[Retro Giro] : Le Stelvio, un col mythique d’Italie

Giro d'Italia, Tour d'Italie, Passo dello Stelvio
Vue d'un des versants du Passo dello Stelvio, col faisant partie intégrante de la légende du cyclisme italien. Il est inégalé en termes de longueur, difficulté, altitude, conditions climatiques. Crédit : [Istock].

Sur le Tour de France, c’est l’Alpe d’Huez, le Galibier ou encore le Tourmalet qui sont attendus par tous les spectateurs. En Italie, lors du Giro di Italia, c’est bien le Stelvio. Du haut de ses 2 758 mètres d’altitude, le Passo dello Stelvio défie les cyclistes qui veulent franchir ses interminables lacets. Le Stelvio est le plus haut col routier des Alpes italiennes et le second sur l’ensemble du massif alpin, derrière l’Iseran (2764 m). Rien que ça !

Situé au coeur du parc naturel du Stelvio, il relie la province de Bolzano, située dans le nord-est du pays, avec celle de la Valtellina. Le col se trouve au pied d’un sommet nommé « le pic des 3 langues » puisqu’il dresse la frontière linguistique entre l’italien, l’allemand et le romanche. Les 3 versants sont très exigeants à escalader, mais la plus difficile reste celle du Tyrol du Sud. A partir de Prato allo Stelvio, c’est parti pour 24 km avec des pentes qui augmentent progressivement pour arriver finalement à 12% sur le dernier kilomètre, un supplice pour n’importe qui. Sur ce versant, les 48 virages et la pente moyenne de 7,4% avec un maximum de 14% ne permettent aucun relâchement.

Théâtre des exploits de grands champions, le col du Stelvio est une ascension historique du cyclisme. 
La légende débute en 1953. C’est le premier passage du Giro sur ces routes escarpées et il marquera un renversement total de la course. Le coureur suisse Hugo Koblet, déjà vainqueur du Tour d’Italie en 1950, semble indétrônable en tête du classement général. Et c’est alors qu’apparaît le campionissimo Fausto Coppi. Le fabuleux italien n’en est pas à son coup d’essai sur le Giro, il l’a déjà remporté à 4 reprises (1940, 47,49 et 52), mais les pentes du Stelvio lui permettront de remporter son 5e et dernier Giro. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. A travers les années, les légendes du peloton s’illustreront sur ces pentes rendues difficiles par l’altitude et la raréfaction de l’air qui complique encore la montée. En 1961, c’est le Luxembourgeois Charly Gaul qui franchira le Stelvio en 1e position, imité par Jean-René Bernaudeau 19 ans plus tard. 

Le Stelvio, franchi à 12 reprises depuis 1953, n’a pas souvent été la conclusion d’une étape. Mais il est très souvent synonyme de l’étape reine de l’épreuve, et les organisateurs l’entourent le plus souvent d’autres ascensions mythiques, comme le Gavia ou l’Umbrail. Et avec une épreuve disputée en mai, il n’est pas rare de voir les coureurs franchir le sommet encadrés d’impressionnants murs de neige, voire sous des bourrasques neigeuses ou des températures polaires, comme en 2014, lorsque Dario Cataldo était passé en tête avant l’arrivée victorieuse de Nairo Quintana sur les pentes de Val Martello. Cette étape, marquée par le froid, la pluie et la neige, restera dans les annales du Giro, avec la polémique lors de la descente du Stelvio provoquée par Quintana, Hesjedal, Rolland, et quelques autres coureurs qui avaient doublé la moto censée faire la descente devant le premier peloton pour les protéger du danger.

Giro d'Italia, Tour d'Italie, Passo dello Stelvio
En 2014, le Stelvio est emprunté sous la neige lors de l'étape reine, passant aussi par le Gavia. La descente qui attend les coureurs sera le théâtre d'un bouleversement sportif sur fond d'incompréhension. Crédit : [CyclingWeekly].

Le dernier vainqueur au sommet du Stelvio est Thomas de Gendt. En 2012, le col gravi du côté lombard avait sacré le Belge. A la veille de l’arrivée, il avait failli chambouler toute la hiérarchie. Il avait alors menacé le maillot rose, alors porté par Joaquim Rodriguez. Il occupait alors la 8e place au départ de Caldes, et avait réussi un coup d’audace monumental en se dégageant du peloton sur le haut du Mortirolo, aussi l’un des cols les plus exigeants d’Italie, et avait pu aborder le Stelvio avec 4 min d’avance. Les prétendants au podium et à la victoire finale avaient alors craint le rouleur belge, et l’écart avait été réduit au fil de la montée. 
Avant de rejoindre Bormio, lors de la 16e étape du Giro 2017 (celle où le maillot rose Tom Dumoulin s’était arrête pour satisfaire un besoin naturel), et de se faire battre au sprint par le Requin de Messine Vincenzo Nibali, Mikel Landa avait franchi le Stelvio en tête. Et à l’heure actuelle, il est le dernier, car une ascension par le versant le plus dur était prévue, après 15 ans d’absence, mais la pandémie de coronavirus en a décidé autrement, du moins provisoirement. 

Le Stelvio est et restera un col mythique du Giro.

Paul LALEVEE

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Albane Paquet 29/05/2020 08:41

Impressionnant !! Pour moi la difficulté d'un col le rend tout d'abord mythique. Les coureurs qui s'illustrent ensuite par leur persévérance complètent l'enjeu du col !