement un peu de mal à imaginer ce qu’aurait pu donner ce lancement depuis Budapest. Les profils des trois premières étapes, loin d’être impressionnants, ne représentaient vraisemblablement pas de danger pour les favoris du général et s’apparentaient bien plus à un combat de sprinteurs sur les routes hongroises. La direction du Giro a cependant pris des mesures exceptionnelles compte tenu de l’avancée de la crise liée au coronavirus, puisque le Giro 2020, décalé à octobre, se disputera intégralement en Italie. Il n’y aura donc pas de petite escapade touristique à l’étranger.  

Tour d'Italie, Giro, départ Giro
En 2014, c'était l'Irlande du Nord qui recevait le peloton du Giro d'Italia, avec un contre-la-montre par équipes inaugural à Belfast. Crédit : [BBCNews].

Mais le débat reste ouvert quant à l’intérêt de ces départs lointains. Les différents organisateurs défendent ces projets en vantant leurs mérites qu’ils jugent être les retombées économiques (coût certes plus élevé que toute autre ville étape mais recettes dix fois supérieures au montant de départ) et les conséquences culturelles (élargissement de la popularité du Grand Tour). Une publicité qui marche, sans doute. Peut-être que la pluralité des nationalités des vainqueurs ces dernières années, comparées à la période 100% italienne de 1997 à 2007 (onze victoires finales sur onze possibles, 23 des 30 places sur le podium), en est le fruit. Mais l’explication la plus probable est certainement la place de plus en plus importante que tient le Giro dans le calendrier de par sa difficulté. Gagner le Giro est presque devenu aujourd’hui un passage obligé dans toute carrière (Nibali, Contador, Froome, Quintana), quand il ne représentait que 10% des participations aux Grands Tours des Zülle, Armstrong ou Ullrich il y a encore vingt ans.

 

Le fait que le plateau du Giro se soit copieusement relevé grâce à la génération post-affaire Puerto permet néanmoins d’apporter un minimum de crédit aux départs à l’étranger. En effet, les équipes des favoris font tout pour mettre leur leader dans les meilleures conditions dès le début. Les chronos par équipe, ou individuels, sont propices à la création de premiers écarts, et les chutes et les cassures peuvent faire basculer les trois semaines qui suivent. Les exemples ne sont malheureusement pas nombreux pour le prouver, mais, utilisons pour conclure un adage qui se prête bien à ces week-ends inauguraux à l’étranger, « le Tour (n’importe lequel) ne s’y gagne pas, mais il peut s’y perdre ».      

* En 1965 et 1966, c’est  à Saint-Marin et Monaco qu’a démarré le Giro. On peut parler d’étranger, mais la géopolitique particulière de l’Italie (des Etats dans l’Etat) nous fait passer outre ces deux lancements.

Mathéo RONDEAU

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