[Rugby] : Le Stade Français, contre vents et marées

Rugby, Top 14, Stade Français/Clermont 2015, Stade Français
Pierre Rabadan et Sergio Parisse soulèvent le bouclier de Brennus en 2015, le quatorzième de l'histoire du Stade Français, dernier en date. Crédit : [L'Equipe].

Difficile pour quelconque club de rugby français de se targuer d’avoir une plus grande histoire que le Stade Français Paris. Seconde équipe à avoir remporté le championnat de France en 1893, elle l’a surtout gagné à huit reprises au total jusqu’en 1908. Avant de vivre une traversée du désert longue de près d’un siècle marquée par une absence de résultats – une seule finale en 1927 – et des relégations en deuxième et troisième divisions. Un club mythique des débuts de l’Ovalie dans l’Hexagone qui, au début des années 1990, n’est quasiment plus rien. Si la page blanche de l’histoire du Stade Français doit rester dans les mémoires, celle qui suit incite sérieusement à l’oublier. En 1992, le vice-président de NRJ Max Guazzini, fan de rugby, reprend par étape le club. Il décide trois ans plus tard de fusionner avec le CASG, l’équipe est alors en deuxième division. Mais, avec l’engagement du déjà reconnu Bernard Laporte comme entraîneur, le Stade va connaître un retour fulgurant parmi l’élite.

 

Pour sa première saison en groupe A1 (1998), le club de la capitale terminera premier de poule, éliminera Bègles et Toulouse en phase finale avant de faire tomber Perpignan au Stade de France. Quatre-vingt-dix ans après son dernier titre, le Stade Français est à nouveau sur le toit de la France du rugby. Les performances s’enchaînent, les Brennus pleuvent (2000, 2003, 2004), l’équipe est même proche de décrocher la Coupe d’Europe, mais tombe à deux reprises en finale. Au moment de basculer en Top 14, elle vient de perdre deux finales en prolongations (contre Biarritz en championnat, et Toulouse en HCup). Lors de l’exercice 2005-2006, elle parvient néanmoins à jouer les premiers rôles et termine deuxième de la saison régulière, à un point du BO. C’est le Stade Toulousain qui lui barre la route en demies. Avec un effectif nouvelle génération, Paris peut de nouveau viser les sommets. L’hégémonie des Juillet, Galthié, Dominguez ou autre Mytton laisse place à un quinze tout aussi talentueux.

 

Porté par sa charnière latine Pichot-Hernandez, sa fougueuse 3e ligne Rabadan-Bergamasco-Martin et ses fusées Dominici-Arias, le Stade Français est de retour en finale en 2007. Contre Clermont, les hommes de Fabien Galthié désormais entraîneur sont dominés. A l’heure de jeu, ils sont menés 15-6 par les Auvergnats qui semblent bien partis pour décrocher leur tout premier Brennus. Mais le club de la capitale renverse totalement la vapeur et inscrit deux essais par Pichot et le chevelu Radike Samo. Deux minutes avant le coup de sifflet final, le Stade Français a pour la première fois de la partie le score en main. Il remporte son treizième championnat de France. Le seul pour bon nombre de joueurs. Car hormis les deux saisons suivantes au terme desquelles les maillots roses atteignent le dernier carré – sans l’emporter – Jean-Bouin ne connaît plus la même réussite, le club devant se contenter entre 2009 et 2014 d’une septième place comme meilleur classement. Les entraîneurs se succèdent, McKenzie, Delmas, Cheika, Pool-Jones, mais ne durent pas.

Top 14, Rugby, Stade Français/Clermont 2007, finale
Auteurs d'un énorme retour en seconde mi-temps contre Clermont, Christophe Dominici et les siens remportent un nouveau bouclier de Brennus en 2007. Crédit : [AFP].

C’est avec l’arrivée de l’ancien du club Gonzalo Quesada en 2013 que le Stade Français croit en un renouveau. Septième pour sa première saison, il l’emmène lors de la suivante, dans son nouveau jardin – Jean-Bouin est rénové – vers le Top 6. Le 29 mai 2015, il renoue avec les phases finales : Paris accueille son rival historique, le Racing-Métro 92 en barrages. Comme dans un rêve, les Stadistes étrillent les Ciel et Blanc (38-15) et font de même à Bordeaux avec le RCT champion en titre (33-16). Ce sont les retrouvailles avec le Stade de France, huit ans après la dernière victoire contre…l’ASM, qui s’avance, revanchard. Côté parisien, les rescapés de 2007 se nomment Julien Arias, Sergio Parisse, Antoine Burban ou Jérôme Fillol. Ils ont su tenir la barre contre les différents intempéries qu’a connu le Stade Français entre temps, ils comptent bien naviguer droit vers le Brennus. La partie est diablement tendue, et se joue sur de minuscules détails, la discipline primordialement.

 

Les Auvergnats ont tendance à aller un tout petit peu plus à la faute que leurs adversaires. Et sur une finale, tout compte. Morne Steyn sort un sans-faute et convertit les quatre petites pénalités que son équipe a obtenu dans le camp clermontois. Cela suffit pour offrir le quatorzième – et dernier en date – championnat de France au Stade Français (12-6). Une marque de plus qui pour le club qui était déjà le deuxième plus titré dans l’Hexagone. Un champion bien mal en point depuis ce dernier bouclier, douzième du Top 14 en 2016 puis 2018, sauvé de la relégation pour trois points. Un exercice 2017-2018 marqué au fer rouge par le précédent, au cours duquel de nombreux problèmes financiers furent dévoilés, des projets proposés, dont celui de fusion avec le Racing 92. Une option avortée par les présidents des deux partis, motivée par les refus des joueurs et supporters. Le Stade Français est finalement cédé à Hans-Peter Wild, entrepreneur suisse.

 

Il met en place un projet à première vue alléchant, mis en route en 2018-2019 avec une huitième place pas tout à fait satisfaisante. Mais il se casse rapidement la figure, les joueurs et une partie du staff n’adhérant pas aux envies du coach sudaf Heyneke Meyer. Une image supplémentaire de cette insupportable instabilité, le départ de l’emblématique capitaine Sergio Parisse, après quatorze saisons à Paris. Meyer sera remercié fin-2019 après un début de saison catastrophique des siens. Pris sous l’aile des « ex » Laurent Sempéré et Julien Arias, l’effectif se remobilise mais occupe toujours la quatorzième place lorsque la saison est interrompue par le coronavirus. Les instances déclareront les deux premières divisions figées pour l’année prochaine, une aubaine pour le Stade Français.

Il y a quelques jours, Gonzalo Quesada a annoncé son retour en France. Le dernier héros du club reviendra prochainement, les deux actuels entraîneurs dans son staff. Un potentiel nouveau départ ?

Mathéo RONDEAU

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