Larry Bird, ou comment gagner sans être un grand athlète

Larry Legend, un surnom. Magic Johnson, une rivalité. Et cette rivalité, c’est aussi la rivalité Lakers-Celtics qui a rythmé les années 1980 en NBA.

Crédit photo : DR(crédit : DR

 

Larry Joe Bird naît le 7 décembre 1956 dans une petite ville de l’Indiana. Descendant d’irlandais, Larry est le 4e enfant d’une famille de 6. Au lycée, il joue avec l’équipe de Springs Valley. Ses bonnes performances (23 points de moyenne sur sa scolarité) lui permettent de recevoir une offre pour rejoindre l’université de l’Indiana. Mais pour Larry, c’est un trop gros changement. Sa petite ville de 2000 habitants lui manque, et il ne rejoindra le monde universitaire qu’en 1975, avec les Sycamores d’Indiana State. Pour sa première saison (1976-77), il termine avec 32,8 points et 13,3 rebonds. Et à l’été, il joue avec l’équipe universitaire des USA aux championnats du monde universitaires, championnat qu’il remportera. Sa dernière année à l’université (1978-79) sera le théâtre de son premier affrontement avec celui qui deviendra son rival, mais surtout un ami : Magic Johnson. Les Sycamores affrontent Michigan State, et les 2 joueurs sont chacun les meilleurs joueurs de leur équipe. C’est Michigan, et Magic, qui remportera le titre, mais c’est surtout le début de la rivalité Bird-Magic.

 

L'arrivée en NBA au sein des mythiques Celtics

Sélectionné en 6e position de la draft 1978 par les Celtics, Bird désire un gros contrat, 1 million de dollars. Red Auerbach, le mythique coach et désormais directeur général, ne veut pas payer autant, en justifiant qu’un ailier ne peut pas dominer un match, au contraire d’un pivot ou d’un meneur. On peut avoir été l’un des plus grands coachs de l’histoire et se tromper. Car cet argument, Larry va le briser en 2 dès la première saison. Son impact est immédiat, 21,3 points et 10,4 rebonds et le voilà meilleur marqueur et rebondeur de son équipe. Surtout, les Celtics font un + 32 au nombre de victoires, et les voilà passés de d’équipe qui joue le pick 1 à la draft et équipe prétendante au titre. Au cours de la première saison, il est All-Star, Rookie of the Year et fait partie du premier cinq NBA. Mais en Playoffs, ils ne passeront pas les Sixers, sans doute pas encore assez prêts pour ces joutes du mois de mai.

Coup de maître de Boston à la draft 1980, et tournant dans la carrière de Larry. Ils récupèrent Parish et McHale, forment le premier Big Three de l’histoire des Celtics, et dominent la saison. La saison 1981 marque alors le retour des Celtics au sommet de la NBA, et Bird est prêt pour les Playoffs. Il est décisif à presque tous les matchs, et réalise des performances incroyables. Mais comment fait ce blanc de 2,06 m, qui dunk à peine et qui n’a pas des capacités physiques folles ? Tout se passe dans le jeu, et le trashtalking, mais nous y reviendrons plus tard.

Les Sixers, en 1982, et les Bucks, en 1983, barreront la route des Celtics jusqu’aux finales. 1984 sera l’année d’un 2e titre NBA pour la franchise verte du Massassuchetts. Après avoir été auréolé d’un premier titre de MVP de la saison régulière, Larry affronte les Lakers, et Magic. 5 ans après leur affrontement en finale NCAA, les voilà en finales NBA. La série durera 7 matchs, et c’est bien les Celtics qui remporteront la finale, avec un Larry MVP des finales à 27,4 points et 14 rebonds. Lors de la saison suivante, Larry augmente ses statistiques, et il est MVP de nouveau. Mais en Playoffs, Magic et les siens l’emporteront, avec un Bird quelque peu blessé (problème au coude, doigt coincé dans la main droite et cheville endolorie).

 

Arrive la saison 1985-86. Cette année-là, la saison régulière est une merveille. L’équipe est d’ailleurs considérée comme l’une des meilleures de l’histoire : 67 victoires pour 15 défaites, et un bilan à domicile de 40 victoires pour une seule petite défaite. La tentative risquée de recruter Bill Walton fonctionne, et Bird est encore une fois MVP. 3 années consécutivement, seul Bill Russell et Wilt Chamberlain avait déjà réalisé telle performance.  Pendant les Playoffs cette année, Larry affrontera Jordan, et impressionné par la performance du joueur de Chicago, il dira : « Il est le joueur le plus incroyable et spectaculaire à l’heure actuelle. Je pense que c’était juste Dieu déguisé en Michael Jordan. » Et en finales NBA, les Celtics affrontent les Rockets d’Olajuwon et Sampson. Il faudra 6 matchs pour voir les coéquipiers de Larry remporter le 3e titre NBA, et Bird est pour la 2nde fois MVP des Finales avec des moyennes très proches d’un triple double sur la série : 24 points, 9,7 rebonds et 9,5 passes.

Partout aux Etats-Unis, Larry devient une idole, un modèle que l’on veut imiter. Il est plus facile d’imiter un joueur sans grande détente ni qualité physique, et Larry est ce joueur. Il savait gagner sans avoir de gros muscles pour s’imposer près du panier. Bird, vainqueur à 3 reprises du concours à 3 points du All-Star Game, pouvait clore n’importe quel match par un tir dans le périmètre, même avec une défense serrée.

En 1987, les Lakers se vengent de Boston, et Larry se retrouve dominé par Magic. En cette année 1987, Larry et Magic rayonnent sur la Ligue. Et l’année suivante, Bird n’ira pas en finales NBA, barrés par les Pistons d’un Thomas avide de victoires. Et puis arrive les blessures. Il ne joue que 6 petits matchs pour la saison 1988-89, et la saison suivante, il revient comme si de rien n’était. Mais encore une fois, ils n’iront pas en finales, éliminés par les Knicks d’un Ewing énormissime sur ce premier tour de Playoffs à l’est. Et ce sera une blessure au dos qui le privera de 22 matchs en 1990-91, blessure qui le force à rester allongé au bout du banc lorsqu’il n’est pas sur la parquet. Et les Pistons, tenants du titre, les élimineront au 2e tour des Playoffs, où Larry est diminué par une commotion cérébrale et ne finit qu’à 13,4 points, 6 rebonds et 4,4 passes. Et à l’été 1992, après avoir été éliminé en demi-finales de conférence, Bird rejoint la Dream Team, sans doute la meilleure équipe de basket à n’avoir jamais foulé un terrain. Tout le monde veut voir jouer Larry, mais à cause de ses douleurs dorsales, il ne joue quasiment pas. Il souffre énormément, et prenait « trois tablettes d’anti-inflammatoires par jour ».

Larry Bird prend sa retraite sportive en 1992 et devient coach des Pacers de l’Indiana. Ce club a l’avantage d’être proche de sa ville natale de French Lick, et donc proche de sa mère. Il reste 3 ans à la tête de cette équipe, et ils les emmènera en finales NBA en 2000, face aux Lakers de Shaq et Kobe. En 2003, il devient président des opérations basket des Pacers, et en 2011-2012, il est désigné NBA Executive of the Year. Il devient alors la première et la seule personne à avoir remporté les 3 titres majeurs dans une carrière : MVP, Coach of the Year (dès sa première année de coaching), et dirigeant de l’année.

 

Larry Bird et le trashtalking

Pour gagner, Bird savait aussi utiliser sa langue, le « trashtalking » comme disent les américains. Sa stratégie commençait tôt, dès l’arrivée au stade. Il allait voir son adversaire direct, et lui demandait le record de points de la salle, et si on lui demandait la raison de cette question, il lui répondait « C’est toi qui vas défendre sur moi, non ? » Avant le début du match, on était prévenu. Quand Larry parlait, Larry assumait. Comme un soir de 1986, où ses Celtics affrontaient Portland. Il décide de jouer de la main gauche, sa main faible, prétextant un adversaire trop faible. Il ne prendra pas tous ses tirs de la main gauche, mais inscrira tout de même 22 points de sa main faible. Au final, il termina la rencontre avec 47 points, 14 rebonds et 11 passes, un triple-double des familles pour ce bon vieux Larry. Au sortir du match, Bird avait souri et dit : on joue les Lakers dans 2 jours, et « c’est pour eux que je réserve ma main droite ». Allez, une petite dernière pour finir. En 1986, Larry domine toute la Ligue. Lors d’un match face aux Dallas Mavericks, Larry se dirige vers le banc lors d’un temps mort, mais pas le sein, celui des Mavs. Il leur explique en détail l’action qu’il va effectuer : Ainge va mettre la balle en jeu pour Johnson, qui va trouver Bird dans un corner où il effectuera un stem-back à 3 points. « C’est tout bon ? Vous avez compris ? Je vais me placer là, je ne vais pas bouger. Ils vont me passer la balle, et tout ce que vous entendrez c’est le ballon qui transperce le filet. » Et tout s’est passé, exactement comme il l’avait décrit. Un trashtalker parmi les trashtalkers, ce Larry.

 

12 fois All-Star, Larry Bird est l’un des meilleurs Celtics all-time, et l’un des meilleurs joueurs de tous les temps. Malgré des qualités physiques peu en adéquation avec la NBA, il arrivera à finir avec 10 rebonds par match de moyenne en carrière, et 24,3 points. Au fil des décennies, Larry aura tout gagné, et fut la preuve que le succès peut aussi se construire sans courir vite, sans sauter à l’horloge des 24, mais avec aussi une tête bien pleine et une langue acérée.

 

Paul LALEVEE

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