Le Top 14, héritage d'un rugby plus exigeant

Rugby, Top 14
Avec quatorze équipes depuis 2005, le championnat de France a atteint le paroxysme de l’exigence. Le droit à l'erreur est de plus en plus interdit, les clubs aux nouveaux projets gagnent du terrain. Crédit : [LNR].

Alors qu’il avait longtemps conservé de vastes différences avec les autres sports majeurs de balle, le rugby a du innover dans de nombreux critères, pour en quelque sorte s’inventer de nouveau. Le Tournoi des Cinq Nations, les championnats amateurs, les Coupes nationales, le repli sur soi des grands pays de l’Ovalie arrivait à bout dans les années 1980. Le rugby a progressivement ouvert ses portes à l’international, avec l’apparition de la Coupe du Monde, plus de cinquante ans après que le foot ait lancé le concept. Mais le retard sur le ballon rond n’était pas tout à fait comblé. La décennie précédant le nouveau millénaire contribua à en rattraper une bonne partie. L’entrée en jeu du professionnalisme permit une nouvelle prise en compte du rugby. Un univers qui, tout en s’ouvrant (arrivée de la Coupe d’Europe en 1995, 20 équipes au Mondial 1999, entrée de l’Italie dans le Tournoi en 2000), se perfectionnait et devenait plus exigeant. En France, le tournant dura une quinzaine d’années.

 

Jusqu’au passage au professionnalisme en 1996, le nombre de clubs participant au championnat de Première Division s’élevait à plusieurs dizaines, 40 le plus souvent. Pour créer une élite, ce total doit drastiquement réduire. Il passe rapidement à vingt. Lors de la saison 2001-2002, le championnat est composé de seize formations séparées en deux poules. En 2004, toutes les équipes du Top 16 peuvent enfin s’affronter au cours de la saison, il n’y a qu’une poule unique. Avant que la compétition ne se resserre une dernière fois l’année suivante, devenant le Top 14.

Mais les problèmes étaient loin d’être tous réglés… Le rugby français, pour n’importe quel évènement, a toujours choisi son vainqueur au terme d’une finale. Le Bouclier de Brennus continuerait donc d’être délivré à la suite d’une phase finale comptant quatre, puis six équipes à l’aube des années 2010. Les barrages, aujourd’hui parfois vivement remis en cause, puisqu’ils permettent au sixième de la saison régulière d’éliminer le troisième sur un match, paraissent pourtant être la meilleure solution au vu du système en vigueur auparavant. En effet, les quatre premières équipes du classement étaient qualifiées pour le dernier carré et s’affrontaient sur terrain neutre. Le premier pouvait donc se faire sortir directement.

 

Pas d’énorme différence certes, puisqu’il est toujours sur un fil au moment de débuter sa demi-finale de nos jours.

Il ne s’agit certainement pas de la première raison, mais le palmarès retient que le passage à six équipes qualifiées pour la phase finale a permis une plus grande diversité des lauréats du Brennus. L’hégémonie des Toulouse, Biarritz, Stade Français qui dura jusqu’en 2009 céda la place à un championnat où il fut quasi-impossible de conserver son titre. Perpignan, Clermont, Castres, Toulon, Paris, le Racing 92 n’y sont pas parvenus. Seul le Toulouse de Novès, couronné d’une quatrième étoile en 2010, y est arrivé, mais avec moins de prestance. Les deux places supplémentaires en barrages ont également donné une chance de figurer plus haut à des équipes au palmarès moindre et avec une histoire récente. C’est le cas de Montpellier, double finaliste, de La Rochelle, demi-finaliste il y a peu, ou de Lyon, qui s’accroche depuis deux saisons au Top 6.

 

Plutôt que de garder les résultats de début-mars tels quels et de conclure une saison tronquée, la Ligue a décidé que tous les compteurs seraient remis à zéro après l’été. Ce qui fera en réalité (re)commencer la saison 2019-2020 en 2020-2021. Pas encore donc de titre pour l’Union Bordeaux-Bègles, pourtant lancé comme un frelon depuis août dernier. Mais la perspective d’un champion vainqueur du Bouclier sans avoir participé à l’imprévisibilité des phases finales ne pouvait pas représenter une décision logique et équitable.

Il n’empêche que, le vendredi 26 juin prochain, le Stade de France devait être rempli pour accueillir la 15e finale de l’histoire du Top 14. Jusqu’à cette date, A Travers le Sport vous replonge dans les moments importants du championnat de France tel que nous le connaissons, avec des rétros sur les équipes marquantes, les finales, et les témoignages d’acteurs clés. A l’heure où le rugby est encore à l’arrêt, ou peine à se relancer, tentons de nous rappeler les grands instants qui nous font l’aimer.

Mathéo RONDEAU

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