[Retro Giro] : Mario Cipollini, le plus grand sprinter italien de l’histoire ?

Redoutable sprinter et personnage haut en couleur, Mario Cipollini est sans doute le champion cycliste le plus véloce du peloton dans les années 1990 et au début des années 2000. Il a marqué son époque de par ses multiples facéties, sa personnalité bien affirmée mais aussi et surtout grâce à son incroyable boulimie de victoires, résultant d’un redoutable talent de finisseur. 

Mario Cipollini est né  le 22 mars 1967 dans une famille de cyclistes. Vivaldo, son père, fut un très bon coureur amateur jusqu’à ce qu’un très grave accident ruine sa carrière prometteuse. Alors que Mario est enfant, sa famille sillonne les routes italiennes avec sa soeur Tiziana qui compte parmi les premières féminines italiennes et surtout son frère Cesare qui écrase les jeunes catégories au point de représenter l’Italie aux JO de Montréal en 1976 à l’âge de 17 ans, alors qu’il n’est que junior. Mais refusant de se doper, il ne confirmera jamais les grands espoirs placés en lui, et finira équiper de son frère. 
Mario Cipollini passe professionnel en 1989 dans l’équipe Del Tongo, où il s’impose dès sa première saison sur 3 étapes consécutives du Tour des Pouilles, avant de remporter sa première étape sur le Tour d’Italie, à Mira. En 3 saisons dans cette équipe, il aura remporté 6 étapes du Tour d’Italie. 6 d’une bien grande série…

Pétri de classe et de talent, « Super Mario » poursuit sa folle carrière chez MG-Bianchi puis Mercatone Uno. Durant ces 4 années, de 1992 à 1995, il remporte 6 nouvelles étapes du Giro, s’impose sur 3 étapes du Tour de France, dont il portera d’ailleurs le maillot jaune en 1993, et s’adjuge le classement par points du Tour d’Italie en 1992. Il se révèle également être un excellent coureur de classique, arrachant avec brio et courage Gand-Wevelgem 2 années de suite (1992, 1993) ou encore le GP E3 en 1993. 

Il collectionne les succès au rythme moyen de 17 par saisons, notamment sur le Giro d’Italia. Entre 1996 et 2001, Mario est au sommet. Au sein de la formation Saeco, il perfectionne la technique de sprint révolutionnaire dont il est le précurseur, le « train ». Il bénéficie de l’aide de toute son équipe, il a donc un véritable train d’équipiers structuré et organisé pour le mener dans un fauteuil jusqu’aux 500 derniers mètres de course. De son propre aveu, il ne possédait pas les capacités des autres sprinters à frotter et remonter des adversaires lors du sprint. Cette technique lui permet de remporter chaque année 4 ou 5 étapes peu escarpées du Tour d’Italie, atteignant le total de 34 victoires d’étape sur cette course en 2001. Il gagne également 9 étapes sur les routes de la Grande Boucle, mais ne finit jamais cette course, préférant abandonner dès le début des étapes montagneuses, décision qui le rend impopulaire sur le bord des routes françaises. 

2002, l’année de l’apothéose 

En ce début d’année 2002, Mario Cipollini semble sur la pente descendante. A 35 ans, il réalisera pourtant une année exceptionnelle. Vainqueur de Milan-San Remo pour la toute première fois, il remporte peu après Gand-Wevelgem pour la 3e fois, dix ans après la première. Il remporte également 6 étapes du Giro, et son 3e classement par points. Ainsi, il s’approche à une longueur du record de victoires d’étapes établi par Alfredo Binda avant guerre. Quelques mois plus tard, il remporte 3 étapes de la Vuelta, là où il n’avait jamais gagné, et le titre prestigieux de champion du monde, à Zolder, devant Robbie McEwen et Erik Zabel. Mais cet été 2002 avait été aussi la date d’une annonce de retraite, à la suite de la non-sélection de son équipe Acqua & Sapone pour le Tour de France. 
Au printemps 2003, il gagne 2 nouvelles étapes du Giro, et porte donc son total à 42. 42 victoires sur les routes italiennes, nouveau record ! Encore une fois, son équipe n’est pas retenue pour le Tour de France, en se justifiant sur l’âge et le début de saison décevant de Cipollini. 
Il rejoint alors Liquigas en 2005, en se déclarant prêt à remporter de nouvelles victoires, et se fixe pour derniers objectifs Milan-San Remo, Gand-Wevelgem et le Tour d’Italie. Mais il ne remportera que 2 dernières victoires : l’une au Tour du Qatar, et la dernière dans le Tour de la province de Lucques, dans sa région natale, comme un symbole du destin. 

Le 26 avril 2005, à 38 ans, il annonce son départ à la retraite 13 jours avant le coup d’envoi du Tour d’Italie. Ce colosse surpuissant, qui détestait l’altitude, s’est bâti un palmarès monumental et une popularité à la hauteur de sa mégalomanie, que même les soupçons de dopage n’ont pas entravé. Une carrière remplie de 189 succès, dont 42 sur le Giro. Mario Cipollini, homme de tous les excès, est considéré comme l’un des meilleurs sprinters du XXe siècle, avec Zabel et l’ouzbek Abdoujaparov. 

En 2008, il tente un retour à la compétition, à l’âge de 40 ans. Après 3 ans d’inactivité, il s’engage avec les américains de Rock Racing, afin d’apporter son expérience aux jeunes coureurs de la formation et de disputer quelques courses américaines. Au mois d’avril, la mésentente entre « Super Mario » et le propriétaire de l’équipe met un terme à l’aventure. 
Mais sa carrière de coureur terminée, il ne quitte pas le monde du cyclisme. Il crée sa marque de cadres de vélo, nommé MCipollini. 

Le dopage n’a jamais entravé la carrière de ce formidable sprinter, mais la Gazetta dello Sport rapporte que Cipollini aurait été un client du tristement célèbre docteur Fuentes, qui lui aurait procuré de nombreux produits dopants. Le 24 juin 2013, il est annoncé que des tests effectués par l’AFLD en 2004 ont démontré l’usage d’EPO par Cipollini lors du Tour de France 1998. Scandale qui ternit un peu l’image de Cipollini, pourtant reconnu comme l’un des plus grands cyclistes italiens de l’histoire

Paul Lalevée

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