[Rétro-Giro] : Piancavallo, rebondissement de plus pour le Giro du centenaire

Giro d'Italia, Tour d'Italie 2017, Piancavallo
Dans l'ascension vers Piancavallo, Thibaut Pinot attaque, pendant que Tom Dumoulin est en grande difficulté. Crédit : [PresseSports].

Peut-être en-dessous de certaines éditions récentes en termes de folie, le Giro 2017, le centième du nom, n’en fut pas moins spectaculaire et indécis. Il fut sans problème l’un des plus serrés au classement général, et les favoris usèrent d’offensives en tout genre afin d’éloigner leur rivaux, bien loin des ascensions en mode salle d’attente du Tour de France version Sky. Ce Tour d’Italie restera certainement plus dans les mémoires des supporters français comme celui de la 4e place hautement méritée de Thibaut Pinot et des deux victoires d’étapes tricolores (Pinot et Rolland). Si l’on se replonge dans cette édition sans l’œil patriote, on retient, avec l’admirable performance du vainqueur Tom Dumoulin, toute une succession de coups de force dans un sens et de jours sans dans l’autre, qui ont contribué à rendre les écarts entre les premiers du général infimes.

A deux soirs de l’arrivée, c’est à Piancavallo qu’a lieu un nouveau tournant de ce 100e Giro. Au sommet de la station de ski, où Marco Pantani s’était imposé en 1998, le maillot rose change de porteur et le podium est on ne peut plus resserré. Trois ans après, le Tour d’Italie aurait à nouveau du s’arrêter à Piancavallo, pour la deuxième étape de haute montagne de l’édition 2020. Afin de comprendre pourquoi la prise de pouvoir de Quintana avant la 20e étape est un énième rebondissement, il faut se replonger dans les deux premières semaines de course.

 

Nous avons évoqué il y a une dizaine de jours la montée de l’Etna (voir ici) sur la quatrième étape, où le vent avait soufflé les ambitions et les velléités offensives des grands favoris. Le premier juge de paix serait donc le Blockhaus, lors de la neuvième étape. Au pied de l’ascension, une chute survient dans le peloton lancé à toute vitesse, la faute à une moto mal stationnée sur le bord de la route. Les victimes : Adam Yates, Geraint Thomas, ou Wilco Kelderman, le lieutenant de Tom Dumoulin. Avant même la première explication de texte, la liste des favoris s’égrène. Pareil pour le peloton, de plus en plus réduit sous l’impulsion des Movistar. Nairo Quintana se sent bien. Et à moins de sept kilomètres du sommet, le Colombien produit son premier démarrage. Le condor s’envole, seul, trois bornes plus loin. Son coup de force lui permet de prendre les rênes de la course, avec une avance malgré tout peu considérable sur Thibaut Pinot, Tom Dumoulin et Bauke Mollema. Vincenzo Nibali est un peu plus loin.

Tour d'Italie 2017, Giro d'Italia, Blockhaus
Lors de la première "vraie" explication en haute montagne, Nairo Quintana met les choses au clair et s'installe en tête du général. Pas pour longtemps. Crédit : [GettyImages].

Une situation totalement remise à plat deux jours après, au terme d’un contre-la-montre de 39 kilomètres. Tom Dumoulin écrase la concurrence et écarte les adversaires nommés précédemment à un retard situé entre 2’23’’ et 2’47’’. Et le néerlandais poursuit son cavalier seul sur la deuxième semaine en brillant sur les pentes du sanctuaire d’Oropa. Il remporte au sprint face à Ilnur Zakarin la 14e étape, et garde la mainmise sur le général. Ce jour-là, Nairo Quintana est le favori qui fait la moins mauvaise opération, au contraire de Thibaut Pinot et Vincenzo Nibali, qui perdent une quarantaine de secondes. Bauke Mollema concède près de deux minutes et perd tout espoir pour le maillot rose. Avec près de trois minutes de marge sur ses adversaires, Dumoulin est « à l’abri ». Mais une mauvaise surprise l’attend pour l’étape reine trois jours plus tard. Avec le Mortirolo et deux ascensions du Stelvio, c’est la journée à ne pas manquer.

 

Tom Dumoulin, pourtant en très grande forme, est victime de gros ennuis gastriques et est contraint de s’arrêter en cours de route. Au pied de la dernière montée du jour, il est condamné à un contre-la-montre à distance, il est devancé d’1’30’’ par le groupe des favoris, emmené par les Bahrain-Merida de Nibali. A l’avant, le requin de Messine est, avec Quintana, Zakarin et Pozzovivo, le plus fort. Il fait d’ailleurs la différence dans la descente, remporte l’étape, et reprend quelques secondes à Quintana, mais surtout plus d’une minute à Pinot et deux minutes à un Dumoulin seul au monde pendant les 40 derniers kilomètres. Ce dernier conserve le maillot rose pour trente secondes sur le colombien de la Movistar. Ecart inchangé à la suite de la 18e étape, courue à plus de 2000 mètres d’altitude et terminée à Ortisei/St-Ulrich. Mais voilà que trois hommes, pourtant loin au début de la 3e semaine, reprennent une minute au leader du général. Thibaut Pinot, Ilnur Zakarin et Domenico Pozzovivo reviennent dans la course au podium. Voire mieux.

Tour d'Italie 2017, Giro d'Italia, Stelvio
Lors de la "tappone", dans l'ascension du Stelvio, ces quatre hommes sont les plus forts. Ils font une très bonne opération par rapport à Thibaut Pinot ou Tom Dumoulin, tiraillé par son estomac. Crédit : [AFP].

Alors qu’à Piancavallo, le succès d’étape est enfin promis au méritant Mikel Landa, porteur du maillot bleu, Tom Dumoulin est en grande difficulté. Très rapidement, alors qu’il reste encore plus de vingt unités dans le peloton, il lâche prise et se voit contraint, à 10km du sommet, à lisser son effort pour limiter la casse. Thibaut Pinot profite d’un léger round d’observation pour attaquer et creuser un écart. Et à nouveau, ce sont Zakarin et Pozzovivo qui tentent aussi de reprendre des secondes. Les trois y parviennent. Le butin est maigre par rapport à Quintana et Nibali, mais ils ont accéléré leur retour sur Tom Dumoulin. Le maillot rose du coureur Sunweb ne tient plus, il revient à Quintana pour trente-huit secondes. Nibali et Pinot sont également en dessous de la minute de retard.

Même le russe Zakarin et l’italien Pozzovivo sont clairement de retour, avec 1’30’’ de débours sur le nouveau leader. Il reste deux étapes à disputer, et pas des moindres. L’arrivée à Asiago après les ascensions du Monte Grappa et de Foza peut permettre aux purs grimpeurs d’augmenter leur avance sur un Dumoulin sur le déclin, avant le chrono final du Duomo à Milan. 29 kilomètres qui pourraient une fois de plus tout faire basculer. A suivre…

Mathéo RONDEAU

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