[Retro-Giro] : Les sprinteurs italiens #1 Alessandro Petacchi

C'était le talent à l'état pur ! Alessandro Petacchi fait partie des sprinteurs qui ont marqué leur époque ! L'Italien, successeur du grand Mario Cipollini a fait régner la terreur sur le Giro, où il a remporté 22 étapes* 

C'est en 2003 que l'Italien explose à la face du monde. Il remporte six étapes et porte le maillot rose. Ce sont les premiers succès pour celui qui avait déjà brillé sur les routes de la Vuelta (2 étapes en 2000 et une victoire en 2002). À 29 ans, il arrive enfin à maturité et c'est un ouf de soulagement pour l'Italie qui commençait à se chercher un successeur à Mario Cipollini, vieillissant et plus aussi sanguin que dans les années 1990 (il remportera cette année là ses deux dernières étapes sur le Giro). Malheureusement, pour Petacchi, le "cyclamen" s'envole au soir de la 18e étape, où il arrive hors-délais. L'Italie s'est trouvé son nouveau messie et pour le coureur de la Fassa Bortolo, le meilleur est à venir !

Une année 2003 dans la légende 

Il participe à son second Tour de France (après un premier où il n'a guère brillé en 2001). Face à l'élite du sprint mondial, il va mettre tout le monde d'accord. Intraitable sur les sprints massifs, il rafle quatre étapes, parfois avec une facilité déconcertante. Mais il ne survivra pas à la première étape de montagne vers Morzine. A la dérive dans le premier col de la journée, il met pied à terre et abandonne. Les mauvaises langues commencent à dire qu'il est également l'héritier de "Cipo" dans l'art d'abandonner le Tour avant même la montagne. La réalité est toute autre. Malade comme cinq de ses coéquipiers, il ne pouvait suivre le rythme d'une étape assez nerveuse. La Fassa Bortolo finira à 3 coureurs, mais se consolera avec le top 10 de son leader Ivan Basso. 

Mais 2003 n'est pas fini pour Alessandro Petacchi qui décide de s'aligner sur la Vuelta. Avec bonheur puisqu'il s'adjuge cinq étapes ! Il rejoint Miguel Poblet (1956) et son compatriote Pierino Baffi (1958) dans la liste des cyclistes ayant remporté une étape des trois grands tours la même année. Un exploit d'un autre temps réalisé par le sprinter Italien.

Il écrase le Giro 2004, mais déconvenue sur le Tour

"Débarrassé" de son leader Ivan Basso parti chez la CSC, Petacchi devient "LA" star de la Fassa Bortolo. Sur "son" Giro en 2004, cela en devient indécent. Tel un joueur de Pro Cycling Manager bloqué sur le mode "facile", Alessandro Petacchi se régale. Et laisse des miettes à ses adversaires. Neuf succès d'étapes. Là aussi un chiffre qu'on pensait appartenir au passé des Alfredo Binda et Fausto Coppi. Dans un cyclisme de plus en plus mondialisé et spécialisé, le coureur de la Fassa Bortolo nous ramène 50 ans en arrière, au grès des gifles distribuées à ses adversaires, rendus à l'état de sparring-partner de l'Italien. 

Autant dire que, quand il débarque en Belgique, lieu du grand départ du Tour 2004, ses adversaires tremblent. Et pourtant, rien ne se passe comme prévu pour Petacchi. Lui si souverain en Italie est dominé par des Jan Kirsipuu, Jean-Patrick Nazon et autres Robbie Mc Ewen. Il baissera pavillon à la 6e étape, sur chute, tandis que la France tombait amoureuse d'un certain Thomas Voeckler. Petacchi laissera ses jeunes équipiers Fabian Cancellara et Filippo Pozzato s'imposer sur cette Grande Boucle. 

Affaires de dopage

C'est une année charnière pour Petacchi. On ne le reverra pas sur le Tour avant 2010 ! Mais il continue de régaler sur les autres grands tours, en gagnant cinq étapes sur le Giro et la Vuelta. Chose nouvelle pour lui, il brille de plus en plus par sa régularité comme en attestent ses deux maillots de meilleur sprinteur cette année. Son deuxième également sur le Giro après sa razzia de 2004. Petacchi le claqueur d'étapes s'est transformé en un coureur capable de lutter jusqu'au bout dans un classement qui ne tolère guère de ratés (Mark Cavendish peut en témoigner sur le Tour). A cela s'ajoute sa victoire à Milan San-Remo, son unique monument, la Mecque du sprinter Malheureusement, son équipe de la Fassa Bortolo s'arrête. Pettachi rebondit à la Milram, mais se fracture la rotule et son année 2006 est à oublier, malgré de probantes victoires en début de saison et une 2e place à Milan San-Remo. 

On retrouve le grand Petacchi en 2007. Il décroche 5 victoires au Giro et le cyclamen. Mais un contrôle positif au Salbutamol vient entacher ce retour triomphant. Si, dans un premier temps, il obtient gain de cause en plaidant le traitement pour l'asthme, il sera finalement déclassé en appel. Une affaire qui rappelle étrangement celle d'un Christopher Froome, mais avec moins de bonheur pour l'Italien. Il est exclu de son équipe et rebondit dans la sulfureuse LRP-Brakes d'un certain Danilo Di Luca ou Emmanuelle Sella. C'est le tournant. À 34 ans, Petacchi vieillit et le coureur capable de claquer cinq ou six étapes sur un grand tour fait place à un coureur gagnant plus modestement. 2008 est une année très moyenne d'ailleurs. Il file en 2009 dans l'équipe Lampre et retrouve le succès sur le Giro (deux étapes). 

A la surprise générale, il ressuscite devant le public français sur le Tour 2010. La star du sprint s'appelle Mark Cavendish et rafle les bouquets depuis 2008. Le "vieil" Italien damne le pion au jeune anglais lors du premier sprint massif. Il fera preuve d'une bluffante régularité, gagnera une étape. Même si le Britannique remettra les pendules à l'heure avec cinq étapes remportés, c'est bien Petacchi qui s'offre son premier maillot vert à 36 ans. Il rejoint alors la liste de ceux ayant gagnés le classement par points sur les trois grands tours (Merckx, Jalabert et Abdoujaparov l'ayant réussi et Cavendish rejoindra ce club fermé en 2013). Il remportera une étape du Giro 2011, avant de se muer progressivement en capitaine de route et poisson pilote. Il prendra sa retraite à 41 ans, non sans avoir été déclassé pour dopage en 2012 et 2013, ternissant sa fin de carrière.

Il laissera l'image d'un coureur surpuissant dans les sprints et qui a su s'imposer sur LA classique des sprinters : Milan San-Remo. Un succès qui lui a permis d'entrer encore davantage dans la légende. Mais à ce jour, malgré des sprinters talentueux comme Viviani, aucun n'arrive à chasser le souvenir de Petacchi. En remportant le classement par points des trois grand tours, il a réussi ce que n'a pas réussi un coureur de la trempe de Peter Sagan (à qui il manque également MSR). Mais l'ombre du dopage vient ternir un tableau presque idyllique.

Etienne GOURSAUD

*Ses cinq victoires et son maillot cyclamen en 2007 lui ont été retirées après son contrôle "non-négatif" au salbutamol

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