[Rugby] : Le Castres Olympique, la belle histoire

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Vingt ans après son dernier titre, acquis dans la douleur face à Grenoble, le Castres Olympique fait tomber Toulon en finale et célèbre le retour du Brennus dans le Tarn. Crédit : [AFP].

Nous sommes le 1er juin 2013. Le Castres Olympique, quatrième de la saison régulière, tombeur de Montpellier et de Clermont en phase finale, s’apprête à affronter le RC Toulon au Stade de France. En jeu, le Bouclier de Brennus. Il s’agit de la première participation à une finale pour le club Tarnais depuis une défaite contre l’invincible Stade Toulousain en 1995. Le Brennus, Castres l’a décroché à trois reprises, en 1949, 1950 et 1993. Si les deux premiers titres ont été, comme pour toute équipe, un peu oubliés, le troisième acquis contre Grenoble au Parc des Princes fut marquant. Il s’agit en effet d’un épisode néfaste de l’histoire du championnat de France, affecté par une erreur d’arbitrage manifeste en faveur du CO. La pilule a du mal à passer côté Grenoblois, d’autant que l’arbitre reconnaît lui-même la faute. Par un signe du destin peut-être, Castres est donc de retour en terre parisienne vingt-ans après son ultime titre. Mais cette fois-ci, les hommes des Laurent Labit et Travers comptent bien l’emporter à la régulière.

 

Après trois qualifications consécutives pour les phases finales, non fructueuses, la quatrième tentative est la bonne. Le CO est porté par une charnière Rory Kockott-Rémi Talès dans un très grand soir, à l’image de l’essai de filou du demi de mêlée qui se fait la valise en sortie de ruck, ou des deux drops plantés par l’ouvreur tout frais retraité, qui contribuèrent à valider le succès Tarnais. Ce soir-là, les coéquipiers du regretté Ibrahim Diarra sont plus costauds que les Varois Bakkies Botha, Fred Michalak ou Jonny Wilkinson. Depuis les tribunes, Marc-Antoine Rallier, talonneur n°3 de Castres à l’époque, vit à fond la rencontre, et la victoire. Il aura sa chance quelques années plus tard, lors d’une nouvelle finale dont on reparlera. Deux Brennus décrochés de manières opposées pour lui : «La sensation est différente bien sûr, car j’en fais une en costard et une sur le terrain. Mais le bonheur est tout aussi intense et partagé avec tout le monde ».

En 2014, le RC Toulon prend sa revanche et ramène le Brennus sur la Rade grâce à la patte de son ouvreur Jonny Wilkinson, malgré un brillant essai de Max Evans, l’ailier écossais du Castres Olympique (score final 18-10). Pour Rallier, «Oui, la déception est grande. Mais je pense que le meilleur a gagné ce soir-là ».

 

Après trois saisons disons « classiques », le CO fait son retour à Saint-Denis pour la finale du Top 14 édition 2017-2018. Une place qui n’a tenu qu’à un fil, et que les Castrais doivent à un printemps exceptionnel. Sur le podium après la phase aller, les hommes en bleu et blanc désormais coachés par Christophe Urios dégringolent jusqu’au huitième rang à trois journées de la fin de la saison régulière. Or le 24e week-end de championnat va s’avérer être un déclic. « La victoire d’Agen à Pau (alors cinquième) la veille de notre match du côté de La Rochelle (sixième) nous fait espérer. Si on gagne le lendemain, on peut y croire » confie Marc-Antoine Rallier. Et Castres s’imposa à Deflandre, puis valida sa place pour les barrages. Pour aller chercher le dernier carré, il faut cependant faire tomber l’ennemi régional, le Stade Toulousain. A Ernest-Wallon, ce sont les visiteurs qui récitent leur rugby. Mais l’expulsion du talonneur Jody Jenneker obscurcit la route vers Lyon et les demies. Le rouge est vite digéré, le score ne bouge plus. Remplaçant cet après-midi, Rallier entre dans des conditions particulières. Il sera d’ailleurs titulaire à coup sûr au tour suivant, du fait de la suspension de Jenneker, « Mais je ne pense pas à la suite, vraiment pas. Je pense surtout à faire une bonne rentrée et à gagner ».

 

Suivront deux nouveaux exploits de Marc-Antoine Rallier et ses équipiers, d’abord contre le Racing 92 (deuxième du classement) et enfin contre Montpellier (premier), en finale. A chaque fois, le CO maîtrise son sujet, mène très rapidement au tableau d’affichage. « C’est la magie des phases finales, avec en plus un public énorme qui nous pousse » affirme le talonneur, qui avoue également qu’ « en entrant dans le Stade de France (en finale), c’est un rêve de gamin qui se réalise ». On s’attend à ce que Castres cadenasse la rencontre face à la grosse attaque du MHR qui a passé quarante unités au LOU en demie, mais ce sont les hommes d’Urios qui déploient et mettent la pression. D’ailleurs, Marc-Antoine Rallier ne croit pas à ces finales où l’enjeu prend le pas sur le jeu, « Ces matches se jouent sur les détails. La qualité stratégique est primordiale ». Peu avant la pause, Julien Dumora inscrit un essai mérité. Alors que Montpellier revient en cours de seconde période, Steve Mafi scelle le sort de cette finale et offre un cinquième Brennus au CO (score final 29-13).

Top 14, Rugby, Castres Olympique, Castres-Montpellier 2018
Cinq ans après, le CO récidive et remporte à nouveau le Top 14, contre la grosse écurie de la saison 2017-2018, Montpellier. C'est l'explosion de joie pour Marc-Antoine Rallier (deuxième en haut à gauche) et ses équipiers. Crédit : [AFP].

Il n’y a pas photo. C’est un triomphe pour cette formation passée quelques semaines plus tôt à deux doigts, plutôt à deux points, de la fin de saison précoce. Un triomphe pour un groupe bien différent de ceux qui brillèrent au plus haut en Top 14, sans véritable « star », et à forte dominante française. Sur la feuille de match de la finale, on comptait quatorze tricolores à Castres contre neuf à Montpellier. On demande alors à Marc-Antoine Rallier si le CO, c’est une histoire d’hommes face aux grandes écuries : « Chaque équipe essaie d’écrire sa propre histoire. On essaie d’avoir notre identité à Castres, comme toutes les autres équipes ». Le talonneur, qui déclare avoir apprécié d’être coaché par d’anciens numéros 2 (Travers et Urios), qui « connaissent le poste à la perfection et permettent d’avoir un peu plus d’échange sur des aspects précis », fait partie de cet effectif marquant de l’histoire du Top 14, une des quatre équipes à avoir remporté au moins deux Boucliers de Brennus.

Mathéo RONDEAU

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