[Rugby] : Les finales du Top 14 (re)vues par Laurent Depret

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La finale du championnat en 2009, entre l'USAP et l'ASM, reste pour Laurent Depret la plus belle soirée en terme d'ambiance, dans l'histoire du Top 14. Crédit : [L'Equipe].
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Crédit : [Twitter].

La saison 2019-2020 aurait du se conclure ce soir, devant 80000 spectateurs, au Stade de France. Pour finir en beauté, quoi de mieux que de revenir sur les quatorze finales de l’histoire du Top 14 ? Et ce avec un personnage qui les a toutes contées (sauf 2007) à des milliers de personnes sur Sudradio puis RMC, en plus de nombreuses rencontres de Coupe d’Europe, du XV de France, ou de Coupe du monde de rugby. Laurent Depret, également au micro de la Premiership à la télévision sur RMCSport 2, nous a très gentiment accordé une interview la semaine dernière, se replongeant dans ses souvenirs de soirées dyonisiennes.   

 

« Quelle est la plus belle finale de Top 14 à laquelle vous avez assisté ?

 

C’est compliqué parce que qui dit finale dit qualité de jeu mais dit gros enjeu et bien souvent plus d’intensité et du suspense que de qualité. Mais je dirai quand même la démonstration biarrote en deuxième période en 2006 (contre Toulouse, 40-13). Toulouse s’est un peu renié, a peut-être abusé du jeu au pied d’abord. C’est taille à taille à la mi-temps, et après il y a eu des pépites, que ce soit Nicolas Brusque ou Dimitri Yachvili. Ca reste très pétillant comme deuxième période, quelle maîtrise ! C’est d’ailleurs la seule finale où une équipe a marqué 40 points. Damien Traille, Imanol Harinordoquy au sommet de leur art, c’était exceptionnel.

 

La plus belle ambiance lors d’une finale de Top 14 ?

 

Perpignan-Clermont 2009. Des Catalans qui mettent le feu, les Clermontois qui y croient, les couleurs sont extraordinaires. On a un bon temps. Ça commence avec la cargolade (plat catalan) au Champ de Mars et ça ne va pas s’arrêter. Et la dignité des supporters de Clermont après, mais aussi celle des Perpignanais qui n’ont pas été chambreurs.

 

La finale de Top 14 la plus décevante selon vous ?

 

Difficile…Stade Français-Clermont 2015, une finale sans essai. Une finale verrouillée, mais qui vaut par d’autres qualités, une intensité, un engagement, la 3e ligne parisienne au sommet, qui ont fait pencher la partie du côté parisien. 12-6, un score chiche, très peu de jeu, mais éminemment stratégique, une partie d’échecs avec des pions très musclés. La saison 2014-2015 aurait mérité une autre finale parce qu’il y avait eu beaucoup de jeu envoyé pendant les phases finales et avant.

Gonzalo Quesada avait identifié que l’ASM avait les moyens pour le contrer. Il s’est rendu compte qu’il avait un sacré pack, Morne Steyn, monsieur chandelles, le mur Jonathan Danty, …

 

Le plus bel essai lors d’une finale de Top 14 ?

 

Ça c’est compliqué. Il y a match avec Joe Rokocoko et son exploit individuel au Camp Nou, mais pour l’action, où je crois douze joueurs du Stade Français différents touchent le ballon et ça se termine en bout de ligne dans l’en-but, je dirai Radike Samo 2007. Rokocoko, il y a le contexte, à quatorze contre quinze, il débloque la situation, mais il reste du temps à jouer. Par contre, Paris a été tout le temps derrière Clermont, on se dit que ça va être la bonne pour eux, et à l’arrivée…c’est un essai où ils remontent de mémoire soixante-dix mètres, en treize ou quatorze temps de jeu. Et puis Samo, c’est un ovni.

 

Avez-vous ressenti plus d’émotion lors d’une finale par rapport aux autres ?

 

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Crédit : [DPPIMedia].

Oui, en 2014, Toulon et la sortie sur un accord majeur et sans fausse note de Jonny Wilkinson, dans une finale qui était tendue (18-10). Pour la première fois on a senti que l’émotion d’un homme irradiait tout un stade. Tout le monde à été touché par la fin de carrière de Wilkinson sur ce match.

 

Quelle fut la plus belle équipe vainqueur du Top 14 ?

 

Je dégage d’abord un top 3, avec Biarritz 2006, Clermont 2010 parce que à jamais les premiers et que ça reste un truc de dingue, et Racing 2016. Et je vais dire Racing, à quatorze pendant soixante minutes, le public qui est totalement neutre et qui, sur le carton rouge, va commencer à prendre fait et cause pour David contre Goliath. Et puis la performance extraordinaire de Juan Imhoff, pour moi l’homme du match, qui a couvert le poste d’ailier gauche en défense et celui de n°9 en attaque. Et il y a le syndrome du carton rouge de l’autre côté.

 

Avez-vous des anecdotes particulières aux finales de Top 14 ?

 

La superstition de Matthias Rolland (ancien 2e ligne et capitaine du CO). En 2013, en demie, il vient à la conférence de presse et me demande une cigarette. Il passe en finale, conférence de presse d’avant-match, il me dit « tu me repasses une cigarette ». Et ça passe, ils sont champions. En zone mixte après la finale, il me fait un clin d’œil et ça fait sept ans que ça dure. C’est une anecdote assez marrante, pas trop à la gloire du sport mais bon.

Sinon j’ai aussi Dimitri Szarzewksi au Camp Nou. Dans l’impressionnante zone mixte du Barca, et alors qu’on est en train de faire l’interview d’Henry Chavancy, Szarzewski arrive et hurle « Champion !!! ». Il  lève le bouclier, sauf que Szarzewski, 1m80, plus les bras en l’air, plus un mètre de Bouclier, il y a le plafond. Il tape dans le plafond, et le fait une deuxième fois. Et là, il y a un morceau de plafond qui lui tombe dessus. Voilà ce que peut vivre le Bouclier de temps en temps.

Il y aussi des climats, les pleurs de confrères et consœurs de Perpignan en 2009, parce que ça venait de tellement loin, les pleurs des Clermontois en 2010. C’est des moments de bonheur et d’énorme intensité. Les minutes entre la fin du match et le lever de Bouclier, quand on a l’impression que ça dure une heure, c’est très bizarre.

 

Des souvenirs du Stade de France en dehors des finales du Top 14, en avez-vous ?

 

Les championnats du monde d’athlétisme en 2003, exceptionnels. Je suis un fou de lancers, d’ailleurs je suis assez heureux j’ai pris une photo avec Jan Zelazny, qui pour moi est le plus grand lanceur de l’histoire du javelot.

Il y a bien sûr ce match où Wayne Barnes, parce qu’il n’est pas content de la manière dont les Français ont procédé à des changements limites, laisse jouer. Maestri, qui est devenu capitaine, dit à Barnes après quatre mêlées effondrées au pied des poteaux, « Essai de pénalité ! » et l’arbitre lui répond « Hors de question, je ne vous accorderai jamais d’essai de pénalité ». Et là, c’est toute la classe et le sang-froid des jeunes pousses plus la détermination, l’envie, qui ressort pour aller chercher cet essai.

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Les délocalisations du Stade Français sinon, extraordinaire ! A l’époque où ça marchait, il y avait 78000 personnes, et Max Guazzini nous a quand même permit de voir un éléphant peint en rose, des hélicoptères, des cracheurs de feu, des danseuses du Lido, du Crazy Horse. Il a dépoussiéré tout ça. 

 

Sur l’ensemble de l’histoire du Top 14, quelle équipe a le plus marqué les 15 ans ?  

 

Toulon, c’est une équipe de losers malheureusement, ils perdent quatre finales et n’en gagnent qu’une. Clermont c’est une belle histoire, avec quatre finales de suite, trois perdues et enfin une victoire. Non, je dis Toulouse. Pour sa capacité à se réinventer, après un petit trou après 2012 et le dernier doublé en date, il ne faut pas l’oublier. C’est bien la preuve qu’il y a un petit truc en plus là-bas. Sur les quinze dernières années, c’est le principal fournisseur d’internationaux français, et puis ils ont permis de pouvoir voir tous les week-ends Cheslin Kolbe et on ne peut que leur en remercier. Toulouse, parce qu’ils sont en mesure d’être toujours au plus haut malgré l’attente, d’être l’équipe la plus épiée, décortiquée."

Mathéo RONDEAU

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