[Rugby] : "Un moment gravé dans la mémoire" (Interview Julien Candelon)

Rugby, Top 14, USAP 2009, Perpignan
Devant des milliers de personnes massées au pied du Castillet, le bouclier de Brennus est ramené par les Perpignanais, tombeurs en 2009 de l'ASM en finale du Top 14. Crédit : [L'Indépendant].

Ailier reconnu de la génération dorée de l'USAP, championne de France 2009, joueur emblématique de l'équipe de France à VII pendant de nombreuses années et désormais consultant pour Bein Sports, Julien Candelon a vécu une carrière pleine. Celui qui compte également deux sélections en bleu (à XV) et qui occupe aujourd'hui le poste de "Team Manager" de France VII a eu la gentillesse de répondre à nos questions, de revenir sur sa jeunesse, ses succès catalans, et bien d'autres sujets. 

 

« - Certainement la question la plus dure, avec le recul, êtes-vous fier de votre carrière ?

 

Je ne sais pas si c’est de la fierté, je pense surtout que j’ai eu de la chance d’avoir vécu 29 ans de rugby à différents étages, de la plus petite marche à la plus haute. Je suis passionné depuis tout gamin, et j’ai l’impression d’avoir été invité dans des décors de rêve auprès de légendes et que j’ai donc été un privilégié. 

 

- Vous avez évolué à XV dans trois des clubs les plus mythiques du rugby français (Toulouse, RCN et USAP). Est-on conscient de la dimension historique lorsque l’on est joueur ? Y a-t-il une pression supplémentaire ?

 

Oui, en sachant que j’ai aussi eu un passage éclair en cadet au SU Agen qui était, quand j’étais gamin, mon club phare. Évidement que le Stade Toulousain, Narbonne et Perpignan, sont des monuments du rugby qui ont vu passer de très nombreux immenses joueurs de toutes générations, donc porter des maillots chargés d’histoire a toujours une saveur particulière. Et cela rend chaque moment inoubliable. 

 

Rugby, Top 14, Julien Candelon, USAP

- Avec 58 essais en championnat, vous êtes le 11e meilleur marqueur de l’histoire. Cela vous fait-il quelque chose ?

 

Disons que ce n’est pas un classement auquel je prête attention particulièrement. D’ailleurs je ne pensais pas être encore visible dans ce classement. Je retiens surtout que Laurent Arbo et Vincent Clerc en ont marqué presque deux fois plus et que des joueurs comme Julien Arias, Timoci Nagusa ou Aurélien Rougerie ont tâtonné la centaine. Je regarde plus la performance des autres et quand j’observe la mienne, je me dis qu’ils ont duré dans la performance. 

 

- Vous avez été double champion de France chez les jeunes à Toulouse. Pourquoi n’y êtes-vous pas resté ?

 

Très bonne question… Tout simplement parce qu’à l’issue de ma dernière année Espoir, à mon poste en Équipe 1ère il y a avait quelques pointures : Émile Ntamack, Michel Marfaing, Xavier Garbajosa, Cédric Heymans, Vincent Clerc, Nicolas Jeanjean. Donc difficile de prétendre à quelques secondes de temps de jeu quand on sait que le club jouait le titre sur les deux tableaux!

 

- L’USAP est champion de France en 2009 contre l’ASM. Quels souvenirs en gardez-vous ?

 

Inoubliable. Réaliser un rêve et celui de ses supporters c’est un moment de partage inoubliable. Plus de 10 ans après on croise encore des gens qui disent “Merci” ! Cela reste incroyable, ce n’est que du sport, mais son pouvoir est insoupçonné sur la vie des gens, sur la notre.

 

- L’année suivante, vous n’êtes pas sur la pelouse mais Clermont prend sa revanche sur l’USAP. Comment vivez-vous la rencontre ?

 

Oui j’étais en tribune, je revenais d’une fracture du bras. Six semaines plus tôt, au Stade Vélodrome contre Toulon, pareil un rêve éveillé. J’avais à l’aile en face de moi Mr Tana Umaga, au centre Sony Bill Williams, à l’ouverture Jonny Wilkinson, un rêve éveillé et puis tout à coup le platane ! Mafileo Kefu me désosse. Celui là je ne l’avais pas vu venir ... résultat les phases finales en tribune à supporter les copains. Malheureusement c’est vrai nous n’avons pas assuré le doublé, mais deux années d’affilée en finale c’était une fierté, et cela reste une belle performance pour le groupe et le club. En tribune il est vrai que l’on ressent une grosse sensation d’impuissance et ce fut très frustrant. 

 

- Entrer dans un Stade de France plein, ramener le Brennus à Perpignan, ça fait quelles sensations ?

 

Comme dit plus haut, c’est incroyable. Sur le moment on est content, on se saute dessus mais on ne réalise pas vraiment l’onde de choc. Le bruit dans le stade, les supporters heureux on connaît un peu, mais le peuple catalan en masse au pied du Castillet ça je crois que cela restera le plus grand moment d’émotion. Parce que comme je disais à la fin du match, tu fais le tour du stade, tu embrasses la famille, mais il y a cette barrière et ta tenue qui fait que tu es encore en costume de joueur et donc dans l’adrénaline du match. Tu es heureux mais sans savoir que le lendemain ton bonheur et ta fierté seront décuplés par l’attente de tout un peuple qui a patienté pour partager. Ce moment n’a pas de prix et est gravé dans la mémoire.

 

Rugby, HCup, Perpignan-Toulon 2011, Montjuic
Crédit : [IconSport].

- Quels souvenirs conservez-vous de l’épopée européenne de Perpignan en 2010-2011 (défaite en demie contre Northampton) ?

 

Montjuïc! Quel fabuleux moment. Vous savez dans la vie d’un joueur de rugby, et cela peu importe le niveau dans lequel on joue, le moment que l’on aime c’est ce printemps, les phases finales, le monde qui se déplace, qui pique-nique, je l’ai connu pour les tournois d’écoles de rugby jusqu’en pro. L’émotion est là même, plus tu es haut plus il y a de monde mais c’est proportionnel. Et le 1/4 de Finale à Barcelone, forte symbolique, fut grandiose.

La demie je n’en parle pas parce que j’ai trahi l’équipe. Par un manque de jugement, j’ai laissé mon équipe à 14 et je ne l’ai pas complètement digéré aujourd’hui (l'USAP est mené 17-0 par Northampton, et il écope d'un carton jaune pour plaquage en l'air). 

 

- Quel est le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ? Et le plus redoutable adversaire ?

 

Je ne pourrai pas donner un nom. J’ai eu la chance de jouer avec d’immenses joueurs, des registres différents, des internationaux et d’autres qui auraient mérité de l’être. Donc impossible d’en sortir un. Je suis admiratif de tous les mecs avec qui j’ai joué, soit parce que je leur dois mes fameux 58 essais, soit parce qu’ils ont supporté le fait de vivre avec moi au quotidien ! 

 

- International à VII jusqu’en 2017, que gardez-vous de ces saisons où la discipline a été beaucoup plus médiatisée ?

 

Beaucoup de choses, des rencontres, une remise en question, une Coupe du Monde, des Jeux Olympiques et une sortie au moment où je l’avais choisi. Ce sport est dingue, j’y ai connu les pires souffrances physiques. Mais quel plaisir sur le terrain. 

 

- L’élimination dans les derniers instants en ¼ des Jeux Olympiques, combien de temps vous a-t-il fallu pour la digérer ?

 

Je ne sais, je suis encore en période de digestion. Il y a des moments comme ça dans une vie, sur lesquels on a du mal à passer. Ce quart en fait partie. Peut être un jour l’âge me fera oublier ... 

 

- Y a-t-il des coéquipiers, des instants (tournois, …) que vous retenez tout particulièrement de votre expérience du VII ?

 

Ce que je retiens, c’est que si les chiffres avaient été inversés et que j’y étais arrivé à 23 ans au lieu de 32, j’aurai eu un autre bagage dans ma carrière à XV. On ne soupçonne pas assez les bienfaits du 7 dans le développement technique, physique et mental du joueur de rugby. Je pense que tout quinziste qui passe par le 7 vous dira la même chose. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que le Top14 et la ProD2 font de plus en plus leur marché dans le VII. 
Mais sinon des joueurs ou des instants en particulier non, c’est difficile. Ce qui est sûr, c’est que quand on regarde la liste des 300 joueurs qui ont porté le maillot de l’Equipe de France à VII en Coupe du Monde ou en World Sevens Séries, il y a de très beaux noms et de formidables joueurs.

 

- Vous avez connu le début du Top 14 en 2005. 15 ans après, quelles vous semblent-être les principales différences dans le jeu ?

 

Le rugby évolue, il change, il s’adapte. Je ne dirai pas que c’était mieux avant, je dirai qu’il y a plus de monde qui s’invite à la table du Brennus et que ce ne sont pas toujours les mêmes convives. Je trouve le combat plus rude, mais en même temps quand on est en tribune cela paraît toujours plus âpre que quand on est sur le terrain. 

 

- Vous qui commentez la Champions Cup (sur BeinSport), que manque-t-il selon vous aux clubs français pour remporter une compétition qui leur échappe depuis 2015 ?


Déjà la volonté de gagner cette compétition. Peu de clubs ont une ambition affichée d’avoir un titre Européen. Quand on voit les mentalités des anglo-saxons c’est parfois en décalage.
Les anglo-saxons, vous les jouez en juillet à Saint-Affrique, ils mettront la même intensité qu’à Twickenham en octobre. Ce sont des compétiteurs tout terrain. Nous,  il faut nous agacer un peu. Et avoir l’effectif pour arriver sur le format Européen, en pic de forme, car le format ne laisse que peu de place à l’accident de parcours. 

Après je m’interroge depuis de nombreuses années sur notre changement de règles des bonus offensifs et défensifs. Les anglo-saxons jouent leurs championnats domestiques, européens et internationaux sur le même règlement et donc la même philosophie de jeu. Nous, on doit en permanence s’adapter. Pourquoi n’harmonise-t-on pas les règles ? Franchement je trouve qu’on se complique, et qu’on gagnerait à jouer pour marquer plutôt que de batailler fort, toujours pour ne pas perdre le gain du bonus.

C’est mon avis, il vaut ce qu’il vaut et je sais que peu le partagent, mais je sais que sur le terrain, le bonus à quatre essais nous donnait une autre philosophie de jeu. Mais ça c’était avant..."

 

Mathéo RONDEAU

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