[Retro Giro] : Les Italiens rois dans les années 2000

Ce n'est pas un scoop, s'il y a bien une course où il est difficile de triompher pour un non-italien, c'est bien le Giro. Surtout quand un Transalpin est à la lutte. Demandez à Laurent Fignon en 1984. C'est un fait, le Tour d'Italie a vu bon nombre de ses représentants lever les bras. 69 fois en 102 éditions. Il a même fallu attendre 1950 et le Suisse Hugo Koblet, pour voir un étranger s'imposer en terre italienne. Le "Pédaleur de Charme" premier à briser l'hégémonie italienne là ou dès les années 1910, un étranger remportait le Tour de France. 

Dans un cyclisme de plus en plus mondialisé, les Italiens ont laissé peu à peu la main et ne sont plus aussi dominateurs que par le passé. Sauf lors d'une décennie, les années 2000, qui a vu une véritable razzia italienne. Par extention, on peut même remonter à 1997 et le premier succès d'Ivan Gotti, pour démarrer cette véritable hégémonie qui se stoppera en 2008, avec le succès non sans mal d'Alberto Contador. Il fallait un champion hors norme pour mettre l'Italie à genoux. Ces onze années de succès ininterrompus ont été marqués par l’émergence d'une véritable génération dorée, mais qui aurait sans doute pu faire encore mieux.

Gilberto Simoni : Le grimpeur pur

On peut remporter un Grand Tour sans démontrer d'aptitudes extraordinaires en contre-la-monte. Gilberto Simoni en a fait le preuve en triomphant par deux fois sur son tour national, en 2001 et 2003 il est vrai plus favorables aux escaladeurs qu'un Tour de France. Deux victoires nettes et sans bavures, reléguant son dauphin à plus de sept minutes dans les deux courses. Grimpeur d'exception, redoutable dans les pourcentages extrêmes, seul coureur à avoir triomphé et dans le Monte Zoncolan (2003 et 2007) et dans l'Alto Angliru en Espagne (2000) les deux cols cyclistes réputés pour être les plus durs en Europe (du moins parmi ceux empruntés en course). Hormis en 2002, où il est exclu pour dopage, suite à un contrôle positif à la cocaïne, il terminera systématiquement sur le podium du Giro entre 1999 et 2006. Il est aussi dans le cercle fermé des coureurs ayant remporté une étape sur les trois grands tours. Si Gilbeto Simoni a avant tout brillé sur ses routes, il a prouvé qu'il savait s'exporter. Sans pour autant être en mesure de peser sur les classements généraux sur un Tour de France et un Tour d'Espagne. Il a également brillé par sa longévité, comme beaucoup de sportifs italiens, puisqu'il prendra sa retraite à l'âge de 39 ans. Par sa régularité, c'est sans doute l'Italien qui incarne le mieux la domination de ses compatriotes durant ces onze années. Celui aussi qui est sans doute le mieux exploité son potentiel.

Damiano Cunego : Le Petit Prince n'aura pas gardé sa couronne très longtemps

Quand il gagne le Giro en 2004, à l'âge de 22 ans, Damiano Cunego émerveille l'Italie de part son style assez élégant et sa précocité qui lui ouvre nombre de perspectives. Malheureusement, le "Petit Prince" ne retrouvera jamais allégresse de cette formidable année 2004. Capable de grands coups, mais n'étant plus en mesure de jouer les podiums de Grand Tours, Damiano Cunego laisse l'image d'un talent gâché, peut-être le plus gros gâchis du cyclisme italien récent. Il faut dire qu'en 2004, malgré son jeune âge, il résiste à la pression du rouleur Honchar mais aussi du tenant du titre et coéquipier Gilberto Simoni, censé être son leader et qui le qualifiera de "bâtard" durant la course, vexé de la "trahison" de Cunego. Un coureur capable de surmonter cette adversité était prédestiné à un avenir grandiose. Difficile de le voir en coureur anonyme au milieu des années 2010, incapable de suivre les meilleurs en montagne, incapable de concrétiser en échappée. Loin de son âge dorée et loin des rêves que l'Italie avait placé en lui. Peut-être une pression trop forte pour le "Petit Prince" !

Ivan Basso : Prédestiné à devenir roi d'Italie

Neuf minutes et dix-huit secondes sur son dauphin. Vingt-sept minutes et trente quatre secondes sur le 10e. Les chiffres sont à donner le tournis et donne encore plus d'envergure au sacre d'Ivan Basso sur le Tour d'Italie 2006. Une véritable démonstration pour le grimpeur italien, qui ne cesse de progresser depuis sa révélation sur le Tour 2004 et sa 3e place, en étant le seul à suivre Lance Armstrong en montagne. Basso se place d'ailleurs en héritier du Texan, adoubé par ce dernier. Enfin, après quelques échecs, dont un cuisant l'année précédente sur le Giro, Ivan Basso remporte un grand tour ! Et la manière dégagée en fait le grand favori du Tour 2006, le premier de l'après Armstrong. Mais les plans de l'Italiens seront contrariés par l'affaire Puerto. Exclu du Tour avant même d'en participer, il sera suspendu. De retour aux affaires en 2009, il revient sur son Giro. Irrégulier mais capable de coup d'éclats il termine sur le podium, avant de rafler l'édition 2010, rattrapant un énorme retard sur David Arroyo qui a bien failli rééditer l'exploit de son coéquipier et compatriote Osacar Pereiro en 2006 sur le Tour de France. Avec au passage une victoire de prestige sur le Monte Zoncolan, où il a écœuré tout le monde au train, Cadel Evans étant le dernier à céder. Au prime de sa forme, Ivan Basso, sans en avoir le style, était un grimpeur qui pouvait lâcher à peu près tout le monde de sa roue. Il n'arrivera plus a briller sur le Tour, seulement 7e en 2011, avant de devenir peu à peu un équipier et prendre sa retraite en 2015. 

Les années 2010 ont été moins prolifiques avec "seulement" quatre succès Italiens. Qui se sont surtout reposés sur Vincezo Nibali (2013, 2016 et podium en 2011, 2017, 2019) pour briller. Loin de leur génération dorée des années 2000. Mais la question mérite d'être posée : Peut-on revoir une telle domination dans un grand tour ?

Etienne GOURSAUD

 

 

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