[Rétro Giro] : en Sicile, le Giro est dans tous ses Etna

Tour d'Italie, Giro, Etna
On a roulé sur la lune ! L'Etna commence à devenir un passage obligé sur le Giro d'Italia. En attestent les trois passages lors de la dernière décennie. Crédit : [Colscyclisme].

L’Etna est une ascension qui ne fait pas partie intégrante de la légende du Giro, car on n’y a pas fondamentalement bousculé le déroulement de son histoire. Cependant, gravir le versant d’un volcan reste une exception dans les Grands Tours qui mérite à elle seule de faire de l’Etna un haut-lieu du Tour d’Italie. La situation géographique du volcan n’est pourtant pas pratique pour les organisateurs de la plus grande épreuve transalpine. Passer l’Etna nécessite d’abord d’aller courir en Sicile et demande une logistique peu aisée pour la suite de la course. C’est sans doute pourquoi seules cinq arrivées y furent jugées. Pas au sommet, ce dernier s’établissant à 3330 mètres et n’étant pas accessible par du bitume – et au passage un peu dangereux au vu du volcan toujours en activité - mais au Rifugio Sapienza, point de départ de l’un des deux domaines skiables du mont, à environ 1900m d’altitude. C’est Franco Bitossi qui y levait les bras le premier, en 1967, avant que le portugais Acacio da Silva ne l’emporte lors du Giro 1989, dès la deuxième étape.

S’en suivirent vingt-deux ans de pause, avant le retour sur le devant de la scène. 2011, 2017 et 2018 sur la seule précédente décennie, et une arrivée prévue pour le Tour d’Italie de cette année, à nouveau en première semaine (5e étape), première ascension d’envergure des trois semaines. C’est l’occasion de revenir sur les trois derniers passages du peloton sur les routes du volcan, trois montées aux caractères et dénouements bien différents.

Etna 2011, la plus explosive

Tour d'Italie, Giro, Etna, Alberto Contador
Crédit : [EPA].

Le Giro version 2011 est connu comme celui ayant le plus fait parler ces dernières années, entre le décès en course de Wouter Weylandt (voir ici) et le profil montagneux dantesque proposé aux coureurs. Le tracé de cette édition fait un crochet en fin de première semaine par la Sicile, et la neuvième étape emprunte à deux reprises les pentes de l’Etna, par deux versants différents. A la mi-pente de la dernière ascension du volcan (19,4km à 6,2%), un trio de tête ne compte plus que deux minutes d’avance sur un peloton encore garni, mené par les Lampre du regretté Scarponi, et qui vient de perdre le maillot rose Pieter Weening. Ecart à nouveau réduit de moitié trois kilomètres plus tard, moment que choisit Alberto Contador pour placer une grosse banderille. C’est Scaproni qui se jette dans sa roue et qui l’accompagne quelques hectomètres durant, rattrapant les hommes de tête. Derrière, c’est la désorganisation : personne ne prend vraiment la poursuite en main et les favoris du général enchaînent les pétards mouillés qui contribuent plus à creuser qu’à réduire l’écart.

A six kilomètres du sommet, Scarponi ne peut tenir la cadence de Contador. Le Colombien José Rujano est le dernier rescapé de l’offensive d’El Pistolero. Sous la banderole des 5 derniers kilomètres, le duo compte 40 secondes d’avance sur le groupe des favoris, dans lequel les attaques continuent de pleuvoir, sans suite. A deux bornes du sommet, c’est près d’une minute qui sépare les deux groupes. Contador/Rujano vont jouer la victoire d’étape, les quinze coureurs derrière vont tenter de perdre le moins de temps pour le général. Contador tue tout suspens avant la flamme rouge et s’envole. Il l’emporte avec cinquante secondes d’avance sur le futur troisième du général, Vincenzo Nibali, dix-sept de plus sur Scarponi et Gadret, qui complèteront le top 4 final. Il s’agissait du premier coup de force de Contador, un peu trop écrasant sur cette édition*.

 

Etna 2017, la plus calme

Tour d'Italie, Giro, Etna, Jan Polanc
Crédit : [Girod'Italia].

Peut-être un brin trop impatients, les organisateurs du centième Giro ont placé la première arrivée au sommet dès la quatrième journée de course. L’Etna est gravi après le Portella Femmina Morta (plus de 30 bornes aux pourcentages peu exigeants, mais quand même) et on attend une première confrontation entre les grands favoris, les Nibali, Pinot, Quintana ou autre Dumoulin. Malheureusement, les vingt derniers kilomètres de l’étape sont un flop, à cause des conditions climatiques. Sur la route large, sans aucun abri, le vent est très fort, et la fraîcheur se fait ressentir une fois passés les 1500m d’altitude. Le slovène Jan Polanc, rescapé de l’échappée matinale, conserve une très faible avance, nécessaire cependant, pour s’imposer sur l’interminable ligne droite du Rifugio Sapienza. Incapables d’attaquer en solitaire, les favoris terminent ensemble, à trente secondes du vainqueur, dans un groupe très bien garni (20 coureurs). La conséquence est que le général est très serré derrière le leader Bob Jungels. Il faudra attendre cinq jours et la montée du Blockhaus pour observer les premiers gros écarts.

 

Etna 2018, la plus collective

Tour d'Italie, Giro, Etna, Esteban Chaves, Simon Yates
Crédit : [Reuters].

Sixième étape du 101e Giro, cinquième arrivée au sommet de l’Etna dans l’histoire, et toute nouvelle ascension pour le peloton. Le point de départ est différent, la route plus étroite – pour l’anecdote, il s’agissait d’une voie privée, fermée par une barrière au quotidien durant l’hiver – mais il y a plusieurs passages très difficiles (15%). Une très grosse échappée (28 hommes) se délite avant même le pied de l’ascension et, au cours de cette dernière, ils sont très peu à devancer encore le peloton. Parmi eux, Esteban Chaves semble être le plus fort et s’envole à cinq bornes de l’arrivée. Déjà fortement réduit, le groupe des favoris perd au même moment le maillot rose Rohan Dennis. Quelques secondes plus tard, les hostilités sont lancées, avec Dumoulin, Lopez, Pozzovivo. Des offensives, plus ou moins franches, qui ont néanmoins pour conséquence d’opérer un sacré écrémage et d’épuiser Chris Froome.

A 1500 mètres de la ligne d’arrivée, Simon Yates sort avec insistance du groupe à la chasse de Chaves. L’attaque est impressionnante, personne ne peut s’accrocher à la roue du britannique, qui rejoint son collègue de Mitchelton-Scott peu après la flamme rouge. Yates laisse d’ailleurs le Colombien l’emporter, mais les deux lèvent les bras tant l’exploit est beau. Près de trente secondes après, les huit meilleurs grimpeurs du jour franchissent la ligne : Pinot en tête, Froome à la traîne. Le britannique de Sky est déjà devancé d’1’10’’ au général par son compatriote Yates. Une tendance qui sera vérifiée dans les jours qui suivront…avant quelques revirements de situation. Quelque chose nous dit qu’on en reparlera bien vite.        

* Contrôlé positif sur le Tour 2010, Contador est suspendu pour deux ans par le TAS le 6 février 2012. Il se voit privé de ses succès sur ce Tour et le Giro 2011. Un Giro qui reviendra à Michele Scarponi.

Mathéo RONDEAU

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