[Rugby] : France-Galles, charres mania

Galles-France, Tournoi 2020, Rugby
Dernier Galles-France en date, février 2020. A la fin de la rencontre, la tension est palpable. Les Bleus l'ont emporté, les Gallois sont très frustrés. Crédit : [L'Equipe].

Longtemps, l’affiche France-Pays de Galles a été un grand classique du rugby. Cette rencontre représente d’ailleurs le second match le plus disputé par le XV de France (99) derrière le Crunch France-Angleterre (108). Affrontements entre Bleus et dragons Rouges ont laissé quelques traces dans l’Histoire. On retiendra entre autres que Galles en a remporté les quinze premiers, qu’il aura fallu attendre 1948 pour que les coqs aillent triompher à Cardiff, ou que ces mêmes tricolores décrochèrent brillamment leur sixième Grand Chelem en 1998 par une démonstration finale (51-0) contre les Gallois. Mais ce qui marque plus récemment, c’est la redondance de petites histoires qui tend à construire une nouvelle face de la rivalité franco-galloise. Restée depuis toujours dans l’ombre de la tumultueuse opposition anglo-française, elle s’est sérieusement accentuée de par quelques rebondissements survenus il y a peu. Nous revenons sur ces derniers en compagnie de Laurent Depret, suiveur des Bleus depuis plus de dix ans pour RMC, et dont vous pouvez retrouver l’interview spéciale finales de Top 14 ici.

 

Le récit se décompose en plusieurs étapes. C’est clair, il en faut un paquet pour atteindre outre-manche ce que Laurent Depret nomme « la haine contre les Français ». Il souligne : « franchement hein, le mot est fort mais je l’utilise à bon escient, on se fait insulter ». Le Millenium Stadium ne serait donc pas hostile qu’aux joueurs du XV de France. C’est d’ailleurs dans l’antre cardiffoise, réputée pour être la plus chaude du rugby mondial, que la tension monte d’un cran, un soir de février 2010. La France est lancée vers un potentiel Grand Chelem après deux victoires consécutives. « Ca joue pas mal, c’est la génération qui va aller à la Coupe du monde 2011 » affirme Depret. En effet, pleine de confiance, l’équipe de Marc Lièvremont démarre en trombe, avec une certaine réussite, et mène 20-0 à la pause. Elle a inscrit deux essais sur interception, et doit maintenant faire face à des Gallois affamés. « Les Gallois sont dans un temps fort, ils poussent et reviennent à six points à la suite d’un essai transformé ». Le coup de sifflet final approche, les Bleus mènent 26-20. Plutôt, Laurent Depret n’a pas manqué de nous rappeler, « Michalak rentre à la place de Trinh-Duc ».

 

Après l’essai de Shane Williams pour Galles, « il reste cinquante secondes au chronomètre, et Michalak attend ». Le commentateur décrit la scène : « Un peu comme s’il se mettait à refaire ses lacets. Mais il sait qu’il a une tolérance de 45 secondes pour taper le renvoi. Et il attend. Le public se met à hurler. Il tape dans le ballon, il reste trois secondes ». Complètement cuits, comme le rappelle Laurent Depret, « on était vraiment dans le rouge. Les cinq dernières minutes, à chaque fois que les Gallois avaient le ballon, ils marquaient », les Bleus doivent leur salut à un ultime en-avant adverse. C’est la fin du match au Millenium, « dans une bronca assourdissante ».

Les chemins français et gallois se croisent à nouveau seize mois plus tard, de manière inhabituelle, en Nouvelle-Zélande. Pour la première fois, les deux nations s’affrontent lors de la Coupe du monde. A l’Eden Park, une place en finale est en jeu. C’est le deuxième épisode de la frustration anglo-saxonne. Durant la demie, le troisième ligne Sam Warburton est rapidement expulsé pour un plaquage cathédrale sur Vincent Clerc. Les hommes de Warren Gatland échouent pour un minuscule point (8-9). Les Bleus se qualifient par la petite porte, les Gallois sont emplis de rancœur.

France-Galles 2011, Coupe du monde de rugby 2011
Une des étapes de la montée de tension entre Gallois et Français, l'expulsion de Sam Warburton en demi-finale du Mondial 2011. Ce carton rouge, qui a compromis les espoirs du Poireau, est resté longtemps en travers de la gorge. Crédit : [Reuters].

D’autant que, tour à tour, les buteurs James Hook, Stephen Jones et Leigh Halfpenny manquèrent de réussite dans leurs tentatives. A cinq minutes du terme, le dernier des trois rate sa pénalité pour « 45 centimètres ». Depret raconte : « Il y a un doctorant en physique qui explique que s’il avait eu cinq minutes d’effort en moins, il passait la pénalité, il aurait eu la puissance ». Dans la foulée, les Gallois enchaînent cinq succès de rang contre le XV de France, comme pour noyer leur peine. En 2017, le XV du Poireau se déplace au Stade de France pour sa dernière rencontre du Tournoi. Les deux équipes n’ont plus rien à jouer, si ce n’est la deuxième place. La partie est rude, serrée, mais les Dragons ont encore une fois le score en main à la 80e minute (18-13). Les tricolores font l’assaut de la ligne d’en-but adverse, s’y heurte pendant plus d’un quart d’heure. A quelques secondes de la 100e minute, Damien Chouly inscrit l’essai de la libération. Lopez valide le succès en convertissant la transformation (20-18). Mais la pilule ne passe pas dans le camp adverse.

 

« Cette victoire est pour eux une victoire de tricheurs » affirme Laurent Depret. En cause un remplacement dans les dernières minutes, la sortie de Uini Atonio pour Rabah Slimani. Or Atonio était lui même remplaçant sur la feuille de match, ce qui signifie qu’il ne peut regagner le banc que sur blessure ou commotion. On accuse donc le staff tricolore d’avoir fait croire à un protocole commotion pour faire entrer Slimani, meilleur en mêlée fermée. Pour Laurent Depret, « ce match va alimenter un peu plus la haine des Gallois contre les Français, une chose que l’on ne perçoit pas quand on reste en France, mais je peux vous assurer qu’ils nous haïssent. C’était plus que contre l’Irlande, plus que contre l’Ecosse, à égalité avec l’Angleterre. Pour eux, ça a été une revanche éclatante que de nous taper en quarts de finale au Japon ». Le journaliste parle bien sûr du dernier épisode de la série, au scénario dingue.

Les deux ennemis se retrouvent pour la deuxième fois sur la scène mondiale, en quarts cette fois-ci. Alors que les Bleus maitrisent leur sujet et semblent filer vers le dernier carré, Sébastien Vahaamahina assène un violent coup de coude à Aaron Wainwright. Le clermontois laisse les siens à quatorze pour la dernière demi-heure.

Malgré une formidable résistance, les tricolores s’écroulent peu avant la fin et encaissent un essai – contestable si l’on est intransigeant – qui envoie les protégés de Gatland en demie. Avec cette qualification, « ils vont fermer le livre d’histoires nauséabondes » assure Depret. Pour lui, « ça va un petit peu mieux depuis. Je sais que mes pour honorables correspondants de BBC Wales, qui me sollicitent de temps en temps, c’est bon, ils ne tirent plus sur le Top 14 et le rugby de tricheurs ». Un petit peu mieux, certes. Mais il n’empêche qu’il reste toujours très douloureux de perdre un Galles-France ces derniers temps. En atteste le « chaud » de clôture offert aux Bleus sur le terrain et dans les tribunes du Millenium au terme de leur succès à l’extérieur, en février dernier. Une chose est sûre, on n’a pas fini d’entendre parler de France-Galles.

Mathéo RONDEAU

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