[Rétro Giro] : Pöstlberger, Lukas du siècle

Giro, Tour d'Italie, Pöstlberger
Lukas Pöstlberger exulte, il s'aperçoit qu'il tient sa victoire. Et laquelle ! Voilà l'Autrichien qui triomphe à Olbia lors de l'étape inaugurale du centième Giro de l'histoire. Crédit : [AFP].

Il est des coups de génie dans le sport qui restent dans l’histoire. En cyclisme, ceux-ci sont parfois pensés de longue date, mais certains sont plus inattendus et ne tiennent pas à grand-chose quant à leur réalisation. C’est ce qui les fait entrer dans la légende, par la manière et par le résultat obtenu, bien souvent au nez et à la barbe de tout le peloton. Sur les Grands Tours, oser s’attaquer à une meute de coureurs à quelques hectomètres du sprint final est presque voué à l’échec. Au XXIe siècle, les exemples sont peu nombreux : on retient notamment la victoire de Vinokourov sur les Champs-Elysées en 2005, ou le belge Jan Bakelants résistant aux derniers sprinteurs à Bastia sur le centième Tour de France. L’exploit de Lukas Pöstlberger lors du grand départ sarde de la 100e édition du Giro d’Italia entre tout à fait dans cette catégorie. Même si l’autrichien n’avait pas envisagé une seule seconde de revêtir le maillot rose à Olbia, au terme du premier jour de course.

Pas besoin de puiser dans sa mémoire pour le coureur de BORA-Hansgrohe au moment de revenir avec nous sur cet instant de grâce. « Je me souviens de beaucoup de choses. Du moment de l’attaque. De ce que j’ai ressenti. Du moment où j’ai réalisé que je l’avais. De la cérémonie après et des conférences de presse. Mais aussi du moment où j’ai enfin trouvé le temps de réaliser ce qui venait de se passer ». Réaliser, c’est bien le mot, tant Pöstlberger n’était pas destiné à lever les bras en passant la ligne d’arrivée, du moins pour sa victoire. L’autrichien est aligné par l’équipe allemande sur ce 100e Giro et dispute alors son premier Grand Tour. Il sort d’une belle campagne de classiques, où il doit prêter main forte à son double champion du monde (à l’époque) de coéquipier Peter Sagan. Profitant de l’abandon du slovaque sur le GP E3 en mars, il termine cinquième de la course pavée. En Italie, Pöstlberger doit également être au service d’un autre. Il s’agit en l’occurrence de Sam Bennett, sprinteur irlandais en progression, lauréat d’une étape de Paris-Nice deux mois auparavant.

 

Le rôle du rouleur autrichien est clair pour ces trois semaines, « Je faisais partie du train pour Sam. Mon boulot était de l’emmener avec Rüdi (Rüdiger Selig, poisson-pilote de l’Irlandais) au dernier kilomètre dans une position parfaite ». Tâche peu aisée, car face aux armadas du sprint mondial, BORA-Hansgrohe fait alors encore figure d’équipe de second rang. En effet, si l’on compare au train de la Deceuninck-Quick Step sur le dernier Tour de France, on s’aperçoit que Pöstlberger devait se charger d’un boulot énorme, à savoir emmener le peloton de la banderole des deux derniers kilomètres jusqu’au panneau des 500 mètres environ, là où Selig lancerait le sprint. Un travail effectué sur les routes du Tour par deux voire trois hommes (Alaphilippe, Lampaert, Morkov) pour emmener Elia Viviani jouer la gagne à plus de 70 km/h. C’est donc en toute logique que le futur vainqueur de l’étape se place à l’avant de la course peu avant les deux derniers kilomètres. Mais tout ne va pas se passer comme prévu au briefing.

Giro, Tour d'Italie, Pöstlberger
Pöstlberger est le premier porteur du maillot rose du 100e Giro. Il le perd le lendemain suite à la victoire d'André Greipel, à cause des bonifications. Crédit : [GettyImages].

« Je voulais placer Sam (Bennett) dans une bonne position, mais j’ai entendu dans la radio « go, go » parce que j’avais fait un écart ». Effectivement, Pöstlberger roule à fond et ne se retourne pas. Derrière lui, la distance se creuse à cause du final tortueux et des virages à angle droit. « A partir de ce moment, j’ai juste tout donné ». Chez BORA, on passe à fond derrière l’autrichien solitaire. Sous la flamme rouge, ce dernier ne possède qu’une faible avance, à peine cent mètres. Les trains sont désorganisés derrière lui, et Pöstlberger semble aller aussi vite. Si bien qu’il se retourne dès le panneau des 150 derniers mètres et comprend qu’il va gagner. Cent mètres plus tard, il commence déjà à célébrer et à savourer son immense exploit. Ewan et Greipel ne peuvent rien faire et se contentent d’une place sur le podium. Ses équipiers arrivent rapidement pour le congratuler. Bennett (qui a finit 9e), Selig, ou encore Cesare Benedetti. L’italien était sorti en échappée pour aller chercher les points nécessaires pour revêtir le maillot bleu de meilleur grimpeur à Olbia.

 

On demande alors à Lukas s’il aurait pu être à la place de son équipier, la réponse est négative, « le plan a toujours été que Cesare essaye d’intégrer l’échappée du jour ». L’échappée, il la connaîtra pourtant sur la route de Terma Liugiane, lors de la 6e étape, où il aurait pu doubler la mise (seulement battu au sprint par Silvan Dillier et Jasper Stuyven). Mais ce n’était qu’après avoir totalement recouvré ses esprits. Il l’avoue, « j’ai dormi avec le maillot rose pour m’en rendre compte. Le lendemain, c’était incroyable.  Le fait de porter le premier maillot rose du 100e Giro, c’était presque mieux que la victoire, c’est difficile à décrire ». Il se souvient et retient surtout la liesse et le public transalpin, totalement unique, « tout le monde en Italie vous encourage. Je pense qu’après cette victoire, il y a eu plus de gens qui me connaissaient en Italie que chez moi en Autriche ».

Giro, Tour d'Italie, Pöstlberger
Quatrième de la semi-classique A travers la Flandre la saison dernière, Lukas Pöstlberger (à droite) a des ambitions pour les courses pavées dans le futur. Crédit : [PhotoNews].

Bien sûr, celui qui compte également deux titres de champion national en ligne ne classe absolument pas ce moment au même niveau, « c’est sûr qu’il s’agit de ma plus grande victoire en carrière jusqu’à présent ». A 28 ans, son palmarès est certes loin des Sagan, Ackermann (tout simplement parce qu’ils ne boxent pas dans la même catégorie) mais il nous fait au moins dire que Pöstlberger ne restera pas l’homme d’un jour, d’une course. L’an dernier, il avait notamment terminé 4e d’A travers la Flandre (remporté par Van der Poel). Les pavés restent un de ses principaux atouts, et « c’est certainement l’un de mes principaux objectifs. J’adore ces courses et j’étais déjà passé près de la victoire. Je pense que j’ai encore du potentiel à montrer, et si tout va bien, il y a une chance pour moi de gagner une de ces courses un jour ».      

Mathéo RONDEAU

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