Audrey Ciofani : Je suis passée dans la cour des grandes !

Audrey Ciofani veut surfer sur sa grande performance ! [Crédit photo : Audrey Ciofani]

Audrey Ciofani veut surfer sur sa grande performance ! [Crédit photo : Audrey Ciofani]

Passée un peu inaperçue dans le tumulte des compétitions en salle, Audrey Ciofani a frappé un grand coup, le week-end dernier, lors des championnats de France de lancers longs. Elle s'est offert le scalp de la médaillée mondiale Alexandra Tavernier, en explosant son record personnel de plus de deux mètres, avec 71,52m. C'est, ni plus ni moins, la meilleure performance mondiale 2019. C'est le(a) seul(e) Français(e) à figurer en tête des bilans mondiaux en athlétisme. Une semaine après ce titre record, elle s'est confiée. Ses galères antérieures, sa performance, mais aussi ses objectifs futurs sont abordés. Car sa performance peut lui ouvrir de nouvelles perspectives, en Bleu. Peut-être une des surprises de cette année 2019 ?

Vous avez réalisé une grande performance ce week-end, lancer à plus de 71m était-ce attendu ?

Cela faisait quelques entraînements ou je me sentais assez en forme, et c’est vrai que dans la préparation de mon père qui est aussi mon coach, l’objectif était de faire 2 compétitions de réglages avant les France pour justement être en forme ce jour-là. Le programme s’est passé comme convenu, les entraînements étaient bons, physiquement j’étais prête. Je sentais depuis un petit moment, que je n'étais pas loin de passer un cap, donc quelque part, je m’y attendais, mais je ne voulais pas m’emballer tant que je n’avais pas concrétisé en compétition.

Vous avez connu deux années de doutes, comment on gère cela ?

J’ai traversé pas mal de difficultés physiques et personnelles. Après mon titre aux Europe junior, on m’a mis des bâtons dans les roues, donc psychologiquement, j’étais fragile. Je n’avais plus envie de m’entraîner et inévitablement, je me suis blessée.. Je voulais arrêter le marteau, car je n’arrivais pas psychologiquement à tout gérer. Je suis partie 4 mois aux États-Unis pour me remettre les idées au clair, et surtout évacuer tout le négatif dans lequel je m’étais noyé. J’ai appris à écarter les personnes négatives de mon entourage et garder que ceux qui me soutenais et ça m’a fait un bien fou ! Quand je suis rentrée, je n’avais toujours pas envie de reprendre le marteau, mais au fond, je me disais que je ne pouvais pas arrêter aussi facilement, cela aurait rendu service à beaucoup de gens ! Donc je me suis réfugié auprès de ma famille et ça m’a donné un coup de boost supplémentaire ! Quand j’ai finalement pris conscience que j’avais énormément de soutien et qu’on croyait toujours en moi malgré les années blanches, je me suis dit que je ne pouvais pas les décevoir. Et puis un jour ma fédération m’appelle et me propose de réintégrer l’INSEP avec ma sœur et mon père et je me devais de saisir cette deuxième chance.

Est-ce que cela vous à forgé et rendu plus forte ?

Ces années m’ont permis de me forger un mental ça c’est sûr ! Maintenant je prends beaucoup de recul et je relativise sur tout et c’est clairement ce nouvel état d’esprit qui fait que j’ai passé le cap. Aujourd’hui, je ne garde que le positif, même dans les coups de mou, parce que je sais par quoi je suis passé. Et surtout, je ne laisse plus les personnes négatives m’atteindre. Et ça change tout !

Passer les 70m vous ouvre t'il de nouvelles ambitions ? Est-ce un cap important dans votre carrière ?

C’est passer dans la cours des grands, ce n’est plus la même donne. Avant on gardait les championnats du monde ou les jeux dans un coin de notre tête, maintenant, c’est devenu de réels objectifs.

Vous êtes encore jeune, à quel niveau situez-vous votre marge de progression ?

Honnêtement, je ne me fixe pas de distance comme objectif, après évidemment, comme toutes lanceuse du monde, on a toute ce rêve de passer la barrière des 80m, mais en soi, je n’ai encore aucune idée de quoi je suis capable, tout ce que je sais c’est qu’en lançant à 71m, je sentais que j’en avais encore sous le pied.

Les Mondiaux de Doha ont dû devenir un véritable objectif ? C'est encore trop lointain pour parler ambitions sur cette compétition ?

Effectivement, les championnats du monde sont devenu un réel objectif. Le but principal est déjà de confirmer mon niveau et valider ma qualification. Et ensuite, la saison sera réfléchie uniquement en fonction des championnats du monde, de manière à être compétitive là-bas. Mais si encore une fois tout se passe bien et que nous avons la certitude d’y aller, la saison sera très longue. Nous n’avons encore jamais vécu de saison comme celle-là. L’avantage, c’est que mon père est passé par là en tant qu’athlète et en tant que coach aujourd’hui, donc je ne m’inquiète pas.

Vous avez battu Alexandra Tavernier, déjà médaillé mondiale, une marche pour essayer d'aller accrocher les meilleures mondiales ? 

C’est vrai que, quand on regarde aujourd’hui, avec 74m, on est sur la boîte ce qui n’était pas le cas avant. Donc si je continue de progresser techniquement et que je n’ai plus de pépins physiques majeurs, il y a moyen de faire ma place chez les grands. Mais on a rien sans rien, donc au travail d’abord.

Cette bagarre au niveau national est-il un bon moyen de vous faire progresser ? 

C’est génial qu’il y ait cette bagarre à domicile, cela me permet déjà de me confronter aux meilleures, sans faire de sélections en équipe de France. Donc une fois en grand championnat, j’aurais déjà l’expérience de m’être confronté au haut niveau, donc je serais beaucoup moins intimidée et donc plus apte à aller à la bagarre.

Sur le plus long terme, quels sont vos objectifs ?

J’essaie de ne pas trop me projeter, car on ne sait jamais de quoi la vie est faite. J’essaie de rester sereine et positive. J'avance étapes par étapes. Dans l’immédiat, le plus important est de confirmer mon niveau avant de penser à des médailles ou autres.

Si vous n'aviez pas été lanceuse, quel sport auriez-vous aimé faire ?

Je me suis dirigé vers le marteau tellement naturellement que je ne me suis jamais projeté dans un autre sport. Quoique, durant mes périodes difficiles au marteau, j’ai été très tenté par le crossfit.

Contrairement aux hommes, le lancer féminin est capable de se hisser au top niveau mondial ? C'est dû à quoi à votre avis ?

Chez les hommes, il y a une bonne dynamique qui est en train de se créer de nouveau chez les jeunes, de cadets à espoirs, il y a du beau monde qui arrive. On peut s’attendre à voir un beau spectacle chez eux, je suivrais ça de très près. Il y a la concurrence des autres sports beaucoup plus attrayant et plus intéressant financièrement, je connais certains lanceurs avec du potentiel, qui sont partis dans des sports comme le rugby par exemple qui sont des sports plus ludique et plus vendeur.

Etienne GOURSAUD

 

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