[Retro-Giro] - Les empereurs d'Italie : Alfredo Binda et Fausto Coppi

Crédits : Echo de l'info et Rai

S'il faut reconnaître une qualité chez nos amis Italiens, c'est leur connaissance du vélo. Là-bas, le "campionissimo" y adulé respecté bien au-delà de sa carrière cycliste. Si en France, on a eu notre lot de "rois" avec Jacques Anquetil où encore Bernard Hinault, l'Italie n'est pas en reste. Elle a pu admirer des coureurs comme Alfredo Binda, Gino Bartali, Fausto Coppi où encore Felice Gimondi. On va s'attarder sur Binda, premier à avoir véritablement écrasé son tour national et Fausto Coppi qui possède encore aujourd'hui le plus beau palmarès des coureurs italiens.

Alfredo Binda 

Le saviez-vous ? Alfredo Binda aurait pu être Français. Né en 1902 à Cittiglio, il a passé la fin de son adolescence à Nice, dans le but d'y devenir plâtrier. Mais avec le vélo dans un coin de tête. Le jeune Alfredo brille chez les jeunes et devient professionnel à 21 ans, dans l'équipe "La Française". Il a alors pour projet de devenir Français et courir sous nos couleurs tricolores. Un projet qui ne se fera pas. Car les Italiens ne sont pas insensible au charme de celui qui s'illustre d'une 4e place au Tour de Lombardie. Il retourne dans son pays natal en 1925, pour y rejoindre une formation italienne. La France ne le sait pas encore, mais elle vient de laisser échapper le plus grand champion de ces années ! 

Car Alfredo Binda explose au grand jour ! Dès 1925, il pose sa patte sur le Giro. Il y remporte deux étapes (ses premières de ses 41 victoires d'étapes au total) et le classement général final ! Exploit qu'il ne réédite pas l'année suivante, victime d'une lourde chute. Il aura qu'un rôle de coéquipier. De luxe car malgré le débours de 30 minutes, il termine à la seconde place. Mais il prouve qu'il est bien un grand coureur et que son premier Giro n'était en rien dû au hasard. 

Que dire de son année 1927 ! Il écrase le Giro. Invincible dans tous les domaines, il y remporte 12 étapes. Un record encore non égalé aujourd'hui, qui ne semble atteignable que par des joueurs de Pro Cycling Manager. A ce jour, sur un grand tour, seul Freddy Maertens a fait mieux, avec ses 13 succès sur la Vuelta 1976. A ceci près qu'en 1927 au lieu des 20 voire 21 étapes habituelles, le Giro n'en comptait que 15. Soit un pourcentage affolant de 80% de "réussite". Qui vaudrait aujourd'hui 17 étapes. La domination est indécente également en 1928 et 1929. A 27 ans, il compte alors quatre giro à son escarcelle. Qui peut l'arrêter ?

Et bien l'Italie elle même. Ce pays pourtant si respectueux de la tradition et de ses grand champion, s'est prise en grippe du plus fabuleux des années 1920. Hué à son passage, Alfredo Binda ne suscite pas la sympathie d'un public las de toutes ses victoires. Incroyable, l'organisation du Giro lui offre le titre en 1930 ainsi que la prime (22500 lires) allouée au vainqueur à une condition : Qu'Alfredo Binda ne participe pas à "son" Giro ! Il s'essaie au Tour remporte deux étapes avant d'abandonner, étant obligé de rentrer en Italie pour réclamer ses 22500 que la Gazetta dello sport ne voulait plus lui payer ! Ce sera son unique participation à la Grande Boucle, forcément un regret pour les Français qui auraient pu admirer davantage ce champion.

Il remportera une dernière fois le Giro en 1933 et est toujours co-recordman de victoires dans l'épreuve avec Fausto Coppu et Eddy Merckx. Mais Binda, ce n'est pas que le Giro. Il remporte également trois maillots arc-en-ciel (record qu'il détient avec Rik Van Steenbergen, Eddy Merckx, Oscar Freire et Peter Sagan). Il a brillé sur les monuments avec 4 Tour de Lombardie (seul Coppi a fait mieux avec ses cinq victoires) et 2 Milan-San-Remo, prouvant sa palette de coureur complet. Avec 113 victoires, il est dans le cercle très fermé des coureurs à plus de 100 victoires. Si son record de victoires sur le Giro a été battu par Mario Cipollini en 2003, il n'est reste pas moins qu'Alfredo Binda fut le premier des campionnissimo. A l'échelle italienne bien sur, mais aussi au niveau mondial.

Il se reconvertira avec succès en temps que directeur sportif. Encadrant les succès de Bartali, Coppi ou encore Nencini sur la Grande Boucle.

Fausto Coppi

Imaginons deux minutes que la Seconde Guerre Mondiale n'ai jamais eu lieu. Pourquoi cela ? Fausto Coppi a remporté cinq Giro, co-recordman, dont le premier à 20 ans en 1940. Qu'en serait-il advenu si le Giro avait pu se courir durant cette période trouble. Pourrait-on penser que Coppi aurait pu en empocher deux ou trois supplémentaires ? C'est fort possible. Car l'Italien né en 1919 était un crack ! 

Après cette période de guerre (où il en profite pour décrocher tout de même un record de l'heure), le cyclisme reprend ses droits. On est en 1946 et Coppi a 26 ans et entre dans ses meilleures années. 

Il "destitue" Gino Bartali sur le Giro 1947 un an après une rivalité déjà exacerbée sur les routes italiennes en 1946. A cela s'ajoute un Tour de Lombardie. 

1949 est une année exceptionnelle. Il remporte son troisième Giro auquel il y ajoute son premier succès sur la Grande Boucle, devenue encore plus populaire post 2nde guerre mondiale. Une course où les étrangers veulent y briller (5 succès étranger de rang entre 1948 et 1952). Malgré une énorme mésaventure à Rouen (chute et sa voiture qui n'était pas la) où il perd plus de 18 minutes, il n'abdique pas. Coppi et Bartali enterrent la hache de guerre dans les Alpes, au grès de deux magnifiques échappées. Mais dans la seconde, Bartali crève et Coppi s'échappe (avec la bénédiction de son DS Alfredo Binda). Sa fin de Tour est triomphante. Sans scandale, c'est bien le plus fort qui s'impose. Il devient le premier coureur à réaliser le double "Giro-Tour". Un exploit seulement imité par six autres coureurs.

C'est en 1950 qu'il va prouver qu'il est un coureur hors normes en allant s'imposer sur Paris-Roubaix. Il relègue la concurrence tellement loin (3 minutes) que Maurcie Diot 2e ce jour-la, estimera qu'il était "hors-concours". En s'imposant sur une classique peut à l'avantage des coureurs de classement général, Fausto Coppi ouvre la voie de champions hyper complets. Le plus symbolique d'entre eux étant Eddy Merckx. La boite de Pandore était ouverte, l'impossible était devenu possible (en France, seul Bernard Hinault réussira l'exploit de gagner Giro-Tour et Paris-Roubaix dans sa carrière).

En 1952 il réédite son exploit "Giro-Tour" et en 1953 il remporte son 5e Giro ! 

Fausto Coppi au delà de ses succès, a brillé également pour la longévité de sa carrière. Ainsi, en 1957, on le voit encore tout proche de la gagne sur le Tour de la Lombardie. Il a alors 37 ans et le poids de ses années seront un trop lourd tribut face à la jeunesse et la rapidité du Français André Darrigade. Du haut de son immense palmarès, c'est un Fausto Coppi en larmes d'avoir été battu, qui franchit la ligne. Il stoppera sa carrière en 1959, après avoir disputé un Tour d'Espagne qu'il ne termine pas. 

Avec son ami, le Français Raphaël Géminiani, ils se rendent en Haute-Volta, pour promouvoir le cyclisme en Afrique. Tous deux tombent malade au retour. Par chance, Raphaël Geminiani tombe sur un médecin colonial, qui lui diagnostique la malaria. C'est également ce dont souffre Fausto Coppi. Mais les médecins italiens ne voudront pas entendre raison, malgré les appels de Géminiani qui lui sera sauvé. Les mauvais traitements continuent d'être appliqués au Campionissimo. Fausto Coppi meurt en 1960 à seulement 40 ans. Les héros meurent jeunes certes, mais ce n'était pas un âge pour partir.

Fausto Coppi restera pour beaucoup le premier des champions moderne. Qui aura apporté que ce soit sur le plan de la diététique, de la mécanique de sa bicyclette mais aussi dans le travail de ses "grégaris" équipiers qui s'entraînaient spécialement pour amener Coppi au plus haut. Des recettes reprises avec bonheur par ses successeurs !

Dans les années récentes, le coureur italien qui s'est le plus rapproché de ces champions est Vicenzo Nibali, vainqueur de quatre grands tours (2 Giro, 1 Tour et 1 Vuelta) et trois Monuments (2 Lombardie et 1 Milan San Remo). Pas de quoi le placer à la hauteur des deux coureurs évoqués, mais un palmarès qui force le respect ! 

Etienne GOURSAUD

 

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