[Interview] Frédéric Weis - Jeep Elite, Vince Carter, Équipe de France et poste de pivot

© Reuters

© Reuters

Frédéric Weis, né le 22 juin 1977 à Thionville (Moselle), est un ancien joueur français de basket-ball, un ancien pivot. De grands espoirs sont fondés en lui par les instances dirigeantes de par sa taille. Il est formé à l’INSEP (Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance) et rejoint le CSP Limoges, fourmilière de champions, en 1995. 5 ans plus tard, il réalise le triplé Championnat-Coupe-Coupe Korac. Pourtant, un an plus tôt, il avait été drafté par les New York Knicks en 15e position, mais n’avait jamais posé les pieds sur les parquets NBA. Il participe à plusieurs campagnes avec l’équipe de France, et sera médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, lieu d’un dunk resté mythique…

À la suite de problèmes physiques (genou), Frédéric Weis prend sa retraite en 2011, alors qu’il était revenu en 2010 pour aider son club de coeur, Limoges, après quelques années d’arrêt. 

Reconverti en gérant de commerces et brasseries après sa retraite sportive, il est aujourd’hui consultant basket pour RMC Sport.

Nous sommes allés à sa rencontre pour parler de Jeep Elite, du cas Vince Carter, de l’Équipe de France et du poste de pivot qui lui est cher.

 

À Travers le Sport : À notre connaissance, la Jeep Elite n’a toujours pas de diffuseur pour la saison prochaine…

Frédéric Weis : Effectivement, pour l’instant, il n’y a pas de diffuseurs, même si, à mon avis, la priorité est donnée à RMC qui était diffuseur jusqu’à maintenant. Mais y a des contacts et je pense que ce sera diffusé. J’ai lu une interview d’Alain Béral (ndlr : Président de la LNB) qui disait que ce qui les intéressait, c’était de pouvoir avoir une chaîne qui permettrait d’avoir en plus des matchs qui soient vus par un plus grand nombre.

ATLS : En diffusion gratuite ?

F.W : En diffusion gratuite, ouais. Mais après, quand on parle de RMC, il ne faut pas se tromper, il y a tout le groupe Altice qui est derrière. Il y a RMC Découverte, par exemple, donc, en soit, il y a des chaînes qui sont déjà disponibles gratuitement sur la TNT. Je pense que cette possibilité de RMC est intéressante pour la Ligue aussi. Ça permettrait de continuer à avoir la belle couverture qu’il y a eu jusqu’à maintenant sur RMC Sport et d’avoir quelques matchs en clair, ou beaucoup de matchs, à eux de déterminer ça.

ATLS : Pour l’instant il n’y a rien de signé ?

F.W : Non, il n’y a rien de signé, mais c’est logique avec le COVID. Moi, je ne suis pas très inquiet. Si on se parle dans 2 mois et que ce n’est toujours pas acté, je commencerai à dire, “c’est chaud”. Mais à l’instant T, ça ne m’inquiète pas outre mesure.

ATLS : Que penses-tu de la décision de la saison blanche en Jeep Elite ?

F.W : J’aurais pas aimé être à la place de la Ligue. Quoi qu’il arrive, il y aurait eu des mécontents du résultat, mais aussi qui aurait trouvé le moyen de dire qu’il fallait faire autrement. C’est très compliqué. Mais leur décision a le mérite d'exister, d’avoir été votée. Moi, je trouve que c’est intéressant de ce point de vue là. 

Après, je ne peux que regretter que l’ADA de Blois (ndlr : 1er de Pro B) ne soit pas en Jeep Élite l’année prochaine parce qu’ils ont fait une belle saison. Mais on est dans un principe démocratique, il y a eu des votes, c’est comme ça. La ligue n’a rien à se reprocher. Elle a demandé à ses clubs de prendre une décision, ils l’ont prise.

ATLS : Il n’y a pas de problème pour ta place de consultant chez RMC l’année prochaine ?

F.W : Honnêtement je n’en ai aucune idée. Ils sont encore en tractation. Ça a été dit par Alain Béral il y a très peu de temps. Donc je me dis que si c’était complétement mort ça se saurait. L’avantage de RMC c’est que c’est surtout le groupe Altice donc y a d’autres possibilités.

© RMC Sport

ATLS : Comment tu vis ce poste de consultant que tu as depuis quelques années sur RMC ?

F.W : J’ai toujours vécu dans le basket. Quand y a eu le COVID, je me suis dit “Putain, merde, j’ai peut-être fait une connerie de mettre tous mes œufs dans le même panier”. Parce que toutes mes activités sont liées au sport et quand tout s’arrête, c’est un peu plus compliqué.

Mais pour revenir au poste de consultant, je pense que c’est juste le plus beau métier du monde. Le basket berce ma vie depuis que j’ai 7 ans. J’en ai 43 bientôt. J’ai même pas envie de faire le calcul. Mais je me dit que je suis payé à commenter ce que j’aime le plus. J’ai la chance en Jeep Elite d’aller dans les clubs, d’aller dans les salles, de rencontrer les gens, de discuter avec eux. Merveilleux ! Vraiment, si je pouvais faire ça toute ma vie, je le ferais.

ATLS : Quand la fin de carrière sportive est arrivée, tu pensais déjà à être consultant ?

F.W : Je l’avais fait quand j’étais en Espagne. J’avais une émission hebdomadaire à la radio. J’étais pas consultant, mais on me posait plein de questions, je répondais. Être dans les médias, c’est quelque chose qui m’a toujours plu. J’ai même commenté un match de foot de l’Athletic Bilbao. J’y connais rien, mais avec l’image du mec qui n’y connaît rien, mais qui est sportif quand même, c’était sympa. Dès que j’ai arrêté le basket à Limoges, on m’a proposé de tenter le coup à France Bleu Limousin parce qu’ils savaient que j’avais eu cette expérience. Ça m’a plu, j’ai continué à aimer ça. J’ai fait beaucoup de trajets pour suivre l’équipe de Limoges à l’époque. J’ai toujours voulu faire ça. Après, tu ne sais pas si tu es capable de le faire, tu ne sais pas si tu vas être apprécié, tu ne sais pas si tu aura l’opportunité. Mais pour l’instant ça se passe pas mal.

ATLS : Est-ce qu’on peut parler du dunk de Vince Carter ?

F.W : Le monsieur est un animal. Il a fait un truc incroyable que je n’avais jamais vu dans ma vie. J’étais au mauvais endroit au mauvais moment, ça arrive à d’autres. Quand on me parle de ça et que c’est un Français qui me pose la question, je lui dis : “Est-ce que tu sais qu’on est 12, vivants, à avoir une médaille d’argent olympique ?”. Ça me pose des problèmes dans le sens où les gens se rappellent de ça et pas de tout ce que j’ai pu faire d’autre. On dit “Fred Weis, le seul truc qu’il ait fait, c’est ça”. J’ai fait deux, trois autres trucs.

ATLS : La retraite de Vince Carter a été officialisée par la reprise à 22 équipes de la NBA. Que penses tu de sa carrière et est-ce que pour toi, il est le meilleur dunker de l’histoire ?

F.W : Je pense qu’il est dans le Top 3 des meilleurs dunkers de l’histoire. Mais j’ai des images de Spud Webb à l’époque qui était très petit (ndlr : 1,70 m), qui sautait d’une façon incroyable aussi. Je pense que Carter est le meilleur dunker en match. Ça, c’est évident. Mais sur des concours, je ne sais pas. Il y a quand même des mecs qui ont fait des trucs incroyables. Je me rappelle du dunk de Dominique Wilkins. Il y a des dunks complètement fous qui ont été faits. Mais en match, oui, c’est le meilleur de l’histoire. Grâce à moi un peu.

© Maxppp

ATLS : Est-ce que tu as un regret de pas avoir pu jouer en NBA et excepté, le problème avec les Knicks, avais-tu eu des contacts avec d’autres franchises ?

F.W : J’ai eu aucun contact parce que les droits appartenaient aux Knicks donc je ne pouvais pas avoir de contacts avec qui que ce soit. Il aurait fallu que je sois transféré. J’ai été transféré alors que j’avais arrêté le basket depuis 3 ans. J’ai été transféré à Houston. Quand j’ai arrêté ma carrière, mes droits appartenaient à Houston. C’était assez drôle d’apprendre quand j’étais chez moi tranquillement que je venait d’être échangé à Houston alors que je ne jouais plus au basket depuis 3 ans. 

J’ai pas de regrets pour la NBA. J’ai eu la chance d’aller en Espagne. L’Espagne, c’est un très beau pays. Pour moi, c’est la deuxième meilleure compétition nationale au monde à l’époque. Maintenant, c’est plus compliqué parce qu’il y a la Turquie qui prend beaucoup de place, mais ça reste quand même un très bon niveau. Tout le monde est content de jouer en Liga ACB. Parfois, j’y pense un peu. Je me dis : “Peut-être qu’il aurait pu se passer quelque chose”, ou peut-être pas d’ailleurs. Mais voilà, c’est la vie !

ATLS : Qu’est-ce que ça fait de porter le maillot bleu, d’avoir 100 sélections et de participer à des compétitions comme les JO pour la France ?

F.W : Ça met beaucoup de pression en fait. Dans ton club, tu es payé, mais tu as moins de pression finalement. C’est un peu la routine. C’est pas péjoratif ce que je dis, mais quand t’es un joueur pro, un match c’est un match. Quand c’est l’Équipe de France, t’es pas payé, mais tu as envie de bien représenter ton pays. Ça m’a toujours mis beaucoup de pression. J’étais toujours beaucoup plus stressé en Équipe de France que dans mon club. Ça m’a permis, surtout, de rencontrer des joueurs extraordinaires. J’ai eu la chance de pouvoir jouer avec les meilleurs joueurs de l’histoire du basket français. J’ai joué avec Boris Diaw, Tony Parker, Antoine Rigaudeau, c’est déjà pas mal, je trouve.

ATLS : Qu’est-ce que ça fait de jouer avec ces joueurs-là dont Tony Parker pour lequel tu étais là lors de sa première sélection ?

F.W : Si je me trompe pas il était là à Belgrade en 2005 (ndlr : Eurobasket, la France termine 3e). Donc, j’ai une médaille en commun avec lui, de mémoire. Tony, c’est quelqu’un qui est très sympa, très cool. On n’imaginait pas la première fois qu’on l’a vu, je crois que c’était en 2001, qu’il ferait cette carrière-là. On savait qu’il avait un potentiel énorme et que ce serait un très bon joueur, mais de là à marquer l’histoire du basket français à ce point, c’était impossible de deviner. 

ATLS : Est-ce que dès ses débuts Tony Parker avait déjà la même aura qu’il a eu plus tard en Équipe de France ?

F.W : Ah non, en 2001, il n’avait pas d’aura du tout, on le chambrait, on le taquinait. Je me suis arrêté pendant une période et je suis revenu en 2005. J’ai pu voir l’évolution, la place qu’il avait pris dans cette équipe. Avant, en 2001, on avait Antoine Rigaudeau qui était loin devant et personne pouvait être à sa hauteur. En 2005, on avait un aigle à 2 têtes, même à 3 avec Boris qui avait vraiment la main mise sur l’Équipe de France. Ils étaient vraiment les leaders charismatiques de l’équipe. 

ATLS : Qu’est-ce que tu penses de l’évolution du poste de pivot aujourd’hui ?

F.W : Tu veux vraiment qu’un vieux pivot lourd tu dises ce qu’il pense du poste de pivot maintenant ? Tu penses qu'il va dire que c’est bien ? C’est impossible ! Ça ne correspond pas du tout à ce que j’aime dans le basket. Mon poste, il est en train de disparaître. Les vieux dinosaures comme moi ça n’existe plus, ceux qui sont près du cercle et qui jouent poste bas. C’est une évolution normale. Le jeu va plus vite. On a des mecs qui sont capable de courir d’un côté à l’autre aussi rapidement que des ailiers, qui peuvent shooter à 3 points, qui peuvent dribbler, qui peuvent faire tout ce qu’on ailier peut faire. Mais d’un côté ça m’attriste parce que j’aimais bien ce côté gros lourd, “Babar”.

ATLS : Par rapport à ça, tu préfères suivre un match d’il y a 20 ans ou d’aujourd’hui ?

F.W : J’étais un énorme fan de NBA il y a 20 ans. J’avais toutes les casquettes, posters, je regardais les matchs, je me levais à n’importe quelle heure. Je le fais beaucoup moins. Le basket a changé et correspond moins à ce que j’aime. À chaque fois, les gens se méprennent, ils disent que je n’aime pas la NBA. J’adorais la NBA, c’est juste que les pivots sont en train de mourir, donc je m’y retrouve un peu moins. Il reste encore l’Euroligue, même si en Euroligue ça commence à changer. Mais c’est plus difficile. Je regarde du basket, j’aime toujours le basket, mais la mort de mon poste comme il l’était avant, c’est un peu dur.

 

Paul LALEVEE et Baptiste LETANG

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article